‹ Le Contrat d'ApprentissageChapitre 2 sur 30 · ENS · texte numérisé non relu

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d’habileté et de fini de sa propre main-d'œuvre, est une nécessité nationale.

Pour la sécurité sociale, une bonne solution du problème de l’apprentissage éviterait la formation dangereuse d’une classe d'individus instables, mal adaptés à une profession, ou qui même en ébauchent et en abandonnent plusieurs.

Au point de vue moral, de l’école au régiment, l’adolescent brusquement changé de milieu, privé des leçons de ses maîtres, sans direction de famille trop souvent, est exposé aux pires tentations de la rueet court risque de s’enrôler, désœuvré précoce, dans les rangs de ceux qui font le mal, puisqu'ils ne savent rien faire.

De 1839 à 1889, la criminalité générale s’est accrue chez les mineurs de seize à vingt-un ans dans une proportion de plus du double (247 pour 100).

À tous égards donc l’apprentissage est nécessaire.

Un simple chiffre emprunté à une enquête sur l’apprentissage, ouverte en 1901 par le Conseil supérieur du Travail, prouvera qu’il n’est pas réalisé chez nous. Sur 602.000 enfants (382.000 garçons et 220.000 filles) occupés en France par le commerce et l’industrie, un dixième seulement de ce contingent est en possession d’un contrat écrit, lui assurant l'instruction de l'atelier. Il y a donc 540.000 enfants au minimum, laissés sans protection au point de vue de leur éducation professionnelle. Sans doute, il serait excessif de prétendre que tous indistinctement soient privés de toute formation technique. Mais si l’on réfléchit aux conditions défectueuses dans lesquelles un apprentissage qui n’a d'autre mérite que d’être régulièrement constaté, est trop souvent donné au dixième des enfants

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pourvus d’un contrat écrit, il faudra bien reconnaître qu'un nombre infime d’enfants d'ouvriers reçoit une instruction professionnelle, capable de donner à leur famille des hommes, à leur pays des artisans vraiment dignes de lui.

Le mal est grave, il est certain. Il ne date d’ailleurs pas d'aujourd'hui. Dès 1840, Villermé dans son tableau de l'état physique et moral des ouvriers, le sénateur Corbon, en 1848, dans son ouvrage de l’enseignement professionnel, dénonçaient avec éloquence la décadence de l’apprentissage. Leurs écrits préparaient les timides interventions législatives qui se produisirent en 1841 et 1851. La loi, trop décriée à notre avis, du 4 mars 1851, devait, malgré l’excellence de ses intentions, avoir l’inefficacité dont sont frappées les lois sans sanction. Aujourd’hui, le malest à son comble.

Si l'on en recherche les causes, elles apparaissent, comme le mal lui-même, d'ordres divers et complexes.

Cette crise aiguë se rattache à la plus grande crise qui secoue, jusque dans ses assises, l’État moderne, qui, privé en 1789 du support de la tradition monarchique et religieuse, cherche depuis à retrouver l’équilibre et la stabilité perdus. « A la fin du siècle dernier, a écrit Taine!, pareille à un insecte qui a sa mue, la France a subi une métamorphose. Son ancienne organisation se dissout. Elle en déchire elle-même les plus précieux tissus et tombe en des convulsions qui semblent morbides. Mais son organisation n’est plus la même; par un sourd travail continu, un nouvel être s’est substitué à l’ancien. »

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