‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 38 sur 300 · CHAPITRE LXXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXII

dat; les troupes se portèrent au feu et s’en rendirent maîtres. Mais les incendies se multiplièrent dans la nuit du 1 5 avec une telle rapidité qu’il ne fut plus possible de le^ considérer comme des accidens , ni d’en arrêter les ravages. Toutes les pompes avaient disparu ; les efforts des travailleurs étaient impuissans. L’embrasement devint général; on acquit la triste conviction qu’il avait été résolu et préparé par l’autorité russé , et exécuté par des incendiaires russes; plusieurs d’entre eux, pris la torche à la main, avouèrent leur fatale mission, et furent exécutés. L’air et le sol étaient brûlans. L’incendie gagnait le Kremlin, on y était environné de flammes,' les vitres éclataient, il fallut songer à l’évacuer pour éviter une explosion; l’Empereur ne se décida à le quitter, le 16 après midi, qu’aux instances réitérées de tout ce qui l’entourait, ‘et se retira au château de Pétrowskoïé, à une petite distance de la barrière de Pétersbourg. Les neuf dixièmes, de la ville furent la proie des flammes; le Kremlin' fut sauvé. A l’in- cendie succéda le pillage , où une populace et une soldatesque ‘russes jouèrent le plus grand rôle.

Moscou brûlé, le but de l’incendie rempli, il importait peu d’en connaître les ordonnateurs. Cependant la première rumeur l’imputa à l’armée française ; elle avait intérêt à se laver de cet ‘attentat. Le dixneuvième bulletin le rejeta sur Rostopchin. C’était en effet ce 'gouverneur. C’est lui qui le conçut, et organisa tous les moyens d’exécution , sans aucun doute avec l’autorisation d’Alexandre. En vain il a

EMPIRE. AN i8i2.

publié en i8aa une déclaration par laquelle il répudie sa gloire érostratique et la rejette sur des soldats ivres , elle lui demeure éternellement acquise. Puisque les Kusses se glorifiaient du sacrifice de leur capitale , comrrç d’une œuvre patriotique, pourquoi s’en défendait-il?

"Voyant Moscou lui échapper au moment où il; y entrait, Napoléon mesura les conséquences de œtte grande catastrophe. La route de Pétersbourg était libre , il n’en était qu’à quinze marches. Il fut tenté de manœuvrer sur cette capitale. On doute que œ fût sérieusement. On asuire cependant que son intention était , non de porter toute son afmée sur cette capitale, mais de faire ime' simple démonstration, et tandis que son arrière* garde conserverait Moscou, de commencer à effectuer sa retraite sur la Basse-Dwina;de prendre ainsiWittgensteinà do#, de ralher les armées de Saint-Cyr, de Macdonald, de Victor; de s’appuyer d’un côté sur Riga, de l’au- ' tre sur Smolensk^ avec des réserves à Witepsk, Mohilow, Minsk et WUna. On pouvait espérer que les dangers qui menaceraient Pétersbourg et Wittgenstein triompheraient de l’obstination du cabinet russe. Ce plan, communiqué à quelques chefs.de l’armée , n’eut point leur assentiment. Us préféraient encore passer l’hiver à Moscou, ou revenitià SoiPlensk par les routes du midi; ils desiraient surtout la paix , et conseillaient de la négocier. Napoléon ne persista pas dans son projet. ,

L’incendie s’étant apaisé , l’Empereur quitta Pe-

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