CHAPITRE LXXXV
fuvorables à l’autorité et à la cause du pape, et contraires à celles de la puissance civile. Dans des Ordo, on ne faisait pas mention de la Saint-Napoléon ni de l'anniversaire du couronnement. Il en résulta une petite guerre entre le clergé et le conseiller d’état Pommereuil , directeur général de la librairie ; guerre pitoyable , mais chacun se servait de ses armes; c’était pour le clergé un rude adversaire. Mettant de côté le décret du y germinal an xm, qui n’exigeait que l’autorisation des évêques pour l’impression des livres d’église, il les soumettait au droit commun, à la censure, à la saisie.
1.1e jour anniversaire du couronnement et de la bataille d’Austerlitz, Lemaître, vicaire général du diocèse de Dijon, prononça le discours d’usage en présence des autorités. C’était une audacieuse et sanglante critique de la guerre, de la victoire, de 1 Empereur; les désastres de la retraite de Moscou n étaient pas connus , le 29' bulletin n’était pas arrivé.
Lorsque les revers de la campagne furent publics, le clei^é ne se contint plus ; il y voyait , il prédisait la chute prochaine de Napoléon , la délivrance du pape, le triomphe de Rome. Dans la mauvaise voie ou 1 Empereur s’était engagé pour avoir restauré le clergé, il se défendait à sa manière , par une surveillance plus exacte du pape , les arrestations , les détentions des prêtres, principalement dans les États Romains. De leur côté, les anti-concordataires, encore plus violens contre le pape que contre l’Empe-
EMPIRE. AN l8ia.
reur, se réjouissaient de ces persécutions, c’était l’accomplissement de leurs prophéties. Ils répétaient avec l’abbé Blanchard, prêtre réfugié en Angleterre, que ce qui arrivait était le résultat nécessaire du concordat; qu’il fallait dénoncer le pape à l’Église universelle comme hérétique et schismatique. Ces prêtres prêchaient leurs doctrines et officiaient dans des oratoires particuliers ou secrets. Un décret rendu en conseil d’état prescrivit aux procureurs impériaux, aux préfets, aux maires et officiers de police , de faire fermer ces oratoires , et statua qu’il ne pourrait en exister dans les villes que pour causes graves, et pendant la vie de la personne qui l’obtenait.
Les dépenses extraordinaires de la guerre n’apportèrent point d’interruption dans les travaux publics.
Au premier rang de ceux de Paris, l’Empereur plaçait toujours ceux relatifs aux eaux , ce premier besoin d’une grande ville. Il en mit la fourniture et l’administration exclusives dans les mains de l’autorité , et ordonna qu’à compter du i" mars l’eau fut fournie gratuitement à toutes les fontaines. La direction des eaux fut confiée à une commission composée de trois conseillers d’état et des deux préfets , sous la présidence du ministre de l’intérieur; elle fut chargée spécialement d’augmenter le nombre des fontaines. '
‘ Décret du a4 février.
CHAWTRE L30.XV,
On commença la Galerie Napoléon pour distribuer les eaux de l’Ourcq dans les quartiers de la Chaussée d’Antin, des Capucines, de la place Vendôme et du marché des Jacobins. On continuait avec activité les travaux pour établir ime communication plus courte entre la Seine au-dessous de Paris et le bassin de la Villette.
On démolissait les maisons comprises dans la circonscription de la grande halle; elle devait se prolonger jusqu’à la balle aux farines, occuper une superficie de douze arpens, contenir plusieurs marchés, des fontaines jaillissantes, un béfroi. Un phare.
Les travaux de la coupole de la halle aux farines, de cent vingt pieds de diamètre, étaient en grande activité. La charpente était en fer coulé, la couverture en cuivre laminé.
Ceux de l’entrepôt général des vins étaient commencés. Cet édifice, sans y comprendre les celliers ilu côté de la rue Saint-Victor, le bâtiment destiné à l’administration , sur le quai Saint-Bernard, devait ctre formé de deux grands noarchés , l’un à l’est , l’autre à l’ouest, composés chacun de sept halles. Entre les deux marchés une rue de soixante-six pieds de large, bordée de deux rangs d’arbres.
Les cinq abattoirs, commencés en i8i i , s’avançaient; on y employait deux mille ouvriers.
Le pont d’Iéna, les travaux de l’archevêché, étaient presque achevés. ‘
Ltn appropriait le Temple au ministère des cultes.
l'Jl EMPIRE. — ^ AN i8j2.
La tète hideuse de l’égout de la rue Montmartre avait disparu.
On réunit par une belle avenue le palais et les jardins du Luxembourg avec l’Observatoire. Les doubles terrasses de cet établissement, restées imparfaites depuis 1667, furent achevées. On y ajouta deux pavillons et une grille en fer. On isolait le palais du sénat, on formait deux nouvelles entrées au jardin , on y continuait les embellissemens.
On redora le dôme des Invalides; on fit de grandes réparations dans l’hôtel. La place, jusque-là restée inculte, fiit couverte de gazons et entourée de barrières.
Dans l’église de Notre-Dame , on plaça de superbes candélabres et im magnifique aigle de bronze doré, servant de pupitre. ,
La sculpture du Panthéon était terminée, la reconstruction du dôme presque achevée.
Le défaut de parallélisme et l’inégalité du sol entre le Louvre et les Tuileries était un fait qui laissait toujours une grande incertitude dans les projets. Un seul point était invariablement arreté, la construction de l’église de Saint-Napoléon au bout de l’aile neuve , près du Louvre , pour servir de paroisse. L’Empereur disait que le palais ne serait jamais une habitation commode. Il le regardait comme un palais de parade, dans lequel il fallait réunir toutes les richesses des arts et des sciences. Quant à la galerie transversale , il ne se convertissait pas à l’avis des architectes.
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