CHAPITRE LXXXV
sacrifier pour votre personne sacrée, pour la perpétuité de votre dynastie ; veuillez recevoir ce nouveau serment, nous y demeurerons fidèles jusqu’à la mort. »
« Âu premier cri d’alarme, s’écria Chabrol, le berceau de l’héritier du trône serait environné de cette population fidèle, tous tiendraient à honneur de lui faire un rempart de leur corps. Qu’importe la vie devant les immenses intérêts qui reposent sur cette tête sacrée! Pour moi qu’un regard inat-
tendu de votre majesté appela de si loin à tant de confiance, ce que je chéris le plus dans vos bienfaits, sire, c’est l’honneur et -le droit de donner le premier l’exemple de ce noble dévoùment. »
Quinze mois après, une belle occasion se présenta au courage, à la fidélité des orateurs Fontanes , Séguier et Chabrol; aucun d’eux ne mourut, aucun d’eux ne se dévoua; ils renièrent, ils outragèrent Napoléon et l’Empire; ils coururent se prosterner aux pieds des Bourbons et leur tenir les mêmes discours, en attendant l’occasion de les abandonner, de les insulter à leur tour.
Appréciant à leur juste valeur ces protestations ampoulées d’un dévoùment qui ne s’était pas monr tré au moment du danger, l’Empereur flétrit la pusillanimité du magistrat qui ne prenait pas pour cri de ralliement le roi est mort, vive le roi l et qui , à l’exemple des présidens Harlay et Molé, n’était: pas prêt à périr en défendant le souverain , le trône et les lois. Ensuite, mettant le doigt sur. la plaie, il s’eu
prit à l’idéologie, à cette ténébreuse métaphysique qui recherchait avec subtilité les causes premières , qui avait proclamé l’insurrection comme un de* voir; il attaqua les assemblées législatives, il fit le procès à la révolution.
Dans cet évènement de Malet, la plate attitude (les premiers fonctionnaires, la docilité machinale des troupes, l’indifférence des citoyens, la résignation de tout le monde, il y avait une éclatante leçon pour l’Empereur; malheureusement il ne pouvait pas la voir dans toute son étendue, son esprit était fasciné. Quand il l’aurait vue, il était trop tard. Ses anathèmes, impùissans contre les principes de la révolution, ne pouvaient changer les mœurs nouvelles de la France; la royauté avait perdu tous ses prestiges. Il l’avait rétablie pour lui, elle était sans racines, flottante, menacée de s’abîmer au premier occupant. Dans une communication de ses théories sur le Corps-Législatif, il avait dit au conseil d’état : « Un caporal pourrait s’emparer du gouvernement dans un moment de crise. » Ce caporal , on l’avait vu?
Le 22 , il ouvrit la séance du conseil par un très long signe de croix en disant : « Messieurs , il faut croire aux miracles !... vous allez entendre le rapport de M. Réal. »
L’exposé étant terminé, l’Empereur s’étendit avec gravité et amertume sur le défaut, en France, d’habitude et d’éducation en fait de stabilité. * Triste reste de nos révolutions! Au premier mot de ma mort, sur l’ordre d’un inconnu, des officiers mènent