Levasseur, op. cit
2, Martin-Saint-Léon, Histoire des corporations de métiers,
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par le patron, est pauvre ordinairement et restera tel, tandis que l'apprenti qui, lui, paie, est le concurrent de demain. Au surplus, la meilleure preuve que la crainte de la concurrence est bien la vraie raison de la limitation du nombre des apprentis, c’est que, plus l’on s'éloigne du moyen-âge, plus l’on trouve des statuts limitatifs. Au xrr1° siècle, les orfèvres prennent autant d’apprentis qu’ils veulent; au x1v°, deux ou trois; au xve, un seul; au xvr1°, en 1632, on en arrive à ne plus former d’apprentis dans la corporation. Les orfèvres de Paris obtiennent que les fils de maîtres seront seuls admis comme apprentis jusqu’à ce que le nombre des maîtres soit réduit à 300.
IV. Dispexse. — Sous ce rapport, le népotisme sévissait également dans la corporation avec une intensité particulière. Les parents du maître, ses frères, ses fils, ses neveux ne comptent pas dans le nombre des apprentis. Il s’agit d’assurer la succession du métier dans la famille. On est orfèvre, par exemple, de père en fils; on se transmet les secrets de la fabrication de génération en génération, et, quand il n’y a pas de fils, l'apprenti épouse la fille du maître. Les fils de patrons avaient quelquefois même un avantage encore plus sérieux, ils pouvaient être dispensés de l'apprentissage. Chez les cuisiniers, les libraires, les imprimeurs, le fils de maitre peut s'établir sans savoir le métier.
Quand on n'allait pas jusqu’à dispenser entièrement de l'apprentissage les fils de maîtres, on leur en adoucissait singulièrement les conditions. Ils étaient en quelque sorte hors rang. Dans certains corps de métiers, on apprenait gratuitement la profession aux fils de maitres orphelins ou dénués de ressources. Ils étaient dispensés des droits d'entrée et de contrôle et on leur permettait de passer maîtres dès l’âge de dix-huit ans, s'il était prouvé qu'ils avaient travaillé deux ans avec leurs parents.
V. AGE ET CONDITION sociale. — L'âge auquel les parents plaçaient ordinairement leurs enfants en apprentissage était de onze ans. « La plupart des corporations, nous dit Franklin', ne demandaient aux apprentis que d’être Français, non mariés, et de pratiquer la religion « catholique ». Quelques règlements voulurent cependant que les postulants fussent nés de « loïal mariage ». Cet ostracisme à l’égard des enfants naturels n’était heureusement pas la règle.
VI. Vie DE L’APPRENTI. — On a tracé des tableaux idylliques de la vie de l’apprenti au bon vieux temps. La vérité est que tout dépendait de la famille dans laquelle entrait l'apprenti. Qu'on écoute, par exemple, à la suite de Babeau, un jeune apprenti imprimeur nous raconter ses peines, et l’on demeurera convaincu du caractère, parfois plus que morose, de l’existence des futurs maîtres. L'apprenti arrive dans une cour, où « cinq ou six malotrus ressemblant à des ours » travaillent ou apprètent de l’encre; Le prote lui fait porter « au plus haut magasin » des rames de papier sous le poids desquelles il plie. Aussitôt descendu, on l'envoie à la cave chercher du charbon, on lui fait allumer du feu. La nuit, 1l couche au rez-de-chaussée, dans un réduit obscur, « où l’on voit au plafond et sur les murs les escargots courir. » Avant l’aurore, un coup de sonnette le fait sauter de son dur grabat; il va à tâtons ouvrir la porte aux compagnons. Ceuxci lui font allumer le feu, apporter l’eau. Ils l’envoient cher- . cher du vin. A peine rentré, il court porter des épreuves en ville, faire des emplettes, réclamer les fournitures au fondeur, au marchand de papier, au parcheminier. Le dimanche même, il doit tout nettoyer; il prépare la colle et rogne le
papier.