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Aux jours de fête, Sion se parait des plus belles étoffes de Iiu qu'on pût trouver dans le monde, et elle élevait au-dessus de sa télé, p >ur que 1rs peuples en fussent charmés, des écharpea de c ailiers lumineux comme des astres. Puis elle souriait de toute sa face et de toutes ses femm maître Salomon, le plus beau des fils de Javeh. —
Songe ancien, dit Ahasvérus, Sion est amaigrie dans son enceinte, et le temple, quoique si beau, parure encore de la ville, n'est pas cette merveille que tu crois. —
Je te conte, dit Darés, les beautés du vrai Temple, celui que Salomon bâtit pour lui, autant que pour Javeh; ne se pensait-il pas le reflet de Javeh bienfaisant. (- 'lui que tu vis. des h un m ;s le rebâtirent,
des hommes seulement. —
Mais, reprit Ahasvérus, des hommes ép ruinés par l'exil et le malheur, et n'est -il j>as plus beau, ce temple où les piliers sont de la souffrance, où les palmes s'obstinent à l'espoir, oui peut-être plus beau,
et moins cependant, que les salles aux murs nus, où les Hébreux «les exila ablaienl pour ne
point oublier leur langue et leur loi. —
Pour toi, l'errant el le Bolitaire, mais n'est-on pas plus près des éternelles lorsqu'on peut
tOUS les jours voir leur temple illuminé et leurs statues...
Non, l'image fixe d'une divinité me générait.
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J'aime mieux écouter en moi le temple se bâtir.
Enfin, dit Darès,tel ne fut pas l'avis du roi David ni du roi Salomon. Ils étaient puissants et fils des Elohim, et toi tu n'es qu'un pauvre diable, cela fait une différence dans les idées ; moi je ne suis qu'un esclave, j'accepte les pensées des puissants et les crois vraies, parce qu'elles sont plus belles et fleuries. Ceux qui portent une amulette sont plus contents que ceux qui à ta mode cherchent le désert dans les villes et des piscines dans le désert. —
Bien. Que manquait-il donc au temple de Salomon ? —
C'est ce que le roi chercha longtemps. Il consulta les pontifes, les sages, les juges ; tous étaient heureux sous leur tiare enrichie ; il demanda l'avis des marchands avisés, tous lui dirent que l'été du monde florissait; il consulta des gens du peuple, ils s'enchantaient de pouvoir paisiblement dormir près de l'aire ou de la fontaine, roulés dans leurs manteaux, sans que jamais plus les cris de panique signalassent à l'horizon les pillards arrivant sur leurs maigres chevaux en rapides déprédateurs. Il proposa son inquiétude à des dames, dans le palais; elles ne s'étonnèrent que de son singulier souci, et pour toute réponse lui montraient les coupoles efï'ulgentes et les tours colossales, et les terrasses de la ville comme une joyeuse pelouse aux pieds du temple et du palais.
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Un jour que le roi Salomon errait assez loin de sa maison de plaisance à Gilead, célèbre peu grandes ombres et ses colossales pommes d'or, il avait abandonné la route droite et ombreuse; il se vit dans une région qu'il ne lui semblait pas connaître, et bien distante de toute la beauté lu de son royaume. C'était comme une gorge entre des collines de pierre grise qu'escaladaient en bouquets les genêts et le thym et au- de la gorge planaient des éperviers. Là il vit venir à lui chantant et dansant, cambrant sa ceinture i et des crotales à ses doigts, une belle fille ismaëlienne. Elle avait les traits de ces tribus qui errent dans le centre des déserts arabiques, à qui l'on attribue la prescience et le don de dévoiler le sens des chansons de l'oiseau et de la forme du nuage, et beaucoup d'entre elles vivent sur les confins du pays de Madian.
El la jeune lille lui dit : Saint an bien-aimé, saint à l'homme anxieux... puis elle s'enfuit en riant.
oi la poursuivit, mais la capricieuse jeune fille Mes agilement passait à travers les grandes touffes
et sautait le lit pierreux et see .lu ruisseau. Enfin
elle daigna s'asseoir sur un quartier de roc et ainsi
Salomon put l'approeher. Il lui demanda le sens de
ses paroles... « Bien-aimé, lui dit-elle, tu l'es de tout Israël, car tues le roi Salomon; anxieux tu l'es, car tu cherches ce qui manque au temple etpersonne
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n'a pu te le dire, et la fille ismaëlienne ne veut pas te le dire. Devine si tu peux. » A côté d'elle deux grands lys flexibles et superbes se penchaient. Elle en arracha un et le lança dans l'espace; le vent le saisit, il tournoya et fut bientôt hors de vue, et tandis que le roi réfléchissait, l'Ismaélienne s'enfuit à nouveau sans qu'il essayât de la poursuivre.
Salomon chercha dans sa sagesse. Il lui sembla que ce lys sauvage c'était l'Ismaélienne elle-même et la disparition de la fleur, sa fuite vers les collines arides ; un des lys demeurait sur sa tige. Cela signifiait-il que ces deux fleurs devaient être séparées, qu'une autre devait croître en place de l'arrachée ? Et sa pensée ne cessait d'identifier les lys sauvages et la belle fille grêle et forte. Il quitta de nouveau les cèdres de Gilead et retourna dans la gorge rocheuse, sans y voir désormais personne et il en souffrait, lorsqu'un jour, sur la terrasse de son palais, la jeune fille apparut droit devant lui et le roi ému la pria de rester dans Gilead. Si j'acceptais, Seigneur, vous m'en renverriez bientôt. Comment le roi puissant peut-il se laisser charmer plus d'une minute par une fleurette de rocher, et je croirais toujours que c'est pour savoir le mot de l'énigme, que vous me dites que vous m'aimez. Roi puissant... je m'en vais; cherchez seul, et elle disparut.
l44 LE CONTE DE L'OR
Et le roi resta en lui-même. Il sentait Lien qu'en tout ceci il s'agissait du temple autant que de lui. Si moi, se dit-il, j'ai ressenti tant de plaisir à inspirer un instant ces lys sauvages, moi, habitué aux plus merveilleux parfums, si je flambais de telle joie à l'approche de la fille errante, moi que louche la satiété, et l'aridité de ce sol me ravit, moi, le maître des domaines et des palais 1 II pensa que Javeh également pouvait ressentir nn instant loignement pourle luxe qui lui était préparé, «pie le dieu des espaces infinis et des gouffres où bout la matière pouvait prouver mesquin et indigne «le lui, le plus somptueux des assemblages «le marbre et d'or, et voici ce qu'il fi!, obéissante sa méditation.
Il lit construire une nef, «lu bois l»* plus magnifique, et la para sobrement «les plus moelleuses «'toiles; au milieu «le la nefon aménagea une sorte de pavillon clos, et le roi Salomon v plaça nie
épées et une des couronnes léguées par David. Les
lianes de la eaiène furent points extérieurement du
vert qui signifie l'espérance, intérieurement de la
pourpre où ravonne la gloire. La pOUpe, la proue,
iits furent enlacés «le- plus belles guirlandes des fleurs résistantes et spontanées «pu
non loin (le la mer. Au dedans «lu pavillon, pi es
del'épée «!«' David et «le sa couronne, Salomon lit graver sur une plaque d'or: « La nef, l'épée et la couronne sont destinées au nouvel élu du Seigneur;
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elles seront ses témoins les plus humbles auprès de ceux de la terre. » Puis, devant ses principaux officiers, en petit nombre, ceux à qui il dévoilait sa pensée, on lança la nef à la mer, sans qu'aucun matelot y demeurât. Elle fendit les flots avec l'aisance d'un cygne sur la rivière et bientôt disparut dans la brume légère de l'horizon.
Et Salomon dit aux siens : l'Eternel a maintenant ses deux temples, celui de la colline de Sion qui lui dira notre amour, sa force, sa volonté et notre contemplation devant ses bienfaits, et cette barque consacrée qui va vers lui, par les caprices des horizons, hommage à sa forme inexplorée, à sa forme peut-être secondaire, mais existante, le Hasard.
Et Ahasvérus souriant dit à Darès: Heureux vieillard chez qui vivent, comme l'arbre en pleine terre, les contes d'or des aïeules.