LE DIEU ET LES DEESSES
Tout ceci, dit Joseph d'Arimathie, est le murmure de l'homme; moi j'ai vu l'aube du divin.
Le roi reprit : une aube de douceur, mais une (Ulbe humaine. —
Les anges de merveille vinrent prédire la nais-
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nance, des harpes résonnèrenl au soir d'anm tion. —
Dans le parvis du temple les anges de lumière se manifestèrent à la femme de Manoah. La promesse céleste flamba devaul les yeux d'Hannah, et toutes deux, toute leur douce vie demeurèrent en prière devant l'hôte miraculeux de leurs flancs. C'était aussi, à cette heure-là, l'aube du divin. 11 est souvent venu l'homme de la promesse, l'Incarné, pour | mourir sans avoir parlé 1 Dalila tua le fort, et quand Samuel s'éleva du sol chez la Pythoi c'était du dur exil qu'il revenait, et non point de la tombe. —
En ta pensée, sire roi, dans ta science qui est ton culte, pourquoi des formes féminines se lèventelles immortelles et presque divines, et pourquoi l'homme du passé n'est-il à tes veux qu'un sage? —
Le divin, reprit le roi, est un culte accumulé par de longues prières et <le longues contemplations.
Puisque le momie pensant vit en l'homme et en la
femme, pourquoi l'humanité n'érigerait-elle pas déesses? La beauté n'est-elle pas la tonne immédiatement sensible du divin, et la femme ne eontient-elle pas autant des possibilités de souffrance qui la complètent ? L'homme, la race humaine, est, malgré les apparences contradictoires, toujours
identique à elle-même. La même minute revit
depuis que le momie existe, on la raconte depuis
qu'on parle. Les mêmes faits ne se lassent pas d'être. Tout cet entrelac de joie, de douleur, de haine, d'amour, qui passe, aux yeux des simples mortels, pour la complication profonde du monde, la femme le contient, autant que l'homme, plus intensément, plus rapidement. Les fanfares de victoire et les lugubres gémissements des deuils elles les entendent à la même minute ; elles pensent et elles agissent, toutes données à l'impulsion. Elles entraînent par l'existence vers la voie. Elles proclament d'un mot l'orientation de la route qui souvent sera si dure à fixer dans les sables. Dans Je monde physique l'homme agit et la femme écoute. Dans le monde moral, la femme agit et l'homme contemple.
A l'humanité primitive, il fallait donc des formes de déesses. Le dieu de l'homme, le Messie annoncé, n'est jamais venu, il se construit lentement de ceux qui arrivent et meurent en laissant un balbutiement plus profond que ceux naguère entendus. C'est en eux, c'est en nous chez qui leur vie brève se multiplie par la méditation et par l'étude, que se construit le Dieu, c'est-à-dire la beauté mentale de l'homme. D'eux les voyants aimables, les voués à la mort dure, il demeure un signe, et ce signe c'est nous qui ouvrons toute notre âme à leur essence.
Des milliers de tabernacles attendent avec un
socle vide pour la statue, une table rase pour le livre, et les fêtes sont déjà prêtes depuis 1 temps pour le ruissellement du vrai ; mais qu'en voit-on d'autre qu'un reflet! Et la conquête de la vérité est si infiniment ardue que les grands é saires de la conscience nous la laissent filtrer entre les doigts comme des gouttelettes d'eau pâle. Celui des rives du Jourdain, dont la voix tonnait sur la Palestine, le lustral prophète, qui ne resta sur les frontières du monde que pour emmener plus de disciples de la pauvreté et du silence vers le désert, celui dont on trancha la tète, que reste-t-il de sa pensée? Et de Jésus que demeuret-il, outre les larmes des femmes, notre trist el des pardons sur des conscien - Fils de
l'homme agitent l'univers, comme nue pluie. Des gouttes brillent un instant sur toutes les feuilles et
toutes les Heurs, puis, tout se sèche et la même
apparence qu'auparavant revient. Bien des gouttes
ont dessiné des sphères mobiles et passagères Milles lacs, les rivières el sur l'océan. Il passe une nuée
fine et pleine des mansuét udes bénies; la terre se
rafraîchit; puis l'ardent soleil redevient maître, disque ^\'ov, disque de gloire et de pompe, disque Damboyant de passion, a\«v si leçon de désir dolent et journalier. —
Alors (pie faire? dit .loseph d'Arimathie. —
Attendre. Si tu restes les yeux fixés sur l'avenir,
sans rien regarder que l'apparence de l'énigme, la vie de la terre et de l'homme t'apparaîtront immobiles, et tu t'attristeras de ce que l'immortalité non encore démentie de l'effort humain sur la terre n'aboutisse qu'à regarder le même rayon de soleil découper le même pan d'ombre fixe sur un mur. Si tu regardes derrière toi, l'espoir te viendra des chemins parcourus; ah ! si après un jour d'audace ne venaient des années affaissées, si l'homme n'hésitait si souvent devant les. hautes herbes des landes inexplorées ! Le vaisseau de bois que tu m'apportas prend place parmi les éléments de notre culte puisqu'il représente une prescience et une douleur et sans doute en sera-t-il longtemps l'objet le plus précieux,, puisqu'il est le plus nouveau et signifie ainsi tant d'idées accumulées, aussi parce qu'il émane du plus instinctif des héros de vertu, et aussi parce que tout fait croire, en raison même de sa récente existence, que de longtemps aucun ne se lèvera dans le rayon de vie que nous pouvons atteindre de notre pensée.
Mais, Joseph, c'est comme l'arche, une cassette, un signe, et tu ne m'en saurais expliquer que la belle mélancolie qui te saisit lors de sa contemplation. »
Darès entra. Sire roi, un voyageur vient de par la route des sables de se présenter au château; il est très las, d'aspect très pauvre, ses yeux sont
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caves, sa chevelure longue et noire est emmêlée (Tune broussaille d'argent.
Nous le verrons, dit le roi.
Et devant le voyant et le saint qu'ils étaient, Darès introduisit un bomme. A cette minute un rayon de soleil pénétra dans la haute galerie, si intense et chargé des vigueurs célestes, que !<• vaisseau de bois de Joseph d'Arimathie, dé sur un socle d'autel, sembla s'embraser d'un feu poudroyant e( fixe.