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CHAPITRE XI

Le contingentement et le commerce local

Au début de l’industrie sucrière réunionnaise, les planteurs-usiniers, encore peu nombreux, effectuaient euxmêmes la vente de leurs sucres. La rareté relative de ce produit leur assurait, en effet, un écoulement facile qui les dispensait d’intermédiaires.

Après la séparation de l’usine et de |” « habitation », le règlement en nature de la canne -dispersa le sucre entre une multitude de planteurs. Le commerce du sucre fit alors son apparition et devait occuper, par la suite, une place importante dans le mouvement général des affaires de la Réunion. |

Jusqu'en 1934, le sucre des planteurs (environ les deux tiers de la production réunionnaise) était acheté, pour le compte des importateurs métropolitains, par les nombreux négociants, agents de change et courtiers de la Colonie.

Le sucre des usiniers échappait le plus souvent au « contrôle » des commerçants locaux. La plupart des sucreries réunionnaises appartiennent, en effet, à quelques puissantes sociétés possédant leurs propres bureaux de vente en France ou à la Réunion même. L'adoption, en 1934, du règlement en espèces des planteurs devait priver le commerce local du sucre de ses fournisseurs traditionnels au profit des organisations de vente des sociétés sucrières.

Déjà, dès la nouvelle des accords de 1934, lors d'une réunion d’usiniers, de planteurs et de personnalités, tenue à la Salle de l’Académie le 11 mai 1934, les répercussions du contingentement sur le commerce local avaient été examinées. On envisagea de laisser libre la vente des sucres destinés à l'expédition en France. Les ventes faites sur le marché local à Madagascar et en Indochine devaient être concentrées entre les mains du Syndicat des Fabricants de sucre (t1).

D'un compte rendu donné de cette réunion par le journal « La Victoire Sociale », numéro du 12 mai 1934, nous extrayons le passage suivant

« Le commerce, par la voix d’un négociant, a protesté en séances, contre la vente organisée de la production du sucre. Or, il sera fait pour le sucre ce qui est fait pour le rhum contingenté. Les demandes en concurrence seront provoquées à la Réunion et, si ces prix ne sont pas inférieurs à ceux de France, le Syndicat des Fabricants de Sucre — l’usinier en l’espèce — vendra par grosse quantité du sucre dans la colonie.

La vente organisée du sucre, comme l'a si bien dit Mr H. Poulet, met fin à l'exploitation du planteur — surtout le petit — par ceux qui raflaient aux abords de l'usine les bons de cannes à un prix dérisoire.

La vente organisée du sucre supprime les intermédiaires qui, somme toute, vivaient sur les petits planteurs de cannes en parasites ».

Le contrôle, par le Syndicat des Fabricants de sucre, de la vente destinée à la consommation locale, a suscité, au début, de nombreuses réclamations. Le détaillant des

(x) Revue Agricole de l'Ile de la Réunion, mai 1934, p. 158,

«quartiers » était contraint d'effectuer un voyage onéreux à la capitale pour se procurer un bon de livraison de sucre au siège du Syndicat. Il y a lieu de penser que la faculté jui a été depuis accordée de s’approvisionner directement à l'usine la plus proche moyennant le paiement des droits de consommation.

En outre, les intérêts des exportateurs locaux gravement compromis par le contingentement, ont été sauvegardés, dans une certaine mesure, par l'arrêté du Gouverneur p. i. de la Colonie, en date du 6 août 1936. Cet arrêté, homologuant l'accord intervenu le 5 août entre planteurs et usiniers, dispose que

« (les usiniers acceptent) de mettre en vente sur place un tiers du sucre contingenté provenant des planteurs, pour donner satisfaction aux exportateurs locaux — les prix obtenus sur place viendront en ligne de compte dans la fixation des prix de la canne de la quinzaine suivante au prorata des quantités fabriquées et vendues — sous réserve que ces sucres soient embarqués dans les conditions et délais fixés par le Syndicat des Fabricants de Sucre ».

Ainsi donc, après des difficultés inévitables d’adaplation, l’organisation du Contingentement s'améliore pro-

gressivement,

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