‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 5 sur 300 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

d’environ 1 7 francs en temps ordinaire , s’éleva considérablement surtout dans des départemens du midi; à Marseille l’hectolite valut jusqu’à 5a francs. Grâce à la liberté du commerce, le blé n’y manqua pas; et les départemens voisins s’y approvisionnèrent. Le peuple eut à souffrir sans doute, mais telles étaient l’opinion qu’on avait de la force du pouvoir, et l’habitude de l’obéissance et de l’ordre qu’il n’y eut pas de soulèvement , excepté en Normandie. Le gouvernement fut obligé d’y envoyer en poste de la garde impériale , pour réprimer les troubles. Heureusement la récolte de 1812 vint réparer les fautes de l’administration, et mettre un terme à la détresse.

Au moment de son départ, l’Empereur ayant vu dans les rapports de la marine qu’une croisière anglaise s’était établie devant Gènes, eut des raisons de craindre qu’on ne projetât l’évasion du pape, et décida qu’il serait transféré à Fontainebleau. Des ordres furent donnés pour ne point ébruiter ce voyage, et pour procurer au pape toutes sortes de commodités. Il ne fit aucune difficulté de partir, et arriva, le 20 juin , dans cette résidence impériale, accompagné de l’archevêque d’Édesse. Il fut reçu par les évêques de Nantes et de Trêves, et traité avec les plus grands égards. L’Empereur écrivit, de l’armée, pour que les ministres et les personnes de sa maison allassent lui faire visite. Il y reçut celle des cardinaux qui se trouvaient à Paris. Le cardinal Maury y faisait de fréquens voyages et était rarement admis. Le pape ne pouvait le souffrir.

EMPIRE. — Atr 1812.

La translation du pape était un pas de plus pour l’exécution des grandes vues qu’on prête à l’Empereur et la destination que sa politique réservait au chef de l’Église. Sous le déguisement et le mystère, elles allaient s’accomplir; il avait amené les choses au point que le développement en était infaillible, sans nul effort, naturellement. Le pape venait à Paris , il logeait à l’archevêché ; c’était dans ce but qu’on l’avait réparé, orné, meublé richement. Là, on réunissait le sacré collège, la daterie, la pénitencerie, les missions, les archives. Rome était transportée dans l’ancienne Lutèce.

Il fut en effet question de transférer le pape à l’archevêché : le cardinal Maury désigna pour son logement l’hôtel de Nivernois, rue de Tournon. L’Empereur décida que Pie VU resterait provisoirement à Fontainebleau.

En attendant, les affaires ecclésiastiques étaient restées stationnaires; la guerre absorbait toute l’attention de l’Empereur, Les chances hasardeuses d’une campagne aussi lointaine ne pouvaient être qu’un sujet d’espérances pour le pape et son parti.

La guerre paraissant inévitable et imminente, Napoléon tenta un dernier effort por ramener la Suède à la France. Une lettre dictée à l’épouse de Bernadotte, fut remise à Signeul, consul général de Suède à Paris, pour la porter à Stockholm.

Tandis que l’ambassadeur msse remettait l’ulti- ' matumde son maître, Alexandre quittait sa capitale pour se rendre à son armée, et arrivait, le a8 , à Wilna.

Page 1