LE CONTRE-AMIRAT BYNG
‘ Dans une lettre datée du 22, le marquis de la Galissonière rectifie une erreur qui lui avait échappé dans la relation de son combat. Il y est parlé du signal fait à l'avant-garde de revirer par la contre-marche. C'était son dessein : mais voyant une partie de cette division hors d'état d'exécuter sur le champ une pareille manœuvre, signal qu'il s'était proposé de faire.
“ De la Galissonière avait l'ordre de ne pas s'éloigner de Mahon : en conséquence, il reprit sa station à l'entrée de ce port, et laissa Byng continuer tranquillement sa route jusqu'à Gibraltar. Trois vaisseaux de cet amiral étaient fort maltraités et couraient vent arrière sur la côte d'Afrique, pompant des voies d’eau considérables.
il ne fit point le
Si les Français, au lieu de bloquer la place assiégée avec quelques frégates, eussent poursuivi leurs ennemis, ces trois bâtiments seraient vraisemblablement tombés en leur pouvoir.
“ Malgré la fuite de Byng, le général Blakeney, qui commandait dans le fort Saint- Philippe, la principale défense de l'ile, ne se résolut à capituler que lorsque les assiégeants, conduits par le prince de Beauveau et plusieurs autres officiers, en eurent enlevé les ouvrages antérieurs, avec ce brillant courage qui distingue leur nation. L'assaut fut donné dans la nuit du 27 au 28 juin. On descendait dans les fossés. Là, les échelles étant insuffisantes, les soldats grimpaient sur les épaules les uns des autres et gravissaient le roc sous le feu de la plus formidable ariillerie. Cinq des plus fortes redoutes furent emportées. Alors le général Blakeney, ne pouvant résister plus longtemps, demanda et obtint la plus belle capitnlation. Le maréchal de Richelieu, qui voulait moins faire des prisonniers que s'assurer une conquête importante, consentit à faire transporter [a garnison anglaise à Gibraltar. La nouvelle de la perte de cette place ne parvint en Angleterre qu'après la déclaration de guerre, le 17 mai 1756. Les ministres, pour se soustraire euxmêmes à la censure, cherchèrent à attirer sur Byng toute l'indignation publique.”
Quant à de la Galissonière, son sang-froid assura les résultats de sa victoire. Les Baléares furent occupées. On se préparait à fêter, à Versailles, le héros du combat de Minorque. Louis XIV voulait lui donner le bâton de maréchal de France, mais l’amiral mourut d’hydropisie, le 26 octobre 1756, à Nemours. En ee moment le ministère et
le parlement anglais se disposaient à faire à l'amiral Byng une toute autre réception.
Au Canada, la prise de Minorque fut annoncée en ces termes par le roi de France :
“ Monsieur l'Evêque de Québec,
“ Après avoir longtemps et vainement attendu la satisfaction que je m'é
tais promise du roi d'Angleterre, en réparation des excès que sa marine
a commis contre mes vaisseaux et ceux de mes sujets, au grand scandale de toute l'Europe, je me suis trouvé forcé de recourir à la voie des arines, pour venger l'honneur de ma couronne et protéger le commerce de mes Etats. C’est par de si justes motifs que j'ai fait passer au mois d'avril dernier un corps de mes troupes dans l'ile Minorque, sous le commandement de mon cousin le maréchal duc de Richelieu, avec une escadre commandée par le marquis de la Cralissonière, lieutenant général de mes armées navales, pour chasser les Anglais d'un port dont ils s'étaient emparés, par cet esprit de domination qu'ils voudraient établir dans les deux mondes, À la suite des travaux pénibles d'un long siège, pendant lequel l'escadre anglaise, qui s'était avancée pour secourir Minorque, a été repoussée par la mienne, le maréchal Richelieu, après une proposition aussi hardiment méditée que l'exécution en devait & rapide, a donné enfin l'essor à la valeur française, lorsque les ennemis se fiaient
de tre à la force
de leurs remparts, mes troupes ont emporté d'assaut, la nuit du 27 au 28 du mois dernier, les ouvrages antérieurs du fort Mahon. La térreur a fait le reste. Lagarnison a été contrainte de capituler et de se retirer à Gibraltar, abandonnant plus de 200 pièces de canons et 80 mortiers. Le succès d'une entreprise si importante, où nos troupes ont eu à surmonter tous les obstacles que l’art secondé de la nature peut mettre en usage pour la défense d'une place, ne doit être attribué qu’à la faveur que le Dieu des armées veut bien accorder à la justice de ma cause. C'est pour lui rendre un hommage public de ma reconnaissance et pour le supplier de m'accorder sa divine protection que je vous fais cette lettre, pour vous dire que mon intention est que vous fassiez chanter le Te Deum dans l'église cathédrale et autres de votre diocèse. Et je donne ordre aux sieurs de Vaudreuil, gouverneur, et mon lieutenant-gouverneur et Bigot, intendant, d'y assister avec les officiers du Conseil Supérieur.
“ Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur l'Evêque, en sa sainte garde. Ecrit à Compiègne, le 21 juillet 1756.
(Signé) “ Louis, “ Machault.”
Heuri-Marie Dubreuil de Pontbriand était alors évêque de Québec et conseiller du roi en ses Conseils. Il rappela dans son mandement ‘la glorieuse et importante victoire de Chouaguen. ‘Nous ne dirons rien, ajouta-t-il, des avantages journaliers remportés vers le lac Saint-Sacrement ; rien sur les négociations habiles qui ont enlevé à l'ennemi tous les sauvages de la fidélité desquels ils semblaient so glorifier ; rien sur l'expédition si sagement prise l'hiver dernier sur le fort Ceorge et qui parait avoir fait changer les vastes projets de nos voisins ; rien sur les mesures industrieusement prises pour ensemencer Îles terres et fournir des vivres aux villes, dans un temps où vous appréhendiez une famine presque universelle. Tous ces objets ont passé sous vos yeux. Nous les avons exposés à votre piété. Vous y avez aperçu nn effet de la protection particulière de Dieu. Le roi veut que nous fassions connaitre cette même protection sur l'Ancienne France. La lettre, dont vous allez entendre la lecture, explique le suceès de ses armes dans la Méditerranée. [1 nous aime, Nos très chers Frères, il nous aime ce roi bien-aimé.”
Un Te Deum fut chanté le 26 de juin, dans la cathédrale de Québec, et le dimanche suivant, dans toutes les églises de la Nouvelle France.
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Ce fut par un jour sombre d'hiver que s'ouvrit, en rade de Portsmouth, à bord du Saint- George, le procès de l'amiral Byng. C'était le 27 décembre 1756. On venait de fêter la Noël, et toute l'Angleterre était encore sous l'impression du christmas. La cour martiale était présidée par le vice-amiral Smith. Elle se composait des contre-amiraux Holbourn, Norris, Broderick et des capitaines Hobnes, Geary, Boys, Moore, Simcoe, Douglass, Bentley, Keppel et Dennis. On fit l'appel, et le lendemain, mardi, le contre-amiral Byng comparaissait à la barre sous la surveillance du marshal. L'ordre constituant ce haut tribunal, ainsi que les articles de l'accusation portée contre lui, furent lus à cet officier général, et le contre-amiral, demandant la parole an président, s'exprima en ces termes :
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