CHAPITRE LXXXIV
sensibilité; que lui ont prodigués ses ennemis. Il sauva le corps de Davoust; il aurait de même dégagé Ney, si, pour l’attendre, il n’eût pas fallu tout compromettre.
Il semblait perdu : le 1 8 , à trois heures de l’aprèsmidi, il trouva l’armée russe à cheval, sur la grande route, et fut accueilli par quarante bouches à feu tirant à mitraille. Loin d’en être déconcertés, les Français se jetèrent sur les batteries russes, avec une fureur et un couoage admirables. Des* rangs entiers tombaient, et se trouvaient remplacés surlechamp; mais ils ne purent forcer le passage. Ne prenant conseil que de son courage, Ney se mit en marche avec trois mille hommes, les seuls en état de le suivre, et se dirigea sur Gousinoé, où il passa le Borysthène sur la glace mai affermie. Les premiers bataillons gagnèrent la rive droite; la glace se rompit sous les derniers, il y eut une centaine de noyés. Au jour, Miloradowich ne trouva plus personne.
Le 17, l’armée était arrivée à Liady; il y avait des maisons et des habitans; on n’y trouva qu’une partie des ressources sur lesquelles on comptait; la plus grande partie avait été enlevée par les premiers qui y avaient passé. Napoléon prit des mesures pour la sûreté et la distribution régulière des approvisionnemens qui étaient en avant sur la route. Le 1 8, l’année se remit en marche, le froid était moins rigoureux , il y avait méme de la boue sur le chemin : 1 Empereur était à pied au milieu des soldats; on at-
l36 EMPIRJE. AN 1812.
teignit Doubrowna; on y reçut encore de mauvai* ses nouvelles.
Wittgenstein avait enlevé à Witep>sk le général Pouget, avec une faible garnison. Victor etOudinot s'étaient enfin mis en mouvement , d’après les ordres que l’£mpereur leur avait envoyés de Smolensk. Le i3, Victor culbuta et défit l’avant'^arde russe; le 1 4> il attaqua Wittgenstein dans sa position de Smo- ' liantzi , et ne put le forcer : le combat dura depuis onze heures du matin jusqu’au soir; Smoliantzi fut pris et repris jusqu’à six fois, il resta aux Russes. Victor établit son corps près de la route de Bechenkowiczi, comme pour menacer la Dwina; Oudinot se retira à Czereia. Sans avoir rempli son but, ce combat fut meurtrier, et la perte de chaque côté de trois mille hommes. Victor commandait en chef les deux corps, comme le plus ancien des deux maréchaux, mais malheureusement ils n’étaient point d'accord. Dans les récits de ce combat, il n’est pas, plus parlé du concours d’Oudinot que s’il en eût été très éloigné.
Les manœuvres de Schwarzenberg et de Reynier n’avaient pas été plus heureuses. Minsk, un des grands dépôts de l’armée française, était défendu par un corps de six à sept mille hommes aux ordre? du général Bronikowski. Il crut que les Russes, qui se dirigeaient de Slonim sur Neswige et Novirogrodek, n’étaient que des détachemeus de partisans, et qu’il les arrêterait avec quatre à cinq mille hommes tirés de sa garnison , commandés par le général