PS ES
“ Le 18 et le jour suivant, je me suis principalement occupé des moyens d’avoir le vent sur les ennemis à leur arrivée; ici, mes soins et les divers mouvements que j'ai faits à chaque changement de vent ont été inutiles, et hier, dans le moment même où j'allais les attaque” avec cet avantage, le vent changea et ils l'eurent sur nous. Ils en ont profité pour nous attaquer sans s'engager, et l’escadre du roi les à reçus de façon à leur faire craindre de trop s’exposer en l'approchant davantage.
“ Le combat commença par notre avant-garde qui tira la première sur l'arrière-garde des ennemis, qui était devenue avant-garde, par un mouvement qu'ils avaient fait. Notre avant-garde a été assez maltraitée ; cependant les ennemis ont bientôt cessé de la combattre, parce que, suivant que nous pouvons juger de leur manœuvre, ils avaient dessein de faire leurs grands efforts sur notre arrière-garde ; mais ils la trouvèrent si serrée eten essuyèrent si grand feu, qu'ils s’en éloignèrent assez promptement.
“En général, il n’y a eu aucun de leurs vaisseaux qui ait soutenu longtemps le feu des nôtres, ce qui fait espérer qu'il y en aura eu de fort incommodés ; mais nous n'avons rien vu qui ne se puisse réparer. Un a perdu son petit mât de hune, et plusieurs ont paru avoir leurs voiles et leurs manœuvres en fort mauvais état.
“Le combat commença à deux heures et demie et finit à cinq heures et demie. Quand
les ennemis se virent hors de la portée du canon, ils virérent de bord, Je fis signal à l'avant-garde, qui depuis longtemps n'avait plus de vaisseaux par son travers, de virer par la contre-marche pour poursuivre les ennemis; mais ces quatre vaisseaux, entre autres le Redoutable, étaient hors d'état de le faire, suivant ee qu'ils m'ont fait savoir depuis. Plusieurs même, qui avaient été obligés d'arriver peu après le commencement du combat, étaient si fort sous le vent, qu'ils ne pouvaient plus exécuter mon signal d'une façon utile ; ainsi les ennemis continuèrent leur bordée qui les portait au large, et nous la nôtre qu nous à menés ce matin à la vue et fort proche de l'entrée de Mahon, qui est l'objet dont je dois m'occuper. Les ennemis étaient en tout dix-huit voiles et nous seize. Ils avaient treize vaisseaux de lione dont un à trois ponts, et nous douze vaisseaux de ligne. La disposition de leur escadre étuit singulière : le vaisseau à trois ponts était le commandant, et nous croyons que c’est M. Byng. Il faisait dans l'ordre naturel le troisième vaisseau de l'avant-garde, mais dans l'ordre sons lequel il nous a attaqués, il était le troisième vaisseau de l’arrière-garde. L'autre pavillon, que nous estimons être celui de M. West, était de la même façon le quatrième vaisseau de l'avant-garde en ordre renversé, en sorte qu'il n'y avait point de pavillon au corps de bataille, qui pendant quelques moments s’est trouvé vide, L'avantage du vent à permis aux Anglais de commettre ces irrégularités sans risque, et notre position demandait que nous fussions serrés comme nous l'avons été : c'est celte contenance du COTpS de bataille et We l'arrière-garde, qui a empéché les ennemis de s'apercevoir du mauvais élat de notre avant-garde, ou du moins qui les a empéchés d'en profiter.”
On ne peut être plus franc, plus loyal que de la Galissonière l'a été en cette circonstance. Relisez attentivement les dernières lignes, que je souligne: vous aurez là tout le secret de sa victoire. C’est que l'amiral appartenait à ce corps d'élite qui faisait dire au marquis de Montcalm, de passage à Brest vers cette époque :
“Le corps de la marine est bien composé, presque tont entier de gens de condition, plusieurs d'une naissance distinguée, beaucoup d'honneur et de probité, une franchise dans leur façon de penser et de dire, dont on ne trouve des exemples nulle part ailleurs que
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chez d'aussi braves militaires, que le commerce de la Cour et de Paris n'a pour d'ordinaire gâtés, en leur inspirant un fonds de flatterie que l'on confond avec la politesse.”
Et cette plainte que By"g doit, lui aussi, formuler plus tard, est-ce que de la Galissonière ne la pousse pas le premier? Son avant-garde ne peut se mettre à la poursuite de l'ennemi. Quatre de ses vaisseaux évoluent mal ; le Redoutable est hors d'état d'obéir aux signaux. Néanmoins il poursuit sa victoire et se replie sur Mahon. En ces temps-là, on n'était pas difficile sur les navires, et l'amiral de la Gravière avait cent fois raison lorsqu'il disait à ce propos:
“ De pareilles expéditions nous semblent aujourd’hui fabuleuses ; des navires exposés à manquer de vivres à la mer, sombrant au premier coup de vent, prêts à couler au premier coup de canon, naviguant avec des mâts à demi-brisés et des gréements hors de service, ce sont là des misères que notre génération n'a pas connues et a peine à comprendre. D'ailleurs cela a existé dans toutes les marines à voiles de l'époque. 11y avait des navires du roi construits sur le même gabarit : les uns avaient une marche supérieure, les autres étaient des bouées.”
En feuitletant l'histoire des progrès de la puissance navale de l'Angleterre, par le baron de Sainte-Croix, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, on trouve d'autres curieux détails sur l'expédition de Minorque.
“ Par les efforts de l'actif Machault, dit-il, les Français venaient de mettre à la mer douze vaisseaux de ligne, qui avaient escorté un corps de troupes aux ordres du maréchal de Richelieu et protégé sa descente dans l'ile Minorque. Ils y trouvèrent une division de deux vaisseaux et de deux frégates que le marquis de la Galissonière, commandant l'escadre française, laissa échapper; ayant été trompé par de faux amis, ii les croyait désarmés. Cette division se joignit à Byng, qui se trouva avec treize vaisseaux de ligne, dont un était à trois ponts. Cet amiral appareilla de la rade de Gibraltar et arriva devant le port Mahon, non seulement avec le dessein d'y jeter des secours, mais encore avec l'intention de combattre les forces navales qui bloquaient cette importante place.
“ À ]n vue des ennemis, de la Calissonière cherche à gagner l'avantage du vent, ce qui l'oblige à s'éloigner de sa station; ainsi Byng aurait eu, pendant trente-six heures, le temps de secourir Mahon, s'il avait su profiter de cette circonstance ; mais cet amiral ne pensait qu'à se disposer au combat. Le lendemain, les deux escadres s'étant rapprochées, celle de Trance sous le vent et l’autre au vent, l'action commença. L'arrière-garde anglaise essuya la première tout Le feu de l'avant-garde française que commandait le chevalier de Glandevez. Son adversaire, West, fut si maltraité, qu'il ne lui riposta bientôt plus. Quoiqu: Byng ne se trouvât pas secondé par tous les vaisseaux de sa division, deux n'ayant pas tardé à quitter la ligne, il ne laissa pas d'attaquer le corps de bataille des Français avec assez de résolution ; mais ce fut sans succès. Tous ses efforts se portèrent alors sur leur arrière-garde ; elle était si serrée, et de la Clue, son chef, se conduisit avec tant de vigueur que l'amiral anglais se détermina à la retraite. Il avoua depuis—le 18 janvier 1757— ‘ qu'une grande partie de son escadre étant hors de combat, il y aurait eu de l'imprudence «à retourner à la charge sur un ennemi qui, dès le commencement de l'action, avait toujours eu l'avantage, et qui n'avait encore rien perdu de ses forces.”
“ En voyant les Anglais se retirer, après une action de deux heures et demie, la Cjalissonière erut devoir se rapprocher d'eux, mais une partie de ses vaisseaux étant trop sous le vent, il ne put exécuter la manœuvre qu'il s'était proposé de faire.
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