CHAPITRE LXXXIV. l
s’élança à leur téte^ enfonça les carrés ennemis, les sabra, les rejeta en déroute sur Stakow, laissant bon nombre de prisonniers. Tschichagof envoya des renforts, ils ne purent rétablir le combat. Les Français conservèrent le terrain qu’ils avaient gagné et restèrent maîtres des débouchés. Davoust et le prince Eugène filèrent avec leurs corps sur Zembin.
Sur la rive gauche , Victor, avec sept ou huit mille hommes, eut, pendant tout le jour, sur les bras, l’armée de Wittgenstein , et conserva sa position de Studianska, d’où il protégeait le passage de la Bérézina. Il ne la quitta que le 29 au matin , passa la rivière avec trois mille hpmmes qui lui restaient et brûla les ponts.
Mais le 28, aux premiers coups de canon, tout ce qui n’était pas combattant et se trouvait sur la rive gauche, se précipita vers les ponts : c’étaient une innombrable quantité de voitures et de charrettes, dix mille individus, hommes, femmes, enfans entassés, et dans le plus affreux désordre, se disputant le passage. Les batteries de Wittgenstein , en y semant l’épouvante et la mort, augmentèrent les horreurs de cette confusion; elle durait encore le 29 au matin. Il périt vm grand nombre d’individus; Victor en sauva une partie par sa belle contenance. Il en resta encore quelques milliers sur la rive gauche après la rupture des ponts. Assez de plumes se sont exercées sur cette catastrophe, pour que nous essayions d’en retracer les détails. Cette journée déplorable n’en fut pas moins glo-
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rieuse; l’ennemi s’était flatté que la Bérézina serait le tombeau de toute la Grande-Armée. Des Français, exténués par la faim et le froid, dans le plus grand dénûment, à six cents lieues de leur pays, triomphèrent des efforts des Russes, beaucoup plus nombreux , pourvus de tout , combattant dans leurs foyers. Heureusement ^utusof, avec ses quarantecinq mille hommes, ne prit point de part à la bataille.
« Dans cette circonstance importante, dit l’historien russe, la conduite de l’Empereur des Français fut au-dessus de tout éloge. Le danger imminent où il se trouva ranima encore une fois son génie militaire. Investi de tous côtés , il ne perdit pas la tête : il trompa par des démonstrations habiles , les généraux qui lui étaient opposés ; et glissant pour ainsi dire entre les armées qui s’apprêtaient à fondre sur lui, il exécuta son passage sur un point bien choisi, où tout l’avantage du terrain se trouva de son côté. Le mauvais état des ponts, dont il ne dépendait pas de lui d’améliorer la construction, fut l’unique cause qui, en ralentissant l’opération, la rendit si périlleuse. Ainsi, les grandes pertes que les Français éprouvèrent ne sauraient être attribuées à Napoléon , et ne doivent être mises que sur le compte des circonstances malheureuses où son armée se trouvait, et qu’il n’était plus en son pouvoir de maîtriser. ‘
La position de Kutusnf, en arrière de plusieurs marches, et le retard que le rétablissement des ponts
’ Boutourliii, t. Il, p. 4o5*