‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 77 sur 300 · CHAPITRE LXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXV

fait horreur. On aura voulu empêcher de montrer les tracés encore sanglantes d’un crime dont mon alliance a été la principale cause ; et certes il y a ici lieu à répugnance. Voilà, messieurs, ajouta-t-il en s’adressant aux militaires présens , à quels ennemis nous avons affaire, et les armes avec lesquelles on nous fait la guerre ! » Alors tout était prêt pour la campagne de Russie.

On rapporta à l’Empereur qu’on avait entendu dire que le palais du roi de Home serait une forteresse entourée de fossés et de canons, comme Mikaélow; une espèce de citadelle pour effrayer et contenir Paris, en cas de révolte.

«Eh ne voyez-vous pas, reprit Napoléon, que ces mesures de sûreté , ces prévoyances sont de bien petits moyens contre ceux de la perfidie et de la trahison? Les fossés remplis d’eau, les bastions, les corps-de-garde, les ponts-levis, dont l’empereur Paul avait entouré son habitation, la porte secrète qu’il s’était fait faire, n’ont pas empêché que ceux-là même qu’il avait pris pour garder sa personne, n’attentassent à ses jours. La confiance et l’estime , voilà les remparts de la demeure que je veux bâtir. Ma vie est à celui qui n’aura pas craint de perdre la sienne; et je compte moins sur les baïonnettes, les portes et les verroux, que sur l’affection de ceux qui m’entourent. Un souverain absolu , chef d’une armée à sa solde, est bien certainement plus exposé qu’aucun autre. Il faut qu’il soit aimé; sa plus grande force , sa puissance la plus certaine est l’admiration

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et l’attacheineot de ses sujets. Faisons le palais du roi Rome, ne l’environnons pas de fossés, de bastions; donnons-lui tout ce qui pourra le rendre agréable et commode. Que les Parisiens se rassurent, je n’ai jamais prétendu les effrayer. Mon fils apprendra de moi à les gouverner sans forteresses , sans canons. >• En 1808, pendant son voyage dans la Vendée, l’Empereur avait affecté un fonds de 6 millions pour exécuter et terminer, avant le 1 janvier 1 8 1 5 , les constructions de la ville Napoléon et des routes. Elle avait été tracée pou r quinze mille âmes. On y avait successivement construit l’hôtel de la préfecture, l’hôtel-de-ville, le palais de justice, les prisons, le lycée , seize maisons pour les fonctionnaires, la halle, une grande auberge, la caserne de la gendarmerie, une caserne pour deux ou trois mille hommes, un magasin, une manutention, un hôpital militaire pour deux ou trois cents malades. Deux routes traversaient la ville; la population était de dix-neuf cents individus , dont quatre cents y étaient venus de l’ancienne La Roche-sur-Yon.

Quatre maisons centrales de détention lurent établies pour cinq cents condamnés, dans le château de Gaillon (Eure), huit cents à Rennes, six cents dans un couvent à Sienne (Ombrone), six cents dans le château de Montcalier ( Pô ). >

A Rome,, les travaux de déblaiement et de restauration des monumens antiques étaient en grande activité; i,5oo,ooo francs furent affectés à celle du palais Quirinal.

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On établissait des cimetières hors des murs et (leux dépôts de mendicité; on travaillait à rendre le • Tibre navigable dans l’intérieur de la ville.

Une école de sourds-muets fut établie à Gênes pour les départemens français en Italie, à l’instar de celles de Paris, Bordeaux et Groningue.

L’Empire ne s’était pas encore trouvé dans une situation aussi grave; chaque jour elle devenait plus criticpie. Napoléon , qu’on a peint comme affaibli de corps et d’esprit dans la campagne de Russie, ne déploya jamais plus d’activité physique et morale , de vigueur de tête et de force de pensée , que depuis son retour. Les travaux multipliés du cabinet et ceux des nombreux .conseils qu’il présidait se succédaient avec rapidité, le jour, Ha nuit, et sans interruption. Il embrassait à-la-fois, dans ses méditations, au-dedans, les moyens de réparer les perles des armées; au-dehors, les affaires du nord, celles d’Espagne, les dispositions de ses alliés, les chances ouvertes à la paix ou à la continuation de la guerre.

En apprenant que l’armée de Russie avait traversé Wilna, il vit avec peine qu’elle ne s’y fut pas arrêtée pour s’approvisionner et se rallier; il espérait qu’elle prendrait position sur la Pregel ; que Schwarzenberg et Reynier couvriraient Varsovie. Il doutait si peu de la fidélité des Prq^siens, qu’il se flattait que la Prusse enverrait des renforts pour couvrir son territoire, du moins il l’écrivait à Berthier; mais chaque jour amenait un mécompte.

. Depuis trois mois , pour le corps de Macdonald ,

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la campagne s’était presque réduite à une longue défensive devant Riga. Il se composait encore de vingt -quatre mille hommes, dont dix -huit mille Prussiens. Ils .s’étaient conduits avec honneur et courage; mais Yorck était soupçonné de servir à contre-cœur, et d’avoir découvert Mittau pour laisser lé grand-parc de siège aux Russes. Macdonald éclata en réproches, et surveilla plus attentivement les Prussiens. Cependant, le i5 novembre, ils concoururent franchement au succès de l’attaque qn’il dirigea contre les Russes : le lendemain de ce combat , le maréchal apprit la retraite de Napoléon sur Smolensk. Le 3 décembre, les Prussiens repoussèrent encore une attaque de la garnison de Riga. Dans <les bulletins, elle publiait les revers de l’armée française. Le maréchal ne recevait point d’ordre de retraite; par précaution , il réunit ses troupes jusque-là disséminées. La division Grandjean , qui formait sa droite, se replia sur Nerft; les Prussiens, formmit son centre et sa gauche , furent réunis à Eckau et à Mittau ; il porta son quartier général à Stalgen sur l’Aa. Dans cette position , il attendait avec anxiété des ordres , il en reçut le 1 8 , qui lui prescrivaient de se retirer sur Tilsit. Le 19, il se mit en mouvement, et y arriva le 27. Les Prussiens ne se conduisirent pas mal , la retraite ne fut pas malheureuse. Le lendemain commencèrent à se manifester de funestes symptômes. Bachelu, s’étendant vers Reynitz, à la poursuite des Russes, les officiers prussiens opposèrent la fatigue de leurs troupes et marchèrent

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à contrecœur. Macdonald , ne voyant point arriver Yorck, lui expédiait en vain des ordres. Bachelu, rappelé par le maréchal à Tilsit, eut beaucoup de peine à y ramener le corps de Massenbach. Il n’y rentra que pour s’échapper à la faveur de la nuit , et se réunir à Yorck qui, le 3o, avait traité avec le général russe Diébitsch.

Yorck écrivit à Macdonald qu’il y avait été' forcé par l’alternative de tout perdre en essayant de le rejoindre, ou de tout sauver en traitant. Les troupes prussiennes formeraient un corps neutre et ne se permettraient dliostilités envers auciuie partie. Les évènemens à venir, suite des négociations qui devaient avoir lieu entre les puissances belligérantes , décideraient de leur sort futur. Quel que fût le jugement que le monde porterait sur sa conduite, le général en était peu inquiet. Le devoir envers ses troupes et la réflexion la plus mûre la lui avaient dictée : quelles que fussent les apparences, il avait été guidé par les motifs les plus purs.

Macdonald n’avait- séjourné à Tilsit les ag et 3o que pour attendre Yorck. Quand il se vit lâchement abandonné par les Prussiens , il sentit qu’il n’avait pas un moment à perdre pour sauver ce qui lui restait. Il partit, le 3i , avec sept mille hommes d'infanterie et vingt pièces de canon, et se dirigea sur Kœnigsberg, où il arriva sans avoir éprouvé de perte notable.

Du moins n’avait-on pas à craindre une semblable défection de la part des troupes autrichiennes; l’em-

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pereur François était le beau-père de Napoléon, Ne pouvait-il pas compter sur ce lien de famille? Depuis les revers, on avait, à Vienne, mal dissimulé la joie. En apprenant toute l’étendue des pertes, et que Napoléon revenait à Paris, on ne se contint plus. Lord Walpole, qui s’enveloppait du secret, se montra ouvertement. Le cabinet était circonvenu par l’intrigue et la corruption.

On disait à l’empereur François que la France n’avait plus d’armée ; on lui représentait toute l’Allemagne comme épuisée et prête à se soulever contre Napoléon. La France étant à la veille d’une grande révolution , on lui disait que le moment était venu de rendre aux peuples leurs anciennes lois et leur indépendance. On faisait à l’Autriche les offres les plus brillantes ; on lui rendrait l’Illyrie , la suprématie en Allemagne; on lui donnerait la plus grande partie de l’Italie et dix millions sterling de subsides.*

Dès le commencement de décembre, Mette'rnich avait, devant l’ambassadeur de France , montré de l’embarras et de la crainte pour le maintien de l’alliance. Il s’était oublié plusieurs fois jusqu’à dire que si l’Autriche prenait un autre parti , elle verrait en peu de temps plus de cinquante millions d’hommes de son côté. Suivant lui , toute l’Allemagne , toute l’Italie se déclareraient pour elle. Il croyait que l’Autriche faisait une faveur particulière à Napoléon en refusant de prendre les armes contre lui.

* IvCitres d*Otto des i6 et aS décembre.

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