CHAPITRE LXXXV. 1 5g
déjà fait. Pendant leur conversation, Laborde, qui avait échappé à ses gardes, arriva; Doucet et lui s’élancèrent sur Malet, le désarmèrent, le terrassèrent et le livrèrent à des gendarmes. Laborde descendit sur la place , harangua la troupe, la détrompa sur la mort de l’Empereur et sur le caractère du prétendu général , qui n’était qu’un prisonnier d’état évadé, actuellement entre les mains de la gendarmerie, et qui serait incessamment fusillé : les soldats répondirent par des cris de vive f Empereur!
Pendant ce temps-là. Guidai avait envahi la préfecture de police, s’était emparé du préfet Pasquier et l’avait envoyé, sous escorte , à la Force. Lahorie en avait fait autant du ministre Savary et s’était établi au ministère de la police. Le chef de bataillon Soulier, envoyé par Malet à l’Hôtél-de-Ville , s’y était rendu avec des instructions de ce général pour le préfet Frochot, dans lesquelles il lui était prescrit, entre autres dispositions, de faire préparer un local pour recevoir le gouvernement provisoire. Frochot avait couché à la campagne. En revenant à Paris, le a 3 au matin , il reçut un billet d’un de ses employés qui lui annonçait de grands évènemens et se terminait par ces mots : Fuit Imperator. Il hâta sa marche, arriva à l’Hôtel-de-Ville, où Soulier lui remit une dépêche de Malet. Frochot, étourdi et profondément affecté, ne conçut pas le moindre doute, et donna 1 ordre de préparer un local pour les séances du gouvernement provisoire, en présence de Soulier^ qui ne le quitta pas.
l6o EMPIRE. — AN l8ia.
Le conseiller d’état Réal, informé seulement à huit heures du matin de l’arrestation du ministre de la police par Lahorie, qui avait pris sa place, courut chez l’archi-chancelier, qui resta interdit. Il fut convenju d’avertir le ministre de la guerre , afiu qu’il fît venir en poste les élèves de l’école de Saint- Cyr pour la garde du roi de Rome, et diriger sur les Tuileries tous les hommes disponibles des dépôts de la garde impériale. Mais avant que ces ordres fussent exécutés, l’arrestation de Malet avait coupé court au complot , il était avorté. Doucet , que des rapports successifs informaient de ce qui s’était passé, donnait des ordres pour rétablir les choses dans leur état ordinaire. Laborde, à la tête des troupes, arrêta sans résistance Lahorie et Guidai, qui s’occupaient niaisement de leurs costumes , des détails de leur établissement et d’affaires courantes. Il débarrassa Frochot de l’espèce de surveillance où le tenait le chef de bataillon Soulier; il délivra de la Force Savary et Pasquier. Les complices de Malet furent arrêtés; à neuf heures du matin tout était fini et rentré dans l’ordre, avant que, dans Paris, on eût soupçonné l’existence du complot. Le public n’en fut informé que par cet avis laconique du ministère de la police : « Trois ex-généraux , Malet , Laborie et Guidai ont trompé quelques gardes nationales, et les ont dirigées contre le ministre de la police et le commandant de la place de Paris. Ils ont exercé des violences contre eux; ils répandaient faussement le bruit de la mort de l’Empereur. Ces
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