CHAPITRE XII
Le renouvellement des accords de 1934
Les accords professionnels du 16 mai 1934, fixant le contingent respectif de la Métropole et des Colonies, arrivaient à expiration le 30 septembre 1937.
Dès le début de 1937, on se préoccupa done, à la Féunion, de leur renouvellement.
Il apparut tout d’abord impossible de proroger purement et simplement le Protocole de 1934. La situation de la Réunion avait, en effet, considérablement évolué depuis cette époque. Le contingent alloué à la Colonie, qui avait paru alors convenir à ses possibilités, s'était avéré depuis, tout à fait insuffisant. ea
Durant les deux années 1935 et 1936, la production sucrière réunionnaise avait atteint 175.000 tonnes, pour une faculté d'exportation normale (France et Madagascar) de - 123.000 tonnes y compris la consommation locale. Deux campagnes sucrières : 52.000 tonnes d’excédents de production.
Les chiffres étaient suffisamment révélateurs par euxmêmes de la situation nouvelle de la Colonie.
Il est vrai qu’une grande partie des stocks avait pu être éliminée, par des opérations toutes fortuites d’ailleurs : il n’en reste ‘pas moins cependant que la campagne 1936 devait se solder, selon les prévisions, par un excédent de quelques 25.000 tonnes,
Les perspectives d’avenir n'étaient pas encourageanties: Depuis 1934 aucun « marché de secours » ne s'était ouvert aux sucres réunionnais ; au contraire, par suite du développement de son industrie sucrière, Madagascar avait tendance à restreindre ses importations. Pour la même raison, les compensations de Namakia et de la Guyane s'amenuisaient chaque année. La faculté d'exportation normale de la Réunion ne pouvait done que diminuer. La limitation des cultures n'était pas à envisager, tout au moins comme remède immédiat. Le cycle de végétation de la canne ne permet pas, en effet, à moins de recourir à l’arrachage, la réduction de la récolte d’une année à l’autre ; et larrachage lui-même devait être écarté par suite de répercussions sociales qui auraient pu en résulter. Sous le poids de ses stocks le pays était menacé d’asphyxie économique.
Seule une augmentation de Contingent pouvait lui permettre de vivre. Planteurs et usiniers se rendirent compte de la gravité de la situation et se rallièrent unanimement à la seule solution qu’elle comportait.
Pour mieux faire ressortir l'importance capitale qu'ils attachaient à une augmentation de contingent, planteurs el usiniers décidèrent de se faire représenter séparément à la discussion des nouveaux accords. MM. de Villèle et V. Boyer de la Giroday furent désignés à Funanimité par la Chambre d'Agriculture et les Syndicals agricoles pour représenter les planteurs réunionnais. Les usiniers, de leur côté, désignèrent pour la défense de leurs intérêts MM. Bénard, Sénateur de la Réunion, Jourdain, Directeur général des Sucreries Coloniales, et Rieul Dupuis. Mr Bénard, empêché, se fit représenter par M. Charles Declere : néanmoins, il s’est toujours tenu en-contact étroit avec la délégalion réunionnaise. Celle-ci était, en outre, assurée de
l’assistance des députés de la Réunion, de Mr Brunel particulièrement qui avait déjà activement participé à la conclusion des accords de 1934.
Les Réunionnais réclamèrent un contingent minimum vital de 72.000 tonnes en raffiné. Ce. chiffre représentait une augmentation de 12.000 tonnes environ par rapport au contingent obtenu en 1934. Cette augmentation était justifiée, dit Mr Brunet dans une lettre adressée à la Délégalion Réunionnaise, « par la situation exceptionnelle de la Réunion résultant d’un triple facteur : la concurrence de Madagascar, à main-d'œuvre bon marché, en tous cas beaucoup moins payée qu’à la Réunion où l’évolution sociale justifie l’application de salaires proportionnés au coût de. la vie ; l'impossibilité pour la Réunion, en raison de son éloignement du marché métropolitain, de s’adonner à des cultures complémentaires rémunératrices comme celle de la banane pour les Antilles ; les conditions démooraphiques de la Colonie où la population est en état d’accroissement régulier, Jes deux derniers recensements faisant ressortir une progression de 35.000 habitants en
Fr
[9 ans ».
A l’appui de sa demande, la Délégation réunionnaise faisait ressortir le chiffre énorme des excédents de production enregistrés par la Colonie depuis 1935. Elle insistait également sur la parfaite loyauté apportée par la Réunion dans l'exécution des accords de 1934. (C'était à une allusion à l'attitude des « dissidents » martiniquais qui avaient provoqué l'intervention du décret du 30 octobre 1935).
Les pourparlers entre les délégations de la Réunion, de la Métropole et des autres colonies, commencèrent le 20 juillet 1937.
Dès la prise de contact, les coloniaux se heurtèrent aux métropolitains. Le Président de lAssociation Syndicale déclara, en effet, que le pourcentage établi en 1934 entre la production métropolitaine et coloniale (87 % de la consommation de la France et de l'Algérie aux Métropolitains, 13 % aux coloniaux) ne pouvait être modifié en aucun cas ; en outre, la durée des futurs accords devait être fixée à quatre ans au lieu de 3 ans comme précédemment. C'était meltre les coloniaux devant un fait accompli. Ces derniers étaient venus discuter des accords et non pas seulement apposer leur signature sur un Protocole unilatéralement établi par les métropolitains. Ceux-ci, pour expliquer leur attitude, prétendirent que malgré leur désir d'augmenter leur propre production ils n'avaient pas jugé opportun de demander un changement du pourcentage qui leur avait été attribué en 1934 ; par conséquent, ils ne voyaient pas de raison à la modification du pourcentage des colonies. Autrement dit, les métropolitains ne s'opposaient pas à un changement dans la répartition du contingent colonial si un accord à ce sujet pouvait se réaliser entre les colonies intéressées ; seule leur importait l'intangibilité du contingent métropolitain.
Cette façon de voir s’opposait directement au point de vue de’la Délégation réunionnaise. Celle-ci, en effet, désirait d’abord la fixation du contingent de la colonie en fonclon du contingent général (métropolitain et colonial) elle demandait en effet 7 % de ce contingent général.
En outre, les prétentions métropolitaines auraient conduit Ta Réunion à obtenir une augmentation de son con- Ungent au détriment des autres colonies et-il ne semblait
pas qu'un accord puisse jamais se réaliser sur ce point,