‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 37 sur 300 · CHAPITRE LXXXII. Qt · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXII. Qt

pre le morne silence et la solitude qui avaient ré-' gué jusque-là. C’était une troupe de gens du peuple, de recnies, de traînards; ils voulurent même, diton, disputer l’entrée de la forteresse. Murat les dispersa sans peine.

Le maréchal Lefebvre était entré dans la ville, arec la garde. Napoléon franchit la barrière, s’avança de quelques pas, et prit provisoirement son logement dans une auberge. Il nomma le maréchal Mortier gouverneur de la province, et le général Durosnel commandant de la ville; U chai^ea Lefebvre de la police du Kremlin, et ordonna à Murat de snivre vivement l’ennemi, et de ne pas perdre ses traces. Il tratversa la ville, et poussa ses avant-postes sur la route de Kolomna.

Napoléon s’était attendu à ce qu’une députation des habita DS de Moscou demanderait à lui être préî«ntéc, pour solliciter la clémence du vainqueur. Il nen parut point; Moscou était à-peu-près désert : tout ce qui tenait à l’administration publique, la nthlesse, le gros de la population, avaient disparu, bc deux cent mille habitons, il n’en restait qü’envirtm vingt mille. Ce fut pour l’Empereur un rude ™écompte : que les Russes s’en fassent honneur, rien de plus juste; mais on ne voit pas quel intérêt ont jamais pu avoir des Français, non-seulement à se montrer satisfaits du désappointement de l’Empemais encore à supposer qu’il voulait, bon gré, mal gré, une députation , et qu’un ofhcier, pour lui plaire, lui amena, comme députés, cinq à six vaga-

ga EMPIRE. — AN i8ia.

bonds qu’il poussait devant son cheval C’était une réunion de marchands étrangers et du pays qui, dans l’abandon où les autorités avaient laissé la vdle, craignaient le pillage et demandaient protection.

Le i5 au matin, Napoléon fit son entrée à Moscou, en silence, sans appareil, et porta son quartier général au Kremlin. Quoique abandonnée par ses habitans, cette ville offrait des ressources immenses : les palais de la noblesse, les maisons des riches, étaient restées meublés et approvisionnés, comme si leurs propriétaires ne s’étaient absentés que pour une promenade , ou n’en étaient rapidement sortis que pour échapper à un tremblement de terre. Des traînards russes, que l’appât des liqueurs et du butin avait retenus en grand nombre, se livraient à des excès. Malgré les ordres donnés pour prévenir le pillage, il fut impossible, dans le premier moment, d’empêcher une armée victorieuse, excitée par toutes sortes de besoins, de commettre quelques désordres, dans une grande ville où il n’existait plus d’autorités pour seconder les chefs militaires, et où les propriétés restaient sans maîtres. La garde impériale conserva la plus rigoureuse discipline; cependant l’ordre aurait été bientôt rétabli, sans l’horrible catastrophe qui vint tout dévorer.

Dès le i'4 au soir , quelques incendies partiels avaient éclaté. On les attribua à l’imprudence du sol-

' Ségiir, t. Il, p. 39.

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