‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 36 sur 300 · CHAPITRE LXXXJI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXJI

que des renforts éloignés se rapprochassent de Smolensk. Le 1 3 au soir, Kutusof, qui avait pris son parti) assembla pour la forme une conseil de guerre : il y eut une grande divergence d’opinions. Considérant que la perte de Moscou n’était pas celle de la Russie , Kutusof déclara qu’il regardait comme son premier devoir de conserver l’armée, de se rapprocher des renforts qu’il attendait, et enfin de profiter même de la cession de la capitale pour tendre à l’ennemi un 'piège où sa ruine deviendrait infaillible; qu’en conséquence il était décidé à abandonner Moscou, et à prendre la route de Rolomna.

Le i4, à trois heures du matin, il leva son camp. Ce fut seulement au moment où les troupes entrèrent en ville qu’elles apprirent que la retraite était décidée. La consternation se répandit dans tous les rangs. Moscou présentait l’aspect le plus lugubre , les maisons paraissaient désertes ; on ne rencontrait dans les rues que quelques habitans qui se hâtaient de fuir, emportant ce qu’ils avaient de plus précieux. marche de l’armée avait plutôt l’air d’une pompe funèbre que d’une marche militaire; des officiers et des soldats pleuraient de rage et de désespoir. >

L’armée française avait continué son mouvement. Vers midi , Murat couronna la hauteur appelé du Salut ^ des cris de Moscou! Moscou! éclatèrent à la

’ fioutourlin.,^. 3Sy , 363.

EMPIRE. AN l8ia.

>oie des toits dorés de cette ville. Après tant de glo- ' rieuses fatigues, cette joie était naturelle, et se répandit rapidement dans l’armée. Toutes les troupes russes n’avaient pas encore évacué la ville lorsque l’avant-garde française parut à la barrière de Dorogomilow : un combat engagé dans les rues aurait pu amener la ruine entière de l’arrière-garde russe, et la perte d’une partie du matériel de l’armée; le général Miloradowich envoya un parlementaire à Murat, pour lui déclarer que si on l’attaquait pendant qu’il traverserait la ville, il y mettrait lefeu.Des pourparlers s’établirent pendant lesquels Murat se laissa approcher par les Cosaques, curieux de voir un guerrier dont la renommée était répandue parmi eux. Il donna sa montre à un chef, et à plusieurs des bijoux qu’il emprunta aux officiers qui l’entouraient; il s’engagea verbalement à ne pas inquiéter la sortie des Russes. Napoléon approuva cette convention. L’évacuation s’acheva librement, sans autre perle que celle des individus trop dangereusement blessés pour être transportés.

Murat entra dans Moscou, sur les pas des Russes, ses troupes en bon ordre; il avait, sous les peines les plus sévères, défendu le pillage. Napoléon arriva de sa personne, s’arrêta à la barrière, expédia divers ordres pour la conservation et la sûreté de la ville , et donna le temps aux troupes de la droite et de la gauche de développer leur mouvement autour de ses murs. La tête de l’avant-garde touchait au Kremlin; des cris et des coups de fusil vinrent interrom-

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