CHAPITRE I.XXXVI
Le lendemain de la signature, l’Empereur envoya des présens et des décorations aux cardinaux et évêques qui avaient concouru au concordat.
Aq moment de la signature , Pie YII avait paru craindre qu’il ne portât une renonciation implicite à ses prétentions sur les états romains; Napoléon lui écrivit pour l’assurer qu’à cet égard rien n’était préjugé; qu’il n’avait traité qu’avec le pape, en sa qualité de chef de l’Église, dans les choses spirituelles.
Le ministre des cultes écrivit aux évêques pour leur annoncer la conclusion du concordat , et faire chanter un Te Deum dans toutes les églises. Il fut publié comme loi de l’état ( 1 3 février). Toutes les consignes restrictives de la liberté de Pie VII furent levées; on put librement assister à sa messe, le voir, le visiter. Il fut bientôt entouré de dix-sept cardinaux, dont neuf étaient logés au palais.
Jusque-là tout était au mieux. On croyait la paix religieuse sincèrement rétablie, on fut bientôt détrompé. Pie Vn se repentit et se rétracta; ce fut l’ouvrage des cardinaux plus encore que de sa réflexion. Dès qu’ils connurent le concordat, la plupart le désapprouvèrent. Les premiers arrivés , les cardinaux di Pietro, Gabrielli et Litta, commencèrent à r^ranler. Le cardinal Pacca le félicitant sur la constance avec laquelle il avait supporté sa captivité, il répondit : « Mais nous nous sommes déshonorés à la fin : ces cardinaiix ( les trois qui avaient pris part à la conclusion du concordat ) m’ont traîné à cette table, et m’ont fait signer. »
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Le pape leur demanda à tous leur avis par écrit; ils se divisèrent. Les opinions furent long-temps controversées dans des conciliabules secrets; celle de la rétractation prévalut. Quant à sa forme, on adopta celle d’une lettre de Pie VII à l’Empereur. Le pape y travailla en cachette , et y employa plusieurs jours. Pour que sa détermination devint publique , il lut sa lettre aux cardinaux, et une allocution qui en expliquait les motifs; le %l\ mars, il l’envoya à l’Empereur *. De-' puis qu’il avait signé le concordat, son âme avait été déchirée par les plus grands remords et le plus vif repentir. Sa conscience lui opposait des obstacles insurmontables à l’exécution de cet acte. Le vicaire infaillible du Christ déclarait, qu’il l’avait inconsidérément signé, par fragilité humaine, et comme n’étant que cendre et poussière. Quelques articles étaient susceptibles de modiheations , d’autres intrinsèquement mauvais et contraires à la justice et à la constitution de l’Église. Sa conscience lui reprochait surtout d’avoir oubUé totalement ses droits sur les domaines du saint-siège. Il proposait de recommencer des négociations pour conclure un nouveau traité.
Au palais de Fontainebleau toute la cour papale attendait dans la plus grande anxiété l’effet de la lettre du pape. On ne doutait pas que Napoléon ne se portât à quelque extrémité. Il prit le parti le plus , sage, celui de. paraître indifférent à la rétractation
* Mémoire.s du cardinal Pacca, t. ii, p. 95.