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AVANTAGES DE LA THÉORIE DU CONTRAT DE SOCIÉTÉ

Cette conception du contrat de travail, qui a séduit non seulement une multitude de cœurs généraux, mais même nombre d'esprits se'rieux, offre d'incontestables avantages. Elle sauvegarde mieux qu'aucune autre la dignité de l'ouvrier, — elle semble devoir supprimer l'antagonisme des classes, — elle paraît assurer une plus équitable répartition des profits.

1<* La théorie qui fait du contrat de travail un contrat de société sauvegarde mieux qu'aucune autre la dignité de C ouvrier. Elle ne fait plus de l'ouvrier le serviteur, et par là même l'inférieur du patron ou du maître ; elle en fait son associé et son égal. Ce sont deux hommes, ayant les mêmes droits, sinon les mêmes moyens, qui unissent librement leurs ressources et travaillent de concert à une même œuvre. Chacun d'eux a besoin du concours de l'autre, mais ne lui est en rien subordonné. Ainsi disparaît cette longue sujétion dans laquelle le Travail a été jusqu'ici tenu par rapport au Capital. Il n'y a plus ni employeurs ni employés, il n'y a que des collaborateurs égaux entre eux.

Il est inutile de faire remarquer que cette égalité parfaite et cette absence de subordination ne sont nullement réclamées par la nature. Les hommes sont égaux en ce sens qu'ils ont une commune origine et une même fin. Ils sont tous enfants de Dieu, membres de Jésus-Christ et héritiers du royaume céleste. Mais ' tous n'ont pas été dotés par le Créateur avec la même / générosité. Les uns ont reçu beaucoup, les autres peu, et Ton ne peut pas dire que deux hommes aient été traités d'une façon absolument identique. Quand on étudie l'humanité ce qui frappe avant tout, c'est Tiné-

galité qui existe entre les sujets qui la composent» Cette inégalité a été voulue par la Providence.

(( C'est Elle, en effet, qui a disposé parmi les hommes des différences aussi multiples que profondes : différences d'intelligence, de talent, d'habileté, de santé, de forces; différences nécessaires, d'où naît spontanément l'inégalité des conditions. Cette inégalité, d'ailleurs, tourne au profit de tous, de la société comme des individus, caria vie sociale requiert un organisme très varié et des fonctions fort diverses, et ce qui porte précisément les hommes à se partager ces fonctions, c'est surtout la différence de leurs conditions respectives (1) »►

2° La théorie qui fait du contrat de travail vn contrat de société semble devoir supprimer Vaniagonisme des classes. Avec les autres systèmes il y a presque nécessairement opposition d'intérêt, et par conséquent rivalité entre patrons et. ouvriers. Au lieu de se regarder comme des membres d'une même famille, et de travailler de concert à atteindre le plus haut bien-être réalisable, ils se regardent comme des sortes d'ennemisnés et chaque jour va creusant l'abîme qui sépare les classes. — La préoccupation première et presqu'unique du patron est d'obtenir la plus grande quantité de travail pour le moindre salaire, il fait ce que font les^ acheteurs dans les marchés ordinaires, ils tendent à baisser les prix dans toute la mesure du possible. — De son côté rou\'rier cherche à arracher le salaire le= plus élevé et à ne s'imposer que le minimum depeine. N'ayant aucun intérêt personnel à produire beaucoup et bien, — puisqu'il est payé à la journée et non proportionnellement aux bénéfices — , il n'apporte généralement que la somme d'efforts et d'attentions nécessaires pour ne pas se faire renvoyer. Il en arrive vite à mettre en pratique la théorie, si naturelle, du moins possible»

(1) Léon XIII : Eûcyclique Rerum novarum.

Il voit dans le patron un exploiteur qui s'enrichit de se' 'ueurs et qui lui vole le plus net de son travail. Ainsi, au lieu de cette societas herilis, qu'il faudrait par tous les moyens essayer de reconstituer, on a des hommes qui s'observent et se jalousent, quand ils ne vont pas jusqu'à se détester.

Il semble que sous un régime de contrat de société ces mêmes hommes devraient former une vraie famille ouvrière et vivre dans une entente cordiale. Ce ne sont plus alors des adversaires, ce sont des aisociés. Entre eux il n'y a pas de rivalité d'intérêt, les intércLs sont communs. Ces hommes travaillent ensemble à une même production et comme chacun a sa part dans les bénéfices, chacun est stimulé à produire en aussi grande quantité que ses forces le permettent. La surveillance patronale, toujours pesante à l'ouvrier et souvent odieuse par le fait des contremaîtres, n'a plus à s'exercer. Le contrôle est fait par tous et ainsi disparait une des causes les plus fréquentes de difficuUés.

3° La théorie qui fait du contrat de travail un co7Hrat de société paraît assurer la plus équitable i^épartition des prolits. Dans toute association formée dans le but de produire des bénéfices, le partage de ceux-ci se fait au prorata de l'apport de chaque sociétaire. Rien n'est plus conforme aux règles de la justice rigoureuse, et l'on ne peut rien imaginer qui sauvegarde mieux tous les droits. Théoriquement ce système semble parfait, mais pratiquement il soulève de grandes difticuilés d'application et ne ferme pas la porte aux abus.

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