CHAPITRE VI
LE CONTRAT DR SOCIÉTÉ N'EST PAS LE SEUL LIEN CON- FORME A LA JUSTICE POUR RELIER ENTRE EDX PATRONS ET OUVRIERS
Le lien formé entre patrons et ouvriers par l'existence d'un contrat de société, se concilie parfaitement avec tout ce que demande la justice, et malgré les incon- | vénients qui viennent d'être signalés, il peut être considéré, si on y tient, comme le plus naturel et le plus acceptable. Mais c'est aller trop loin que de prétendre qu'il est seul naturel, et seul acceptable, parce que seul il est conforme aux principes de justice qui doivent présider aux rapports du Capital et du Travail.
Pour que la justice se trouve satisfaite il faut, mais il suffit, que le Travail soit rétribué proportionnellement à la part qu'il a prise à la production et qu'il touche l'équivalent de ce qu'il a fourni. Or,, il serait difficile aux partisans du contrat de société d'appoi 1er <^es arguments sérieux pour établir qu'avec ce contrat
seul, Touvrier peut recevoir une rémunération en rapport avec le service rendu, et qu'avec les autres formes de convention il est fatalement lésé dans ses droits. Ces droits peuvent tout aussi bien être sauvegardés avec un contrat de vente qu'avec un contrat de société, le premier ne prête pas plus aux abus que le second, l'important est qu'il soit régulièrement conclu et loyalement observé.
11 n'y a pas même jusqu'aux légitimes exigences de la dignité de l'ouvrier, qui ne puissent'sufiisamment s'accommoder d'une autre forme du contrat que la forme de société quoique] celle-ci, considérée au point de vue abstrait, corresponde mieux à l'esprit do l'égalité chrétienne.
Que le contrat de travail soit de telle ou telle nature, la chose n'a en soi qu'une importance pratique très secondaire. Ce n'est pas parce qu'on en fera un contrat de société, que la justice sera ramenée sur la terre et le bien-être dans le monde du travail. Là n'est pas le grand remède qui doit guérir les maux de l'humanité, on sp. tromperait en lui prêtant une efficacité considérable, le salut, si jamais il vient, viendra d'ailleurs. On se tromperait pareillement, si on s'attendait à ce que s'introduise prochainement et librement un état de choses qui mettra patrons et ouvriers sur le même pied, et donnera à chacun le droit au partage égal du bénéfice net. Pour en arriver là, il y aura à vaincre des préjugés enracinés, à rompre avec des traditions très anciennes, à briser des oppositions basées sur l'intérêt. Un temps très considérable sera nécessaire pour opérer cette transformation sociale et l'on ne saurait assurer, que si elle se produit, elle réalisera les espérances que beaucoup ont fondé sur elle.