‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 55 sur 300 · CHAPITRE LX.XX1V. I 3 I · texte numérisé non relu

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mille. Mais le même nombre d’individus de tout rang, de toute condition, marchaient confondus; la tête de ces colonnes empressées de se devancer était déjà à Krasnol et à Liadi. Des officiers intelligens , avec des sapeurs , prenaient les devans pour rendre les routes praticables et recueillir tous les hommes de bonne volonté, éclairer avec eux le chemin et préserver les ponts.

Kotusof s’était déjà emparé des routes de Roslawl et de Mtislawrl, et menaçait les communications ' avec Orcha, Borisow et la fiérézina. Il n’y avait plus de temps à perdre pour atteindre cette rivière avant que les armées de Wittgenstein et de Tschichagof se fussent réunies pour en barrer le passage.

Le 1 3, la division Gaparède s’était mise en marche , escortant le trésor. l!Iapoléon et la garde partirent le i4> Le prince Eugène devait suivre. Le i5, Davoust fut chargé de soutenir Ney, pour se reployer, le 1 6 ou le 17, les deux corps réunis, sur Krasnoï; le général Charpentier quitterait ensuite la‘ ville avec sa garnison. Il était ordonné de faire sauter les tours de l’enceinte, des mines étaient préparées; de brûler les munitions, caissmis, fusils, tout ce qu’on ne pourrait pas emmener; de scier les tourillons des canons et de les enterrer.

Du 1 4 au 1 5 et au 16 ,1e thermomètre marqua sèize et dix-huit degrés au dessous de glace. On a remarqué que le froid avmt été au moins aussi fort dans la campagne de 1 807, mais alors les soldats étaient bien vêtus , recevaient des vivres, du vin , de l’eau-

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de-vie , et ne bivouaquaient pas toutes les nuits.

« Cette armée si belle le 6 , dit le vingt-neuvième bulletin, était bien différente le i4; presque sans cavalerie , elle ne pouvait pas s’éclairer à un quart de lieue; sans artillerie, sans munitions, elle ne pouvait pas risquer de bataille et attendre de pied ferme. Il lui fallait marcher pour ne pas y être contrainte. Il lui fallait occuper un certain espace pour n’être pas tournée , et cela sans cavalerie qui éclairât et liât les colonnes. A ces difbcultés se joignait un froid excessif. Les chemins furent couverts de verglas, les chevaux périssaient non par centaines, mais par milliers. Plus de trente mille périrent en peu de jours; la cavalerie se trouva toute à pied, l’artillerie et les transports furent sans attelages. U fallut abandonner et détruire une bonne partie des pièces et des munitions de guerre et de bouche. » Qu’on ajoute à cette esquisse la mortalité des hommes dont le bulletin ne parlait pas , on n’aura encore qu’une idée imparfaite de ce grand désastre.

En arrivant à Krasnoï , Claparède y trouva des éclaireurs russes , et les en chassa. Le x 5 , au montent où la garde impériale défilait pour s’y rendre, Miloradowich parut sur la gauche , et se borna à une canonnade qui ne l’arrêta pas.

Le i6, Kutusof quittait Jourouwa, et marchait vers Krasnoï. La situation de l’armée devenait très critique, car l’ennemi se prolongeant par la gauche pouvait intercepter la seule ligne de communication. Mais Eugène, Davoust, Ney, étaient encore en

CHAWTRIÏ LXXXIV.

arrière, il fallait bien les attendre. Napoléon se détermina donc àresteràKrasnoï, jusqu’à leur arrivée.

Eugène, parti de Loubnia avant le jour, avait marché pendant toute la matinée sans obstacles : vers trois heures de l’après-midi, il rencontra Miloradowich , à cheval sur la grande route , lui barrant le passage. Il essaya de le rouvrir l’épée à la main, et ne put y réussir. Miloradowich le fit sommer de mettre bas les armes. Entouré de ses aidesde-camp et de ses généraux, il rejeta bien loin la proposition. Son arrière-garde amusa par des démonstrations d’attaque , sur la grande route , le gros de son corps fila entre cette route et le Borysthène, et atteignit Erasnoï. Ce ne fut pas sans perte; mais il eut la gloire, avec six niille soldats, de se tirer des mains de vingt mille Russes.

Le danger auquel il avait échappé attendait à leur tour Davoust et Ney. Un péril encore plus grand menaçait la partie de l’armée qui était dans Krasnoï;Kutusof y était arrivé et se préparait, le 17, à frapper un grand coup.

Napoléon, avec sa garde et le prince Eugène, pouvait filer sur Orcha; il prit la résolution de rétrograder, de prévenir les Russes, et d’ouvrir le chemin à Davoust et à Ney. A la pointe du jour. Mortier se mit en marche avec la jeune garde; Napoléon , à la tête de la vieille garde , suivait à pied ; Claparède défendait Krasnoï ; Eugène commençait M retraite sur Liady. L’Empereur fit attaquer le village d’Ouwarowo , occupé par les Russes.

Les Français, au nombre de quinze mille hommes, dont deux mille de cavalerie, étaient environnés de plus de soixante mille Russes. Mais là étaient Napoléon, avec l’ascendant de ses victoires et de son génie , la garde impériale avec sa vieille renommée. Elle s’en montra digne; redoutant ses baïonnettes, 1 ennemi la foudroyait avec ses canons; privée des moyens de lui répondre, elle resta inébranlable. Mais il déployait ses forces, elles s’avançaient et débordaient de toutes parts , il menaçait de couper la seule route de retraite. Davoust était arrivé : il n y avait pas un moment à perdre pour éviter une ruine complète. Ney restait en arrière ; une fatale nécessité ne permettait plus de l’attendre; la retraite fut décidée. Le gros de l’armée fiit sauvé , traversa Krasnoï , et passa la nuit à Liady.

L’honneur de cette journée quoique fatale fut tout entier pour les armes françaises. Les Russes conviennent qu’ils aui’aient pu couper complètement 1 armée, et la réduire à là cruelle alternative, soit de chercher à se faire jour l’épée à la main , soit de se rejeter vers le Dniéper, où, acculée sans moyens de passage , elle aurait été entièrement détruite.

Mais il faut bien le reconnaître, à la gloire de l’armée française , au milieu des fléaux conjurés contre elle, sa constance, son courage, et sa noble attitude, ne cessèrent d’imposer à l’ennemi. La conduite de Napoléon à Krasnoï, comme dans toute la retraite, réfute victorieusement les reproches d’engourdissement, de caducité, d’indécision et d’in-

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