‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 8 sur 300 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

ciévoùment sans bornes ; il avait de l’esprit et une grande facilité d’élocution. Mais cela ne suffisait pas pour révolutionner une nation. Ce fut le 24 mai qu’il reçut sa mission , et que l’Empereur lui en expliqua l’objet. ‘

Napoléon apprit que le gouvernement russe avait fait connaître aux divers cabinets , la condition imposée, par la note de Kourakin du 3o avril, de l’évacuation du territoire prussien comme un préalable indispensable de toute négociation ; il sentit la nécessité de quitter Dresde et de se rapprocher de son armée.

Narbonne arriva de Wilna le 28 , il avait vu l’Empereur Alexandre, et l’avait trouvé dans la meilleure attitude, sans abattement, sans jactance, et inébianlable dans la résolution qu’il avait prise. Romanzow avait remis mie réponse définitive , par laquelle on se référait aux conditions proposées par Kourakin.

Le 29 Napoléon partit pour l’armée laissant 11mpératrice à Dresde , attendant pour aller à Prague que l’Empereur son père y eût fait tous les préparatifs de sa réception. Elle y passa près d’un mois dans les honneurs et les fêtes , ce fut une répétition de Dresde. Elle fut de retour à Saint-Cloud le 1 8 juillet; elle y reçut les hommages des autorités.

' L’abbé de Pradt a publié YBistoire de son Ambassade. Son livre tient plus du pamphlet ou du libelle que de l'bistoire. Il ne faut pas perdre de vue l’époque de sa publication , i8i5, où l*auteur se flattait d'avoir

on des principaux coopérateurs de la restauration. “ ^

Pendant son absence le roi de Rome avait habité Meudon. On annonça au public que le travail de la dentition était terminé pour les dents du premier âge, qu’il était sevré et qu’il jouissait de la santé la plus parfaite. Les poètes ne chantèrent pas le sevrage, parce que cela ne fut ni ordonné ni payé comme pour la naissance.

Signeul, de retour de sa mission à Stockholm, arriva à Dresde , le 29 mai , quelques heures après le départ de Napoléon. Tout est entendu si l’Empereur s’engage à faire obtenir, à la paix, la Norwège à la Suède , et si , dès à présent , il lui donne un subside. Telles étaient les instructions dictées par Bernadotte et mises par écrit sous ses yeux par Signeul. Un courrier expédié par le ministre des relations extérieures en informa Napoléon à Posen : o Quoi, ditil, quand la Prusse et l’Autriche recherchent mon alliance, Bernadotte ose la marchander! il me traite à la turque , il me rançonne ! L’argent ne sera jamais un moyen dans ma politique. Je ne veux pas de ces amis qu’on ne garde qu’en les payant ; d’ailleurs l’Angleterre ne serait-elle pas toujours là pour enchérir sur moi ? La demande de la Norwège est une autre impertinence; certes je n’irai pas dépowiller le Danemark parce que Bernadotte s’est mis cette idée en tête ! Qu’est-ce au surplus que la Norwège et quelques misérables millions dans ce moment , où la Suède peut avoir Pétersbourg à sa discrétion? . . . Bernadotte n’est que mon lieutenant ; qu’il marche quand ses deux patries le lui ordon-

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ueul ; s’il limite qu’on ne me parle plus de cet homme. Répondez à M. Signeul , écrivit-il à Maret , que je ii’achetérai point un allié douteux aux dépens (l’un allié fidèle. »

En vain on a élevé des doutes sur la réponse de Bernadotte apportée par Signeul ; on en trouve l’aveu dans la lettre du prince royal à Napoléon du a3 mars i8i3. La réunion de la Norwège en indemnité de la Finlande était son grand cheval de bataille. Cet arrangement rassurait Alexandre sur la possession de la province suédoise. On ne peut croire que même au prix de la Norwège, Napoléon eût reconquis l’amitié de la Suède , puisque par le traité du a4 mars elle s’était alliée avec la Russie qui lui avait assuré la dépouille du Danemark.

Par le traité du i4 mars, La France et l’Autriche avaient garanti l’intégrité du territoire de l’empire ottoman en Europe, et étaient convenues d’inviter la Porte à accéder à l’alliance. On se hâta donc de l’en informer; découragée par ses revers de i8ii elle était alors en négociation avec la Russie au congrès de fiucharest. On ne négligea aucun moyen pouf la faire revenir de son abattement, et pour l’empêcher de conclure la paix. Napoléon envoya le général Andréossi comme ambassadeur à Constantinople, « Demandez, lui dit-il, au sultan. Mahmoud son alUance ; qu’il ne craigne pas de rompre avec les Russes. Décidez- le à commander son armée en personne: que cent mille Turcs, leur sultan à leur tète, passent le Danube , et je leur promets en ^

a4 EMPIRE. — AN 1812.

retour non-seulement la Moldavie et la Valachie, mais encore la Crimée. » La marche des négocia-

tions fut entravée. Il y eut un moment où l’on crut que le congrès de Bucharest serait dissous , les hostilités recommencèrent même sur le Danube.

Mais l’or et les intrigues de l’Angleterre et de la Russie corrompirent le divan ; l’arrivée d’Ândréossi fut retardée par la lenteur avec laquelle on lui expédia le firman du grand-seigneur. Kutusof montra aux négociateurs turcs une lettre vraie ou fausse de Napoléon, qui proposait le partage de la Turquie. Les Turcs signèrent, le 28 mai, à Bucharest, un traité de paix honteux. Il est vrai que la conduite tenue envers eux par Napoléon après la. paix de Tilsit, leur avait laissé de justes préventions. Ils ne perdirent pas moins la plus belle occasion , qui se fût jamais présentée à eux, pour reprentlre aux Russes toutes leurs conquêtes sur l’empire ottoman.

Napoléon partit de Posen et le 2 juin se rendit à Thorn; plusieurs chefs de l’armée, le roi de Westphalie, le prince Eugène et les directeurs des principaux services l’y attendaient. Il leur donna ses ordres pour mettre en mouvement les colonnes, faire cesser l’encombrement et les désordres, et éprimer les excès commis par les troupes. Il adressa de vifs reproches au roi de Westphalie et au prince héréditaire de Wurtemberg dont les soldats s’étaient signalés par leurs dévastations.

I Le Napoléon était à Dantzig. Importante

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