LE LIVRK DE LANCELOT
Le château de la dame du lac était caché dans les arbres de la forêt de Brîosque; au-devant de la forêt un grand lac barrait la route, si merveilleux «pie profond et mortel pour tout ennemi, il s'éloignait devant ceux qu'on attendait au manoir et les
lit arriver jusqu'à la haute et forte porte. vivait le jeune Lancelot, que sa mère, la pieuse
Hélène, de la lignée de Joseph d'Arimathie.
enfanté parmi les grands désasti m époux
Man, roi de Benoïc, vaincu par le roi Claudas.
Comme forcé hors tous ses ehàleaux, 1< Ban, n'ayant plus autour de lui et <! ne et
• n fils qu'un seul éeuver, s'était arrêté sur la extrême de la forêt, ments de
la mort L'étaient venu saisir, et son eoair se brisa.
eine Hélène i pérait tant sur son pauvre
corps, qu'elle oublia un instant son fils enfantelet Lancelot, qu'elle avait laissé près des chevaux, un peu plus loin. Le fidèle écuyer, hagard de douleur, s'était agenouillé non loin du corps de son maître et la malheureuse mère accourue vit son fils entre les bras d'une belle damoiselle qui, à son approche, s'enfonça silencieusement avec l'enfant dans les eaux du lac, devenu à la douleur de la reine miroir fermé et barrière infranchissable. Lors elle s'évanouit, pour ne plus se réveiller qu'en un moutier où labbesse la supplia, puisqu'elle était si seule et éprouvée, de demeurer. C'est elle que l'histoire nomme la reine aux grandes douleurs, et tous les jours elle allait prier près du lac où son fils lui fut ravi.
Dans ce château si proche et si lointain, de l'autre coté que celui défendu par le lac, s'étendaient merveilleuses la forêt et la lande, et les vergers étaient beaux des fruits des Iles fortunées comme de ceux de Bretagne et de Bourgogne. Là grandit le jeune Lancelot, clans les jeux et les conseils aimables des damoiselles, sans qu'homme intervînt sauf pour lui apprendre à tendre l'arc et monter à cheval et manier le glaive et l'épée. Nul ne lui apprit son nom, ni son rang, ni sa terre natale. Seule, la Dame du lac l'instruisit d'après sa science. Elle avait été aimée du prophète Merlin, lorsque déjrà le voyant srnlnit les voiles de vieillesse se tendre parfois
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devant ses yeux. Elle lui avait arracl et comme l'on sait, par sa malice des buissons touffus et d'errants chèvrefeuilles, des rosiers à cent roses pourpres, et toutes Les lianes capricieuses vinrent ceindre le pavillon de repos d'où Merlin ne pouvait plus, ne voulait plus sortir, car toutes ces fleurs étaient les beautés de sa bién-aimée, el les branchages ses gestes, et les lianes enguirlandantes, qui s'élançaient de la terre aux cimes d'arbres pour venir darder une fleurette contre les verrières de son pavillon, ses ruses. Or, Merlin lui avait dit : « Dame, c'est peut-être bien et mon \ieil âge est cause que légèrement j'accepte de vivre entre doigts. Loin que j'aie plaisir comme autrefois d'étonner les hommes par mes voyages rapid< mériter leurs créances par de vraies prophéties, j'aime mieux, et vous le savez, vieillir, la tête Bur enoux, et ce rideau de nature qui me cache, je vous en remercie puisqu'il est vôtre et bien à votre Bemblance, rubans naturels d'astuce magnifique. Daine Viviane, vous n'avez devancé que peu mon grand désir de vivre tel rêve indéfini, parmi les repos el les parfums, car ma tâche esl faite, je pins de m pour les rois, puisque Artus trône
eu une gloire. Mais faites ce que je vous «lirai;
quand l'enfant <le la reine aux grandes douleurs
sera fort et grand el d'âge d'homme, envoyez-le vers le roi Artus, el près «le lui il trouvera sa vie
tracée. En attendant apprenez-lui la force et la grâce, et que tous les matins il trouve à son chevet un chapeau de roses toujours fraîches, sans savoir jamais d'où elles viennent, pour que son esprit ne se ferme pas à la compréhension si simple des merveilles qu'ont perdue tant d'hommes; cela lui permettra plus tard de suivre sa prédestination qui s'effacerait si dès les premiers pas il butait dans des raisonnements. » La dame Viviane obéit. Peu à peu elle s'habitua à penser qu'en élevant le jeune homme le mieux du monde et le parant de vertus, elle rachetait un peu du tort qu'elle avait fait aux hommes en leur ôtant le prophète Merlin, et que l'enfant serait le gage de sa rédemption.
Sitôt qu'il fut grand, avant que les premières fièvres d'amour aient varié son sang-, elle le fit partir pour la cour d'Artus, et non sans chagrin, car Lancelot était très beau : de longs cheveux, de larges yeux verts comme l'étendue marine et l'étendue des feuilles neuves au printemps, les lèvres incarnadines, grand et bien fait, et d'une allure souple et forte. Elle l'aimait autrement qu'on aime un enfant, mais elle avait peur que son souci d'aventures ne l'entraînât loin d'elle en lui laissant mauvais souvenir. Elle aima mieux baisser elle-même les barrières que de les lui laisser briser, et les obscures paroles de Merlin sur la prédeslination de Lancelot la troublaient ; puis qu'aurait-elle souffert
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si le jeune homme, après un enivrement d'années, l'eût un matin regardée avec la surprise de la voir depuis si longtemps. La fée Viviane le laissa donc aller et veilla sur lui dans les dangei
Ezra parcourait les pages du vieux roman connu, et c'étaient de belles armes, de belles pro des chevaliers navrés et des tournois l>ien férus et des caroles... et Lancelot voit la reine Genii Ezra se pencha vers son malade au lourd sommeil agité de rêves...
Le varlet Lancelot, quand il vit la reine < renièvre, le souflle lui manqua et connue une douleur lancina son cœur. Elle était grande et blanche. C'était la première belle femme qu'admira Lancelot, car ses veux avaient vu trop jeune, la fée Viviane et ses compagnes, et trop s'y étaient habitués. 11 ne trouvait en leur face qu'amène accueil sans gronderie et de la bonté qui le réchauffait, mais plus rien qui le surprît. Il savait de quels combats < renièvre été le prix et pourquoi son père Leodagan en avait fêté son sauveur Ârtus. Car Rion de Norv monarque des frimas qui entraînait le aptifs
rers ses côtes dentelées, et les tenait dans le gions de neige à parer ses beuveries et ses fêtes sières en ses palais de bois, avait voulu courber ueil de Leodagan, et le vieux seigneur ne fut sauvé que par Artus et Merlin. Le jouvenceau s'émerveillait de Genièvre, de ses yeux égaux de
flamme bleue, de son teint pur, de son col parfaitement rond et de ses longues mains annelées. Et quand elle marcha,' il crut voir glisser un cygne, et quand elle s'approcha il crut défaillir. Quant elle lui parla pour le questionner sur sa terre natale, une angoisse monta à la gorge de Lancelot qui ne sut que répondre, et la reine passa; il ne la voyait plus, mais son image seulement en grands traits pourprés sous ses paupières.
Le malade encore se retournait et presque Ezra suivait son rêve; il le savait courageux, épris d'aventure et de beauté, il se doutait qu'en sa fièvre passait semblable image et semblable vœu ; la vieille, inquiète près du chevet de son fils, marmonnait des prières. Ezra tourna des pages... .
Dans la plaine, près du camp d'Artus et de Galehaut séparés parla rivière guéable, lareine Genièvre a fait venir Lancelot : Et c'est pour moi, ami, qu'avez accompli tant de prouesses? — Dame, oui. — Mais maintenant il vous faudra rester près de nous. — Dame, auriez-vous aimé homme sans vaillance? Et la reine Genièvre pensait à l'ancienne valeur d'Artus maintenantsereposantsur les fortes épaules de ses chevaliers pour soutenirsa puissance et dominer la paix du monde. Elle vit que tous deux étaient semblables et de la môme race d'hommes. Sans ]doute Artiis était tel ce jeune homme quand il arracha Escalibur et se fit ainsi recon-