CHAPITRE I-XXXVI
Le corps municipal de Paris offrit à l’Empereur un régiment de cavalerie de cinq cents hommes, et l’assura qu’aucun sacrifice ne lui coûterait pour soutenir l’honneur national. « Que le monde reconnaisse , disait-il , que sous votre gouvernement tutélaire VO.S fidèles sujets feront plus qu’il ne leur est demandé; que l’ennemi apprenne, en frémissant, que rien ne nous fera descendre de cette hauteur de gloire où votre génie nous a élevés, et où la postérité doit nous contempler un jour. »
L’exemple donné par la capitale fut suivi avec une noble émulation dans tout l’Empire* et dans le royaume d’Italie. Les villes, les communes, les cantons, des corps, des autorités offrirent, suivant leurs moyens, des cavaliers équipés et montés; ce fut un concert unanime de générosité et de dévoûment. Pendant trois mois les colonnes du Moniteur furent remplies de ces adresses et de ces offres : elles étaient «ignées par les notabilités des départemens, les grands propriétaires, une foule de personnages de l’ancienne noblesse qui composaient les conseils généraux de département et les conseils municipaux , enfin , par ce qu’on appelait des noms historiques.' Alors ils n’avaient point de termes assez forts pour exprimer à l’Empire leur attachement, à Napoléon leur amour; ils juraient, comme l’avaient fait les autorités de la capitale au retour de Napoléon , de se sacrifier corps et biens pour lui. On remarquait parmi eux Lynch, maire de Bordeaux, qui depuis,, comme tant d’autres courtisans ou flatteurs, trahirent leurs sermens,
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désertèrent la cause nationale, allèrent au*devant de l’ennemi , et leur livrèrent la patrie. Ces adresses , ces sacrifices furent, dit-on, commandés ; non, Parisdonna l’impulsion, le mouvement fut spontané, général. Par patriotisme , par honneur, par imitation , nulle part on ne voulut rester en arrière. On était fatigué de la guerre, on trouvait pesant le joug deNapoléon, mais on était indigné de la défection des Prussiens; après avoir étonné le monde par leurs victoires, les Français se soulevaient à l’idée d’une invasion étrangère.
Le prince de Hatzfeld apporta à Napoléon une lettre du roi qui exprimait son indignation contre le général d’Yorck,et protestait de son attachement invariable à la France. Il était ÿ en outre, chargé de sonder l’Empereur sur une alliance plus intime par le mariage d’une princesse de la famille impériale avec le prince royal. Ce projet souriait au baron Hardenberg ; le roi n’en était pas éloigné, si , par ce moyen , il pouvait replacer la monarchie prussienne au rang dont elle était déchue^ Il y avait des gens qui croyaient à la sincérité de ces démarches; ils se fondaient sur le caractère moral du roi. Iæ maréchal Augereau , qui commandait à Berlin , avait la plus grande confiance dans le dévoûment de Frédéric-Guillaume à Napoléon; mais ce maréchal était un mauvais juge.
Murat précipita sa retraite jusqu’à Posen , disséminant ses troupes dans les places de Thorn, Modlin, Zamosc , Graudentz et Dantzig; à Posen , malgré
^ Lettres de Saint-Manan , Tajantier.