LA FÊTE DE MAI
t l'est le jour de la Fête de Mai, le salut d'un peuple au soleil ardent, sou dieu encore toujours et malgré tout, et parce que le fleuve a brisé ses cangues blanches et froides, parée que ses eaux mousseuses et jaunes ne roulent plus lourdes et limoneuses sous un long rayon jaune frissonnant, mais courent bleues et d'acier aussi vite que les flèches d'argent delà lumière, parce que l'astre a séché les
boues delà lerre, rjue de partout sYlaneenl les I
les feuilles ei les ni les, [unie la Ville avecses citoyens, ses prêtres, son empereur, avec ses vieillards, femmes, ses enfants, sa beauté, son
espérance, et les bannières fleuries du devoir, du droit et du culte s'en vont par le chemin en fôte de Heurs et de draperies et de musique acclamer le divin Soleil, qui, disent les Sages, tonifie autour de la
terre parmi l'éther impondérable pour mieux la réchauffer de toute sa caresse, et baiser ses mamelles innombrables! Ceux delà ville vont vers la grande plaine où se plantera l'arbre de Mai, ceux des côtes et ceux de la mer y montent par le fleuve; leurs fanfares répondent aux musiques delà ville comme des cris de mouettes à des chants de coqs. Les belles filles de la ville longeant les rives jettent des fleurs aux belles filles de la côte, qui leur en envoient de leurs barques enrubannées et leurs gestes sont si nobles et beaux qu'on croirait voir les Muses encenser les Sirènes.
En tête du cortège, c'étaient d'abord les hérauts de pourpre, les aigles d'or à la poitrine, les aigles d'or à leur haut bonnet, et la longue baguette à la main qui couvre les amis et touche les ennemis de l'empire. Et puis les trompettes, les longs tubes de cuivre poli comme les buccins des empereurs de Rome, s'élevaient un peu vers le ciel rayonnant et saluaient de droite à gauche selon le pas des sonneurs, et figuraient l'appel strident qui réveille, au lointain des camps immenses, les soldats; puis les longs tambours tout drapés de pourpre dont le battement bruit sourdement et lourdement, comme le pas de la foule accourue à l'appel des conques de cuivre.
Un épais rideau de cavaliers de fer, avec de l'or à la visière du casque, de l'or à l'aigle du poitrail
\TF. DE L OR
de la cuirasse, do l'or à la têtière du cheval, enlouré de mailles <1<- Fer, et les hampes des hautes lances étaient comme une foré! d'automne; le soleil allumait aux pointes comme un bûcher, des écharpes rouges couleur de sang, à union d'or, quaienl l'horreur et la récompense des guern leur suite la forêt des fantassins, les longues piques étaient sur leurs épaules entourées de fleurs et de branchages, etleurs gros visages de videurs de pintes sous le large chapeau à créneaux, souriaient d'aise à la libation proche. Ils passaient à ran^s lai fatigués de leur nombre, et alors, sur un chariot tout paré des belles étoiles raides de iils d'or qu'avait délivré la chartre de l'Église, et les nobles dames, et les riches bourgeoises, dans un chariot
qui marchait comme une plaque énorme de rayons,
l'arbre de Mai tenu droit par des bourgeois de la ville, de velours rouge vêtus. Et, devant lui,
chevauchait l'Empereur, casqué, cuirassé, le
trier irradiant d'une armure d'or et d'émail bleu. — Ce jour-là les hommes d'armes et le premier de tOUS, l'Empereur, n'étaient que les \ (lu Mai-
Une folie de branches vertes, de thvrses floconneux descouleurs tendres d'un*1 mer claire à l'aube, i\cs transparences, des nacres, l'élincellement des pourpres, des amarantes, des nacarats, autour les blancs pétales carnés, les Bamettes bleues, pci noirci, pailletées d'or, glauques parmi les émaux
des yeux les incarnats dans la candeur des longs voiles blancs ou jonquilles, les chevelures aurées irisées de soleil, les chevelures brunes cerclées de roses et d'argent clair, un incendie de pierreries vivantes scintillantes et souriantes s'avançant en un clair charme mourant comme parmi des baisers fous de la lumière, c'étaient les jeunes filles de la ville, les reines du Mai et parmi elles, dans un grand char tout fleuri d'œillets, de pivoines violentes, de branches ruisselantes de lilas, droite et blonde, vêtue de blanc et d'argent, une haute couronne d'argent et de perles enserrant la flave coulée de ses boucles, la princesse Marie.
Elle semblait guider les blancs chevaux du soleil, magnifiée de toute celte houle de beauté, de grâce et de jeunesse qui suivait la traîne de sa longue robe blanche et de son manteau bleu, par cette oscillation lente et rythmique des chevelures qui se pressait vers ses pieds; elle se dressait, fleur mystique, fleur magique comme élue de celte réunion de traits doux et éclatants, comme surgie d'une beauté générale et prête h se reproduire encore et toujours, immense et multiforme comme la lumière et la mer et leursjeux illimités; et l'essaim des jeunes femmes rieuses était dense comme une armée. Après elles, porteurs de rameaux, tout velus de velours éclatants et de soies brasillantes, enluminant le sol gazonné d'une splendeur d'étoffes et de plumes dont l'éclair
•'•''l i i I ONTE lu L*OR
des armes était banni pour ee jour-là, les jeunes unis. Pour cette fête, ils se choisissaient un chef qu'on dénommait le Prince des Amoureux, ils avaient égrégé d'eux-mêmes Samuel.
Le jeune homme, à cheval, suivi d'écuyers porleurs de luths et de gui ternes, rayonnait de cette royauté d'un instant, d'un cortège, éclair vif entre le jour grisâtre de la veille et la ténèbre profonde du soir qui allait venir, quand le soleil aurait fini de déchirer sa pourpre et d'emporter avec elle vers les longs couchants qui ne finissent point, cette brève splendeur.
Et à leur suite un défilé de fête, et une mascarade
de statues animées de dieux, de demi-dieux, et de
déesses des chars de merveille, la Renommée légère et vibratile portant à ses Lèvres la conque de joie, et Mercure agile auprès d'elle, et la Nuit en sa longue robe couleur de retraite et d'abri, le front étoile de gemmes clignotantes. Des Faunes et «les Svlvains portaient à bras durs et noueux un Silène énorme et rieur, vermillonné, mammaire, ventru et (jni s'éclaboussait de rires et derrière lui, noirs et graves, la majesté de Pluton et le grand deuil sévère de Proserpine et leur sombre suite de p d'Erèbe. .Mais aussitôt les Flûtes agrestes rythmaient la présence de Pan, un des rois de la fête,couronné une large barbe coulant à flots blonds sur érieux, méditatif, entouré des I >rya-
des et des Xapées qui répandaient autour de lui les parfums, et portaient autour de lui les plus curieuses corbeilles de fleurs et de fruits rares, apportés des rives odorantes par les lourdes galiotes, fruits d'or rafraîchis aux estuaires pâles des fleuves du Nord, et l'entouraient aussi sur des chars traînés de chèvres blanches les plus beaux des enfants de la ville. Sur une haute litière, haute comme une terrasse, portée aux plus vigoureuses épaules, un Bacchus au front ceint de pampres et de tresses noires qui amincissaient son masque régulier; ses yeux avaient l'éclat d'onyx des ivresses profondes, son geste et toute son allure étaient d'annonciation lointaine sur l'or violent de la litière; coquette, molle, sur une nef de soies blanches et de colombes, hautaine de ses yeux céruléens et des nobles courbes de son visage, Vénus ; après des porteurs de lauriers et de torches vivantes dans le jour clair, Apollon traîné sur un quadrige bas, l'arc à la main; du milieu d'un faste hurlant de dogues et de molosses une légère, droite et virginale Diane, et près d'elle lui tenant la main, choisie avec une étroite ressemblance, mais plus âgée, grave, drapée de noir, avec une étoile de pierreries qui semblaient fuser dans la lueur du jour en gouttelettes micacées suspendues entre ciel et terre en rayons rivaux, la sombre et grandiose Hécate. Un frémissement de palmes long, onduleux, et des
sons lents de cymbales et d'argentines clochettes, des femmes aux bras nus. aux chevilles nues, dansan t devant elle, s'avançait, tiare au front, de blancs voiles brodés de larges Heurs de rêve aux couleurs de coucher de soleil tombant sur les flancs d'un noir cheval, la reine <le Salin, sa Tare mate et couleur d'or, couleur des fruits qui désaltèrent, couleur du métal qui délivre, couleur des tuniques relatantes que portent les heures conduisant les chariots de la destinée : c'était Rizphah (car la coutume voulait que toutes jeunes filles de grâce, de vertu et de beauté parussent en ce défilé) qui effulgeail parmi ee décor doré", et la douceur de ses traits fins, ses lèvres d'accueil cl ses yeux qui brûlaient douxdan» l'ambre clair de sa fac s qui apparaissait changée, durcie, et magnifiée. Parmi les palmes onduleuses, et le salut angélique des dai teieu-
seSj et les hautes statures des gardes à bouclier d'étincelles et lances en gerbes de (leurs soyeuses,
cl les nains bariolés qui sautaient derrière les
gardes, parmi le lent murmure d'admiration qui coulait aux berges de foules, elle se dréssail en elle-même, plus qu'elle-même, comme a m esthétique et véridique incarnation. Après elle, après les nains bai 'était la troupe des chimi
les masques bizarres dont l'homme affuble en ses s, et en sa science qui est aussi son rêve les hommes des lointains qu'il ne connaît pas. Mau-
res, mécréants, noirs, gens des Catay, et gens des Taprôbane, Hyperboréens, Ogres, Géants des déserts d'Arabie et des montagnes d'Ethiopie, frondeurs qui abattent les diamants des montagnes, pécheurs des âmes aux mers de corail rose, et faces noires de ceux qui rêvent cent ans dans le creux d'un arbre grand comme une forêt et qui s'est multiplié en terre par mille piliers verdissants, tous ces masques montés sur des bœufs et des ânes, juchés sur échasses, jaunes, rouges, verts, brillants de plaques d'émail, casqués de marmites de fonte, tout le grotesque et tout l'étrange du lointain, suivaient, chantant, criant, aux sons des plus plates musiques jusqu'à ce que, après un intervalle, comme triomphants de ce ramassis des peuples, intercalé symboliquement entre les beautés de la ville, de sa richesse, de sa science et eux, marchassent précédés d'un varlet portant en haut d'une perche enguirlandée de lys une étoile d'or, les trois Rois mages suivis des quatre évangélistcs.
A la suite de ce cortège figuré, après les belles formes et les belles couleurs du passé, après les images de la force et de la beauté et de l'amour, l'image du nombre; après les emblèmes du cerveau de la ville, les emblèmes de la ville elle-même et ses fortes bannières avec son écusson de nefs et de lions, les bannières de ses guildes, portées par des alfiers
à ses couleurs, les bannières avec les images des saiuis patrons toutes rangées en lignes larg profondes au-devant du populaire et devant la masse humaine qui arrivait chantante et nombreuse à pas cadencés, un homme à cheval qui était, pour ce jour-là, le Prince du Peuple.
Prince élu, prince éphémère, connue le prince des amoureux ! A celuidà aussi, le Soir, après la fête et les brocs vidés, de son geste quotidien et négligent, en agrafant son ample manteau de bure et de repos, emportait sa couronne de cuivre et ce sceptre qui était presque une batte, déharmv chait le cheval de ses aigrettes, et <lc son girel bien orné. Le peuple, qui le choisissait pour marchera sa tète en ce jour de réjouissance solennelle, mais aussi un peu railleuse, car il y a de la raillerie dans toute joie nombreuse, n'entendait point lui
conférer d'honneurs, el le mettre à sa tête autrement que pour d'amusantes cérémonies. Le prince
du peuple, certes, devait être populaire, mais il
pouvait l'être aussi bien par un travers que pour une vertu, pour une particularité, pour une origi: nalité; parfois c'était un étranger qu'on voulait honorer. Celui qui, ce jour-là, marchait denier»' les bannières, le peuple en était suit.. ut curieux. Laurent Télice était récemment venu, de loin,
disait- m, BUT Une harquerolle pa\ 'montant
le fleuve, et son équipage chantait joyeusement. Il
avait jeté l'ancre; il disait qu'il resterait quelques jours dans la ville, et rapidement chassant avec de blancs faucons de Syrie aux yeux d'or, accompagné dans ses promenades sur le fleuve de nombreux pages, vidant des pintes et en déversant plus encore aux âpres gosiers du populaire dans les cabarets de la ville, habitant le plus beau palais qu'il eût pu trouver, et fastueusement l'ouvrant à tant d'amis nouveaux qu'il s'était faits rapidement parmi les soudards et les jeunes oisifs, il était devenu promptement notoire. On le goûtait pour son élégance virile, sa beauté, ses longues boucles blondes tombant sur des épaules d'Atlas, sa dextérité de cavalier, et la bravoure qu'on lui supposait d'après ses veux bleus, fixes et fins. Des semaines s'écoulaient pour lui en liesses très ouvertes ; puis quelques jours il ne sortait plus, sa maison se fermait; on en voyait seulement, très avant dans la nuit, les combles rougeoyer à leurs petites fenêtres, et des fumées noires se fondaient dans le ciel. Au sortir de ces courts recueillements, il reparaissait plus neuf, plus frais, plus prodigue. C'est parce qu'il était prodigue qu'on l'aimait, c'est parce qu'il était plus prodigue chaque fois qu'il descendait de ses hautes chambres, qu'on murmurait qu'il était un alchirrrste, et qu'il savait faire de l'or. Pour cela, non pas haï, non pas en danger, seulement jalousé, la ville aimant l'or par-dessus tout, comme toute
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cité, comme tout village, comme tout hameau, comme tout groupe mesquin ou énorme de pauvres terriens. Laurent, sachant quelle serait cette fête, mis au courant des coutumes, avail souhaité être le Pliure du Peuple: il avait préludé par g des largesses, et il était bien pour quelques he le bon roi, celui cjni verse et qui découpe poui sujets.
Dans la grande prairie, à une place que les pieds de la foule n'ont point foulée, parmi le semis blanc des marguerites au cœur doré, on a planté le nouvel arbre de Mai; et comme 1rs autres - isqui
s'alignent àlalarge esplanade qui domine la courbe du fleuve, il croîtra, signe prospère d'une année de plus, si, comme à d'autres arbres, l'orage ne vient pas d'un coup sec lui dessécher les fibres. Les prêtres sortis d'une large chapelle construite à cet effet
sur celle esplanade sont venus, et parmi la fumée
légère d'un peu d'encens, vapeur terrestre vi vapeur du ciel, lebénissent,et l'Empereur les remercie. H est tout près de l'arbre, la prince
côtés; des jeunes Biles de sa suite accrochent des guirlandes à l'arbre de Mai; c'est l'heureoù doit se présenter et offrir au Mai Bon hommage le prince des Amoureux.
uange sa Mai Douveau, «jni rit à taol de lèVi
l»rllcs oa Heurs <lu rire
pnr lOUI les jardins de chair M sont OUTd
aux mains du divin orfèvre le printemps, jouvenceau à loque verte
qui tout à l'heure en grandissant sera l'été ! Il est venu vers l'Eglise du bonheur pour prédire
uue année de joie à la belle cité.
Le jour a ses étoiles; elles palpitent en vos yeux
dans l'éclat poli de vos clartés,
ô belles qui dévidez le rêve de vos doigts
graciles et industrieux !
Des avenues d'arbres en fleurs, d'arbres d'accueil,
montrent la route aux rois
montrent la route aux preux,
montrent la route au passant pieux qui vers l'Église du bonheur s'en va tout droit.
Arbre du Mai nouveau — encore une chevelure que le vent mol des soirs de baisers caressera lorsque la nuit violette, vers vous, amènera les cortèges des baumes qui partent d'Arabie, et traversent le monde, pour apporter à vous leur conseil d'amour, d'espoir et d'aventure et d'espérer vos mains bénignes à deux genoux et de cueillir la joie à l'ombre de la nuit .
Arbre du Mai nouveau, lorsque viendront tes fruits couronner de leur fraîcheur tendre tes fortes branches. et que tes feuilles contre l'ardeur solaire des midis
seront le bouclier et solide et fragile et frais, au bruissement de sources parmi l'île prête aumône au passant, qu'il se repose et man^e, et qu'il rêve, même las et poudreux, que le dimanche
l'accueille en noire ville â cloches envolées arbre du Mai nouveau, arbre aux raeines sncrées.
Puissent aux mais du soleil futur, —
mon amour comblé, ma peine charmante et dure
terminer, et fini mon exil loin des pan
dont ma Dame charme son miroir et la vigne folle,
de ses pensers épars. par la pourpre et 1rs chants, —
puissent mes mains planter près de toi, un rival.
arbre <Iu Mai nouveau, un arbre escaladant
l'Empyrce blanc et bleu de ses branches de
aux lourdes guirlandes de couronnes triomphales.
ESt que son ombre couvre au loin les champs,
et que l'arbre d'amour soit si haut, soit si \.
et tel retrait béni, et telle ardente coupole
«[lie les autres qui aiment, les autres dont l'émoi
pareil au mien, transit le cœur et le dél
puissent s'endormir au gré de mon baiser vainqueur,
qui fera l'ombre autour de lui, où tous 1rs cœurs,
pourront dans le silence frigide se blottir
et tranquilles s'aimer, et tranquilles se ravir, arbre de mon amour aux racines -
Alors, ô Sire, la ville, la ville diïr et de Passi
irradiera sur tous h>^ monta du monde; les horizons regarderont ton grand bûcher de joie qui flamboiera et ses tuiles sanglantes comme lèvres déchii <le baisers. Voilà la ville aux portes d'amour
où la joie t irnl sa lampe haute nuit et jour.
et droite et ferme comme le soleil,
et la merveille de ta cite <era !
plus haute que 1rs COloSSOS, les lOUrS, et fa liai'
les môles les églises et 1rs vieux paradis, O Sire, dont la si serve du Génie.
Les heures <\r ma vir chantent au ras du
Princesse, parmi les pierres de la route, parmi la mousse
des sources en vos forêts!
Les heures de ma voix sout celles d'un passereau qui volète et qui dit sa peine et son émoi, devant des paradis gardés de durs barreaux, drus contre ses élans imprudents et trop droits.
Mais aujourd'hui fête de la feuille et du brin d'herbe,
alors que la nature ouvre sa basilique !
à paliers d'arbres, voûtes de soleil, dalles où les gerbes
vont dresser en amas le pain des faméliques,
faites grâce au poème du prince des amoureux,
Il a pour vous les yeux des nations entières,
sa voix dit leur amour, à tous et puis le sien.
un amour sans fiance en lui, une prière,
plus qu'un désir et plus qu'un vœu, amour ancien
hirondelle de l'âme, qui fait son nid sous ma paupière.
L'Empereur avaitécouté silencieusement, droit et indifférent, l'empereur évidemment n'aimait pas la musique et les derniers vers le rembrunirent. Sans doute en cejourde fête, à demisaturnaliennele soir, populaire le jour, il était, si puissant fût-il, surtout un hôte. Visiblement le poète n'était pas trop sorti du canon de ces sortes de poèmes : un compliment, un hommage à la beauté des personnes de haut rang jetaient impliqués; bien souvent les impériales oreilles en entendaient de plus rudes, car le Prince des Amoureux n'était pas toujours un poète quelquefois un soldat, ou un chansonnier un peu trop plaisant; mais ce jeune homme d'aujourd'hui, à la figure grave, à l'accent ému, à la belle tenue
234 LE CONTE DE i/OR
avait indisposé le souverain. Il se prenait trop au sérieux, son commencement avait eu quelque chose d'infiniment trop sacerdotal; la fin avait été prononcée d'nn ton bien intime, bien profond, et des bouts de légende revenaient à sa mémoire, bribes distraitement écoutée mversations de poè-
tes que la princesse attirait au palais. < m oui î l'amoureux de la princesse Marie!., on venait. El la princesse, elle avait écouté elle aussi, d'un air bien attentif; mais cela n'avait point d'importance, et il regarda de coté la princesse, qui, selon le cérémonial usité, tendait, l'air naïf et blanc, les mains jolies et gracieuses, les yeux simplement souriants, une fleur pourprée au poète. Àuss ans [dus
elle se tourna amicalement vers le Prince du Peuple qui dit :
Sire Empereur et vous Princesse de puissance, de
grâce et de beauté, la villedex iejoj euse etdedouce
hospitalité a voulu qu'un jour de fête ce fui un étranger qui vous haranguât, sans doute pour vous
fournir ! :i de vous divertir, de la ;
dont il travestit votre doux idiome : néanmoins Lsion m'est agréable Infiniment qui me permet de vous témoigner mon respect profond et arrête une minutie vos attentions, sur votre débil< viteur; j'aimerais pourtant mieux paraître â
coiffé d'un bonnet de fou, car telle <■-
ai.i COUT mue ; el si telle JUStio ît été
rendue, j'aurais dit à l'arbre de Mai, souverain de ce jour et à vous, sire Empereur, son vicaire, tout ce qui m'eût passé par la tête, et ma tête produit les pointes et les folies, comme la dune de mer les chardons, les jardins les herbes folles, la bourse d'un escompteur des écus, et votre puissance, sire Empereur, l'abondance de tous biens et le signe de la grandeur, l'Or béni, l'Or maudit, a-t-on parfois murmuré. Peut-être... mais ici c'est l'Or béni. Il vient des mers lointaines sur les lourdes nefs aux proues desquelles galope sans fin le cheval de Neptune. Il vient des îles aux rivages de perles, aux forêts d'aromates, aux routes dont les fossés produisent à foison l'épice, aux vallées profondes où fleurissent Pescarboucleet le diamant, où les oiseaux sont des bulles de pierreries. Il arrive vers vous des forêts qu'on entaille à leur base, et les grands chênes tombent à votre fleuve. Il vient des larges plaines qui verdissent, puis jaunissent. Il arrive, rançon des rois sous la garde de vos cavaliers et mille chariots l'apportent vers votre chartre. 11 vous vient du ciel, car le ciel est l'assistant de votre piété et de votre grandeur. Mais surtout il vous vient de la Ville.
Votre ville est lin creuset où tout s'amalgame et se fait or; vous avez dans les palais qui entourent votre haut palais mille Midas qui changent tout en or, et auxquels nul châtiment mythologique n'a
été jamais appliqué. Les plus riches liions serpentent dans vos rues, et les enseignes des marchands sont, au vrai, des vignes énormes enroulées devant leur porte et qui produisent des raisins d'il. rides. Ils extraient l'or de tout, dé la faim, de la soif, de luvanité, de l'amour, du dévouement, delà gourmandise, de la paresse, et il vous en apportent votre part, scrupuleux car ils ont peur de leur conscience autant que delahart.Ilneleur manquerait poui tout à fait heureux (pie ceci: extraire Torde rien du tout. Ils se fatiguent de donner quelque cho» échange, de la fatigue ou la pensée, ils aimeraient posséder la pierre philosophais Oh qui la leur donnera! Sera-ce sons ton règne éphémère, Arbre de
Mai! sera-ce Ion successeur, un de tes successeurs dans un jour de liesse qui sera le bien acclamé,
l'arbre de la première année de l'âge d'or du paradis marchant sur la terre parmi les flambeaux étincelants du métal, .le voudrais que ce Pût en notre
temps <pie ce bonheur, pour tOUl ton peupli réalisât.
Salut à vous, sire Empereur, et à vous, noble
Princesse, et salut à la cité' au\ murailles énormes
et à l'inconnu de merveilles que recèlent les années
futures h merci à nous tous peuple, dont la bonne volonté a voulu ma présence ici, peuple - -
de la -lande \i||e.
La | >urire qui était un rayon de
soleil sur les blés mûrissants, lui tendit comme au poète une fleur, mais avec plus d'abandon, et TEmpereur, qui l'avait écouté en souriant, le remercia avec bienveillance appuyée, et les grands officiers et le populaire l'applaudirent de leurs vivats, et les clercs le considéraient avec une très indulgente curiosité.