‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 74 sur 300 · CHAPITRE LXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXV

leurs régimens forcer les prisons, se saisir des pre>

' mières autorités ! Un concierge enferme les ministres < sous ses guichets! Un préfet de la capitale, à la voix de quelques soldats, se prête à faire arranger sa grande salle d’apparat pour je ne sais quelle assemblée de factieux! tandis que l’Impératrice est là, le roi de Rome, mes ministres et tous les grands pouvoirs de l’état! Un homme est-il donc tout ici? les

institutions, les sermens rien? Frochot est un

honnête homme, dévoué; mais son devoir était de

se faire tuer sur les marches de l’Hôtel-de-Ville

Il faut un grand exemple à tous les fonctionnaires. »

Un homme est-il donc tout? Oui, Napoléon était tout en France; il l’avait voulu. Les institutions? Files étaient illusoires, elles n’avaient point de vie propre, elles ne fonctionnaient que par lui. Ainsi se développaient les hinestes conséquences qu’avait laissé entrevoir la création de l’Empire, création gigantesque qu’un souffle pensa renverser !

Frochot avait été remplacé, comme préfet, par Chabrol, préfet de Montenotte, qui se trouvait en congé à Paris. Il avait bien mérité de l’Empereur, en secondant avec zèle sa politique à l’égard du pape pendant son séjour à Savone : il était gendre de l’archi-trésorier Lebrun. Frochot était aussi conseiller d’état. Toutes les sections du conseil furent chargées de donner leur avis sur le parti qu’il convenait de prendre à son égard. Toutes opinèrent, et quelquesunes en termes fort amers, qu’il ne pouvait pas continuer ses fonctions. Ces délibérations lurent

EMPIRE. AN l8ia.

publiées dans le Moniteur. Frochot, honnête homme, bon et probe administrateur, coupable seulement d’un moment de faiblesse, fut le bouc émissaire; Pasquier et Savary, coupables au moins d’imprévoyance et déconsidérés par leur arrestation, conservèrent leurs places.

L’Empire avait triomphé du coup de tète de Malet, mais il avait un autre ennemi avec lequel Napoléon était aux prises depuis le commencement de son règne, c’était le clergé. Il exploitait les revers militaires; il était toujours divisé en quatre classes :

I ° Les constitutionnels qui n’avaient pas rétracté leur serment, et qui ne s’étaient pas soumis au concordat de 1801, en haine du pape;

2“ Les constitutionnels qui , sans se rétracter, s’étaient soumis au concordat;

3° Les puristes qui n’avaient pas prêté le serment, et qui, plus catholiques que le pape, ne s’étaient pas soumis au concordat ; ils tenaient pour les évêques émigrés qui avaient refusé de renoncer à leurs sièges;

4“ Les prêtres qui s’étaient soumis, en 1791, aux brefs de Pie VI, et, en 1801, aux brefs de Pie VII.

La première classe était insignifiante; la seconde animée des meilleurs sentimens; la troisième, ennemie déclarée et dangereuse; la quatrième, la plus nombreuse , rien moins que sûre , était prête à défectionner.

Des symptômes l’annonçaient. Dans les livres d’église et de tliéologie, on insérait des passages

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