CHAPITRE LXXXIV. l5l
trangers, il ne restait pas plus de ceiit vingt mille hommes des quatre cent mille qui, six mois auparavant, avaient passé le Niémen. Tout le reste était mort ou prisonnier.
Les armées russes réunies sous le commandement (le Kutusof fortes , à la retraite de Moscou , de cent soixantenlix mille hommes étaient réduites à cinquante mille.
Napoléon, s’il eût encore commandé l’armée, aurait arrêté la guerre entre le Niémen et la Vistule. Les Français ne tinrent pas à Kowno ; harcelés par l’ennemi, il se divisèrent : les uns prirent la route de Varsovie; Murat, avec le plus grand nombre, suivit le chemin de Rœnisgberg; Ney, resté à Rowno, avec une très faible arrière-garde, voulant, le ' ^4^ évacuer la ville, trouva le pont du Niémen occupé par les Russes. • ■
L’intrépide maréchal devint encore soldat, saisit un fusil, se précipita sur eux à la tête de trente ou quarante braves, s’ouvrit le passage, et ajouta à sa gloire celle de sortir le dernier du sol fatal de la Russie.
L’ennemi fit un nouveau plan d’opérations. La grande armée russe abîmée par les marches, se cantonna pour se refaire entre Wilkomir et Wollogin.
A la droite Paulucci, avec la -garnison de Riga, fut chargé de suivre Macdonald dans sa retraite, tandis que Wittgenstein se porterait à Gumbinen , pour le couper de la Vistule. IjCs corps des généraux Toucihof, Essen et Sacken furent destinés à agir contre Schwarzenberg et Reynier; ceux de Tschichagof et
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Platow au centre , de poursuivre les débris de la Grande-Arm.ée française, sans cependant porter le gros de leurs forces au-delà du Niémen , afin de se trouver en mesure, suivant les circonstances, d’opérer contre Macdonald ou Schwarzenberg.
Murat continua sa retraite sur Gumbinen, où il fut rejoint par Ney, s’y arrêta plusieurs jours, et dirigea les , restes des différens corps sur les places de la Vistule. Dès ce moment il manifesta son projet de quitter le commandement, et d’abandonner la France à son destin , pour retourner dans ses états et soigner ses intérêts. Il dit au maréchal Davoust, en présence de Ney et de Berthier, que personne en Europe n’avait confiance dans les paroles et les traités de Napoléon ; que lui , il aurait pu faire sa paix avec les Anglais. Il cita avec éloge Bemadotte, et critiqua amèrement les procédés de l’Empereur envers Louis^ roi de Hollande. Sur l’observation qui lui fut faite qu’il n’était roi que par la grâce de l’Empereur, et qii’il ne pouvait traiter avec ses ennemis sans son agrément, il répondit qu’il était roi de Naples, comme François était em- ])ereur d’Autricbe, et qu’il pouvait faire ce qu’il voulait. Murat se rendit à Kœnigsberg avec les débris de la garde, et y fit venir de Dantzig la division Heudelet; Rapp reprit le commandement de cette dernière place.
A son départ de Smorgoni , le 5 décembre, Napoléon passa à Oszmiana, il y avait très peu d’heures que le partisan Seslavin y avait paru, affrontant la