‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 83 sur 300 · CHAPITRE LXXXVI. I9I · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVI. I9I

vement, il dépendrait de lui de rester pendant un an, pendant deux ans, sur la Yistule; jamais les Russes ne franchiraient cette barrière; il conserve^ rait avec facilité l’attitude qu’U avait avant la guerre. C’était l’Allemagne, la Prusse, la Pologne, et surtout l’Autriche, qui souffraient de l’état des choses. Il était donc naturel qu’dle élevât la voix et qu’elle demandât la paix à hauts cris. Aussitôt cpie Napoléon aurait fait connaître ses vues, elle les ferait valoir, car lui seul était intact, lui seul était en mesure de dict^ la paix. Comme la Russie était trop engagée avec l’Angleterre pour traiter seule, on offrit d’entrer en relation directe avec cette puissance , et d’y mettre les formes qui conviendraient à Napoléon, en ayant toujours l’air d’agir spcmtanément. C’était Metternich qui s’exprimait en ces termes envers l’ambassadeur de France». AParis,Bubna n’était que son écho. Napoléon se conduisit comme s’il les avait crus de bonne foi, sans négliger, dans tous les cas, les précautions que lui conseillait la prudence.

Le cours des évènemens les rendait tous les jours plus urgentes. Après la défection du général Yorck, Murat avait quitté Kœnigsberg, laissant à PUlau une garnison de douze cents hommes. Tous les corps d’armée s’étaient retirés en désordre derrière la Vistule. Les Russes s’avançaient sans obstacle.

La défection d’Yorck était une bonne fortune pour la Prusse. Les sentimens de ce général étaient con-

* Lettre d’Oito du 3 et 8 janvier.

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nus d’avance et lui avaient valu le commandement. Cependant le roi parut indigné; ses premiers mots furent : « Il y a de quoi prendre une attaque d’apoplexie : que faire?» Il y avait encore du danger à lever le masque. On adopta une série de mesures où l’on se donnait un air de loy auté et d’honneur. Rleist nommé commandant du contingent pour le conduire aux ordres de Murat; envoi de l’aide-decamp Natzmer pour lui porter une lettre du roi; publication de son désaveu et de son indignation; arrestation et jugement d’Yorck; envoi du prince de Hatzfeld à Paris, pour porter à l’Empereur l’expression des sentimens du roi. Toutes ces belles démonstrations ne réparaient pas le mal , Napoléon ne pouvait en être dupe. '

La défection des Prussiens lui servit de motif pour faire des levées que les malheurs de la campagne rendaient indispensables. Un sénatus-consulte mit ' à la disjposition du ministre de la guerre trois cent cinquante mille hommes, savoir : i“ cent mille formant les cent cohortes du premier ban de la garde nationale, dès la fin de 1812, on leur avait suggéré de faire des adresses à l’Empereur pour le supplier de les appeler aux armées ; elles formèrent trentequatre nouveaux régimens de ligne; 2" cent mille conscrits de 1809, 1810, 1811 et 1812 pris parmi ceux qui n’auraient pas été appelés à faire partie de l’armée active; 3“ cent cinquante mille conscrits de 1 8 1 4 ; ce qui , avec la conscription de 1 8 1 3 déjà en marche, formerait cinq cent mille hommes.

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