‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 90 sur 300 · CHAPITRE LXXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVI

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l'able , et conforme aux intérêts et à la grandeur de son Empire. Sa politique n’était point mystérieuse. Il avait fait connaître les sacrifices qu’il pouvait faire. Une mauvaise paix ferait tout perdre , jusqu’à l’espérance. Dans aucun siècle , l’agriculture et les manufactures n’avaient été en France à un plus haut degré de prospérité. On avait besoin de grandes ressources pour faire face ’à toutes les dépenses; il n’imposerait aucune charge nouvelle à ses peuples.

Le ministre de l’intérieur fit l’exposé de la situa-* tion de l’Empire dans les années i8ii et i8ia. C’était le tableau le plus complet qui eût encore été présenté, une véritable statistique. Il était accompagné d’états détaillés des ressources du pays. L’Empereur espérait ainsi , sinon effacer, du moins affaiblir le sentiment pénible que la fatale campagne de 1 8 1 a avait propagé dans la nation , ranimer sa confiance , et imposer à l’étranger. Montalivet hasarda malencontreusement ce paradoxe , qui suscita tant de clameurs, savoir : « que la conscription elle-même , qui , chaque année , faisait passer sous les drapeaux l’élite de la jeunesse , avait contribué à l’accroissement de la population , en multipliant le nombre des mariages , en les favorisant, parce qu’ils fixaient pour toujours le sort du jeune Français qui, une première fois, avait obéi à la loi. »

D’après le ministre, la population de l’ancienne France était de vingt-huit millions sept cent mille individus. Le territoire produisait annuellement pour 5,o3i ,000,000 de matières brutes et premières; la

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richesse industrielle s’élevait à },3Qo,ooo.t!anonve|Ie indu^rie, c’est-4'^ire les fabriques de sucre de betteraves,d’indigo>pastel , de soude, etc. , étaient estimées à 65,000,000 ; la dernière main-d’œuvre des matières, telles que le blé à convertir en pain , les draps à fournir des vétemens, etp., était évaluée à 639,600,000. Ainsi , la valeur réelle des paatières que chaque année leur reproduction réelle donnait aux consommations était au moins de 7,q35,6oo,qoq, La balance du commerce était en faveur des exportations de i a6 millions. Il pouvait y avoir quelque exagération dans ces calculs. Mais, malgré les guerres et le système continental, la situation de la France, comparée à 1788, ou à une époque quelconque postérieure » présentait d’immenses améliorations résultant d’abord de la révolution, et ensuite de l’administration impériale.

Un calcul incontestable et fondé sur des faits, portait la dépense faite en travaux publics, dans tout l’Empire , depuis l’avènement de Napoléon (douze ans), à un milliard, savoir :

Palais impériaux et bâtimens de la couronne. . . . 6a.ooo.ooo

Fortifications 144,000.000

Ports inaritiines ii;),eao,«PO

Routes , a77.ooo.ooo

Ponts 3 1.000,000

Canaux, nayigation, dessèchement , . . ia3,ooo,ooo

Travaux de Paris i oa,ooo,ooo

Édifice^ publics des départemens et principales villes. . 149,000,00»

Total 1 ,005,000,000

Dont pour l'ancienne France près de -00,000,000

Les grauds travaux publics en France ne remoU'

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taieiit pas aiwleli du dix>septième siècle; Louis XIV leur donna une grande impulsion. Il fit construire de vastes palais, des jardins magnifiques, des aqueducs superbes, le canal du Midi, les ponts de Saintes, de Blois, et à Paris celui de la Tournelle, le Pontau- Change, le Pont-Royal; mais aussi quel long règne! Peu ou presque rien pour les besoins du peuple, tout au faste. Quelques routes importantes ouvertes ou terminées, maisde préférence celles qui avoisinaient la capitale ou qui conduisaient aux palais des rois; les provinces négligées. Sous les règnes suivans, on ouvrit beaucoup de belles routes, de grands canaux furent entrepris. On fit les ponts de Toulouse, de Châtellerault, de Saumur, de Tours, de Neuilly, de Louis XV à Paris, de Saipt-Maxence, d’Orléans, de Mantes. Ce qui caractérisait le règne de Napoléon, c’était la multiplicité, l’utilité et la rapidité des travaux.

D’après le compte des finances, les revenus de 1811, estimés à 980,000,000, n’avaient produit que 953,100,000. Le d^cit provenait d’une diminution dans le produit des bois et de la non-réalisation de quelques ressources extraordinaires. Les dépenses de cet exercice furent fixées à un milliard; pour le parfaire , on lui affecta un supplément de 4fi»8oo,ooo.

Les recettes de i8ia, évaluées à 1,080,000,000, ne devaient en produire que 991,000,000, à cause d’une forte diminution dans les produits de la vente des tabacs et des ventes de bois. Il exigeait donc un supplément de 3y,5oo,ooo.

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On aurait pu pourvoir aux besoins de i8i3 avec un budget égal à celui de i8ia, si des évènemens au-dessus de toute, prévoyance n’étaient venus commander de nouveaux sacrifices en créant de nouveaux besoins. Le budget de i8i3 fut donc fixé à t,i5o^oo,ooo, y compris un fonds de réserve de 48 millions.

Ainsi, pour couvrir les dépenses de 1811, i8ia, et assurer le service de i8i3, il était nécessaire d’accroître les recettes ordinaires de a 32,000,000.

Il était difBcile d’augmenter les tarifs des contributions pour se procurer cette somme. Vu la situation de la France, ils étaient à leur maximum. On trouva ime ressource extraordinaire dans les biens des communes; on proposa la vente des terres, maisons et usines leur appartenant. On leur laissa les bois, pâtis, pâturages , tourbières et autres biens dont les habitans jouissaient en commun , ou ne tiraient aucun loyer; les édifices affectés à un service public; les eniplacemens qui concouraient à la salubrité des lieux ou à l’agrément. Les biens à vendre étaient estimés 370,000,000; ils étaient cédés à la caisse d’amortissement. Les communes recevaient, en inscription à 5 pour 100, une rente proportionnée au revenu net de leurs biens cédés. Les ventes étaient faites dans les formes ordinaires sur une mise à prix de vingt fois le revenu pour les terres , et de quinze fois pour les maisons et usines; un sixième du prix' était payé comptant, un second sixième dans les trois mois de l’adjudication , et les deux autres tiers d’année en

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