‹ Le contre de l'or et du silenceChapitre 32 sur 46 · LES DEUX PRINCES ÉPHÉMÈRES · texte numérisé non relu

LES DEUX PRINCES ÉPHÉMÈRES

Il revivait en un instant les plus douloureux moments de sa vie; que le soir après la fêle de mai, lorsque l'Empereur et la princesse Marie étaient sortis de leur palais pour se promener sur la grande place parmi la foule, ni l'une ni l'autre n'avait pris garde à son religieux salut; que tous deux s'étaient plus, longuement, à la conversation de émule, le prince du Peuple de ce jour-là, tout de rouge vêtu, entouré de bouffons brimbalettants j celui-ci quittah le grand orme près duquel il buvait, pour, la coupe encore en main, venir plaisanter et rire avec les souverains el les grands officiers; «pn^ la curiosité de la Princesse s'était satisfaite en entendant ce Prince des fous conter ses arrivées de lointains pays, el sa recherche par toutes landes, du bonheur, et les yeux de la Princesse n'étaient

pas moins, à cette minute, pendant le banal récit, la

candeur pensive, sa bouche n'était pas moins matée par le silence, son clair visage calmé «le méditation profonde, qu'en entendant s'éveiller les chants,

dans les rêveries sans minute; banals récits, qu'en

savait-il? La ville entière n'écoutait-elle pas plus volontiers que ses chants, dont les seuls jeunes amoureux et encore à quelque instant de passion avaient cure, les courtes histoires du voyageur qui était venu, avait vu, et était reparti pour voir plus loin, le regard et le verbe toujours vainqueurs, et les mains toujours ouvertes. Ah, ce n'étaient point les fleurs du vieillard de son rêve qui en tombaient à toute occasion, à tout halte brève ou longue, mais l'Or, aux diverses et lointaines effigies, l'or des princes de la terre, l'or des salaires, l'or des puissances, le verbe d'ambition ductilisé, le vouloir simplifié, une des monnaies de la Force.

Sur la large place ombragée de hêtres qui s'avançait en triangle de fraîcheur et de lumière sur la douceur du fleuve, où Laurent Telice, le prince du peuple discourait et riait, il avait vu le Vieil Ezra. Ezra s'était un instant approché de lui, puis l'avait mené non loin de Laurent, il avait écouté un instant, puis ils avaient repris leur promenade. Devantleciel d'Ezra, tous ces gens-là étaient comme projetés sur un écran, il s'étaient minutés devant de l'éternel, mais maître Asverus s'était assis non loinde Laurent et causait gaîment avec lui. Samuel avait là-dessus interrogé Ezra qui lui avait dit: « Asverus est un sage, c'est parce qu'il est un sage, qu'il fréquente ce genre de fous, qui ne sont fous que pour certains, et quant à la plupart des gens, sont parfaitement rai-

LE C0N1 : Dl

sonnables. Ils savent que la vie court, nous savons qu'elle ne court pas, mais tous deux avons raison, logiques, d'après notre point de départ. »

Aux yeux de Samuel, la ville oscillait dans la

rumeur pourpre des feux de joie. Aux ruelles la

lumière jaillissant des p >rtes ouvertes, des fenêtres éclairées, des falots perchés à de tories poutres figuraient toute une bande de jour artificiel aux rares coins d'ombre. Seules les pointes «les toits atteignaient la nuit. Autour des fontaines de vin et de bière, près des baladins pailletés, les yeux levés

vers des acrobates scintillants, la foule riait d'aise. Devant des cabarets ornés de branchages \eits, elle s'enchantait des récits de ses conteurs, des rodomontades de ses soldais, des charades de ses beaux

esprits, des gloussements rieurs de ses chansonniers. Un bonheur physique, une aise matérielle éven-

taient les imaginations du nombre. Tous étaient légers et heureux. Auprès des hommes aux yeux un peu clignotants de fatigue et de bonne chère, les femmes passaient lentes, par groupes, d'une gaieté un peu aiguë, fusant en trop de rires sous leur grand

air de calme, énervées, et expectantes, comme

sistant encore qu'au prologue de la Comédie. plus simples lazzis allumaient les bonheurs de tout un carrefour. Aux grandes places des chaînes de

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danseurs et de danseuses tourbillonnaient; et dans la fraîcheur délicieuse et fertile du soir et de la terre des sérénités embaumées partaient de la plaine, du fleuve, des jardins pour planer sur la ville.

Las, Samuel s'était dirigé vers un jardin au long du fleuve, planté de très vieux marronniers, pour abriter, de. tous ces grelots de plaisir, sa solitaire tristesse, il s'accouda; quelques barques pavoisées de lumières s'éloignaient déjà vers les villages. Le vent lui apportait, messager de la claire folie delàbas, des notes éclatantes des musiques, puis le bruissement de l'eau et des feuilles revenait seul clapoter en sa mélancolie. Des nuages noirs s'unissaient pour emmurer les étoiles; au quai qui bordait l'autre rive, des flambeaux lui indiquèrent en une roussàtre fumée des regipans roses qui couraient. De la nue un éclair jaillit, fendilla la paroi noire, et la ville lui apparut une morne série de cubes blancs ; sous le triple étincellement livide d'un nouvel éclair, il perçut un char de violence lancé par une avenue de tombeaux. Ces musiques lointaines, ces étoiles qui se laissaient tomber dans l'immense filet d'ombre, les étincelles des torchés qui du quai se perdaient dans la ville, les carrés de lueurs vives des maisons qui une à une se fermaient comme des yeux de somnolence, le roulement encore distant du tonnerre, et les bruits sourds de l'agitation de là-bas, plaçaient son esprit comme à

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L'extrême limite de l'appréhension du malheur. le coup de fouet de l'éclairil revit la cité toute et ses tours et ses dômes, et puis le brasier blafard «1 clartés, et c'était une hypogée colossale et multiple, où l'on s'agitait encore avant l'ultime sommeil. Sous le coup de fouet de l'éclair, ce fut la nié près du fleuve qui descend vers la mer, et mains abandonnent aux berges sinueuses des vies d'hommes et des cargaisons; des hangars sans fin, la bonne nouvelle qu'ils connaissent descend lentement vers les départs, vers les perspectives des rades et des havres, vers les îles et les continents du large, vers où d'autres fantômes pn cueil-

leront la hâte de ces spectres d'ici, et converseront avec eux, inanes, de leurs riens, et échangeront

leurs plates chimères ; ce fut la cage où bourdonnent près des torches les mille phalènes qui doivent mourir à l'or des torches. Ils leur apportent leur corps de neige et de luire, et leurs-yeux de braise, les points brillants comme du feu, et qui ne savent voir que le feu, la cage dont la forme modèle tous les vnls des Ephémères, et ceux <pii ne périssent

point tOUt entiers à la llamme. rampent à la terre,

ou viennent finir sur la berge visqueuse; et l'insuffisant l'anal de la lune s'enf'uvait dans les unes

comme masqué, conseil médiocre, ou témoin à tout jamais pâli. Et de quelle fatigue ou quel ennui, si ce n'est d'errer surles mêmes gâteaux decire aux si

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régulières alvéoles, avec la même passion, le même ennui, le même destin, au fond de tous ces petits gouffres. La Nuit d'orage lui apparut, sur la ville blême, comme une menace, et les minutes chargées de malaise pesaient sur ses nerfs tendus.

0 Cité, pensait-il, où quelques sons de harpe ont semé des colliers de perles blondes, en s'exilant vers l'infini, Cité où des faces belles ont regardé l'Errant, celui qui renaît toujours et marche, de leurs fenêtres enguirlandées d'emblèmes d'espoir, tu pourrais tendre à l'homme la coupe de cristal et tirer de tes celliers, du vin d'amour, et de durée, et tu ne tiens à tes mains qu'un plat de cuivre couvert de grossiers aliments. 0 Cité, tes mains devraient être celles d'une femme belle et robuste à peine entrée dans son été, et la saveur de ton aspect ferait aimer le brouet que tu présentes à l'hôte, mais tes mains sont sèches et ridées, telles celles d'une vieille harassée et plâtrée. Cité, tes fils devraient être auprès de toi serrés et drus qui le soir attentifs aux musiques et aux forces sourient émus de la beauté et de la vérité qu'ils ont chance d'apercevoir, mais tu n'as plus de fils, tu n'as que des hôtes et quand tu leur ouvres ton seuil, c'est en la chambre banale blanchie à la chaux, sans effigies aux murs, sans palmes aux portes, sans beauté à la lampe que tu leur désignes un coin libre et un manteau pour s'envelopper et attendre le rêve. Et le rêve chez toi,

qui pourrait descendre en voile léger de parfum et de grâce, du haut des cèdres, et se rafraîchir aux grandes eaux des sources pures, il vient vers notre songe, timide, nain, comme sortant pénible et honteux «Tune grise cellule où l'aragne tend d'interminables toiles. Quand tu chan n'est point la large et libre voix de qui résumerait la terre, ton ciel, les temples, mais tu redis de vieux conseils et des sentences. Tu ne marches point dsns lesgrandes feuillures d'un parc; lu t'assieds et tu couds au fond d'un maigre jardin, près d'un puits peu profond où tu te mires parfois, toi et quelques branches du petit arbre (\u\ l'ombrage et ton hôte halète et

étouffe entre tes bordures de buis, s'il est le poète,

s'il est le messager que tu fais semblant d'attendre.

Quand il est près de toi, tu lèves les veux au ciel et tU attends... dans un silence I lu feins

d'ignorer sa présence et que ses mains se tendent vers les plis de ta robe et tu interroges le ciel lumineux et vide de la vacuité bleue de tes prunelles, et

s'il insiste, si SOU cri a été &8Sez fort, assez perçant, assez, violent, pour déranger la paresseuse euphonie de ta vague rêverie tu appelles les prêtre

les docteurs, ceux que tu chamarres de tes broderies lourdes de tes soirs d'hiver et leur demanda

une nouvelle vérité luit, et ce qu'on a découvert but les pérystiles des pilais des

morne science de tYmpièrir de vérité alors (pie

l'hôte appelé, que l'hôte sitôt méconnu n'arrive que chargé d'émerveillements pour la beauté, et tes balances l'ont jugé insuffisant. Alors que, douloureux, il s'est détourné, qu'il est reparti par les sentiers durs dans ta plaine, tu rouvres les gymnases où tes doctes tracent sur le sable des carrés égaux, pour leur demander où est la beauté. Je sais bien que derrière cette maison grise s'étendent de larges cuisines, et que les grands quartiers de viande rôtissent aux grands feux que tu sais allumer, et ta gloire de ménagère habile, et de fermière engrangeant les liasses énormes de gerbes, je la sais et aussi tes danses de moissonneuses et les rasades que boivent tes cuisinières; et tous les soirs après que s'est effiloché le manteau pourpre du soleil, tu rêves un instant, et de tes balustrades tu suis avec un peu de tristesse les sourdes vendangeuses de lumière qui disparaissent au fond de l'horizon. Mélancolie! Mélancolie! vaine usance, vieille habitude! Lorsque tu t'accoudes et que tu attends, si sur l'écran noir du ciel, rien ne se profilera qui t'émeuve, tu sais que rien n'arrivera, et c'est ce qui fait ta sereine majesté d'attente. Nulle lumière ne vient de la nuit, rien ne se lève du crépuscule, rien ne peut correspondre à ton heure, ô reine des fatigues inutiles et serviles.

Et si vraiment tu te plais aux pierreries du soir, aux mobiles étangs roses qu'il peint aux toits

de verre de tes pavillons, n'as-tu point à ce moment même la certitude que tu ne défailleras pas à les oublier avant que la dernière luciole ne soit périmée. Va tu te lèves de tes terrasses, du . fort et digne de qui peut regarder sans s'éprendre et tu songeras déjà à être ferme et grave «la us l'aurore, et robuste, active surveillante des travaux dont tu t'enorgueillis, à surveiller qu'on balaie bien loin tous ces débris de papillons venus don ne sait où vers ton véridique, fatidique et destructif flambeau. Si les serviteurs te montrent au courant du fleuve qui lave les dépendances de ta grande maison grise, uncorps qui descend lentement parmi les touffes d'herbes* tu n'y reconnaîtras pas l'hôte

d'hier, celui qui te parlait de beauté, et que tu n'as point voulu entendre.

La tristesse de Samuel s'adoucissait de la \ rai-

semblance de ses pensées. 11 était seul dans la place vide, s. .us les vieux marronniers- sombres, devant

le murmure de l'eau dont la ténuité BJ pour

l'homme à l'idée de douceur, devant la ville tout à l'heure brutalement sonore, et qui maintenant défaisait d'un doigl lassé ses colliers de lumière, tiares et les hauts diadèmes de la ville, ses tours

et ses dômes étaient peu à pet s par l'ombre

dévoratrice, et les lampions qui s'éteignaient avaient frétillé, c'était un doigt de cendre qui les

avait touchés un à un. La tristesse des fêtes termi-

nées, c'est comme de la solitude imprévue et de l'inéluctable destruction. Cette ombre ascendante agrandissait d'horizons opaques l'âme déjà si triste du jeune homme, et sa tristesse devenait de la douleur. Peut-être à tort, puisque toute fête finit, que jamais fête n'est fête de bonheur, que sa douleur d'aujourd'hui n'était pas plus cuisante, ne devait pas être plus profonde que celle d'hier, que s'il était seul, c'était auxpalais qu'il s'était choisis, devant des seuils qu'il voulait franchir. Mais qu'importe ! l'homme qui meurt par sa faute ne souffre-t-il pas autant que celui que foudroie le destin, dans sa marche logique et habile de par les choses, et toute agonie c'est toujours l'agonie.

Samuel se lassa du silence blafard et redescendit vers la ville. Les quais s'égayaient encore de cordiaux adieux, au ras de terre les soupiraux des tavernes brillaient et les bruits de pintes et devoix sonnaient; des ruelles éteintes gisaient; sur de petites places comme des tisons de la fête rougeoyaient, colloques joyeux, sous les branches, chansons à mi-voix, propos d'amoureux qui après le bruit et les sonnailles générales, lentement se ressaisissaient, des enfants attardés ramassaient à terre des couronnes ; l'âcreté de douleur de Samuel s'accroissait. Tous ces gens contents, toutes ces femmes câlines ne comprenaient donc point que demain le dur labeur allait rouler de nouveau ses flots

gras; tout ce peuple acceptait le servage et la prison pour ses rêves en échange d'un jour de liesse. Il reprendrait la charrue à la même place, les tisserands recommenceraient dans leur cave le jeu d'écureuil de leur navette, et leur triste chanson ininterrompue et recommençante comme les mailles de leur tissu :

Les jours son! tis^ôs de Blfl noirs et blancs La navette du temps tes mêle indifférente.

Tous marcheraient devant leur guérite, leur boutique, leur palais, dans leur préau, dans leurs ateliers de ce menu1 pas machinal e( ^^ oc même

refrain, à peu près, que le veilleur <\^ nuit qui

clame la marche inévitable de l'heure. Quant â muel,dans sa vie, comme un fanal lointain jusque-là suffisant s'était éteinl ; il s'était brisé en lut, comme une corde d'amour, comme la fibre solide de son être. Ah! ville, «lois monotone en ton réseau d'ennui, je serai comme toi, triste el grave, et un jour Tan, en folie; je serai comme toi monotone el ennuyé, la navette de ma \ io bondira comme un écureuil dans une chambre ba lose, el si je

yois par le soupirail quelque rayon de soleil filtrer, je m'écrierai comme eux : «Oh! le disque énorme qui me réchauffe el qui me brûle -. el si quelque gamin jette par le soupirail une pauvre Heur de pissenlit, je m'écrierai: « Salut, soleil couleur de Dieu,

salut couleur de l'or, reflet du feu solaire, salut jardins en parfums, cirques de fleurs, montagnes de fête, allégresse à toutes cloches sonnée. Ah! ah...!» et il riait, un peu douloureusement. »

Une aigre fanfare de fifres égayée de tambours de basque et de clochettes retentit; un cortège débouchait, et c'était parmi des bouffons dansants et des filles folles chantant, solide, énorme en sa pourpre d'un jour, le gaillard, le gai Prince du Peuple, ronge, époumonné d'avoir chanté et crié, il avait une batte à la main, Samuel ne put les éviter, et des rires, et une belle fille s'écria : Voici le Prince des Amoureux, il est tout seul, et les rires éclatèrent, non point hostiles, mais avinés. C'est, seigneur, s'écria un bouffon, une grave infraction à nos lois que, le jour de la Fête du Mai, le Prince des Amoureux soit rencontré si solitaire, bruyant comme un catafalque et si mal illuminé de reflets de bon vin — et une belle fille de s'avancer vers lui. — 0 timide Prince des Amoureux, vous avez manqué à tous les rendez-vous de joies de ce soir... C'est vrai, dirent des gens, on l'a perdu de vue... Les poètes cherchent des coins d'ombre en plein jour, et du soleil dans la nuit reprit l'autre... Trêve et paix même, s'écria Laurent. Nos deux majestés vont boire ensemble; à l'heure où nous nous éclipsons réunissons-nous, que les deux natures culbutent ensemble dans l'obscurité. Venez, seigneur Samuel,

208 ir < <i\ m ni l'mi

vers mon palais qui sera tout à l'heure plein de coupes, de plaisants, et de toutes ces beaut

Merci, seigneur, je suis las et veux rentrer.

Au moins, seigneur, nous ferez-vou< raison ici même, voici le hanap de ma majesté que portent mes féaux; et un homme s'approcha tenant une coupe et un hanap.

Merci, seigneur, répondit Samuel fermement, je ne boirai point et ne vous suivrai pas, je ^nis las.

Il m'est déjà revenu, s'écria Laurent, que v.mis êtes un seigneur acrimonieux et mécontent que le monde n'aille point à votre cadence. Le pins doux des hommes se serait offensé ce soir de vos allures brunes autour de ma pardonnable el légitime gaieté. Ce pourrait devenir miel' entre nous; mais s'il vous plaît noyons le différend, et ainsi demain nous l'aurons oublié.

Ni promesses de plaisir, ni menaces ne pourraient m'enipècher de me retirer, seigneur. —

VOUS vous trouve/, sans doute en pire compagnie; mes bouffons valent, certes votre diseur de sornettes familier.

— C'est ass.v. seigneur.

Je le pense aussi, nous nous reverrons demain.

Tout de suite, tout de suite, cria une voix de femme, tout «le suite et l'on rira apr<

.le n'ai pas envie de rire, je VOUS l'affirme, dit

Samuel, laisse/-moi.

Un bouffon avait pris Laurent à part et le calmait, et tous se mirent autour de Samuel à danser une ronde, en riant, en chantant ; lors Samuel s'adressant à Laurent s'écria : Messire c'est insolence et lâcheté que me berner de par vos valets au lieu de tirer l'épée... et Laurent s'avança l'épée à la main.

Leur combat apeura les femmes qui se mirent à crier. Ils ferraillaient et leur animosité se développait au contact imprévu des armes. Une colère montait en eux. Sans doute, ils se rendaient obscurément compte de leur fatale inimitié, de la haine latente entre le poète pauvre, réfléchi, tout esprit, et'passion, et l'aventurier agile, tout nerf, tout mouvement, tout ambition, tout égoïsme. Ce n'était plus l'hostilité de deux hommes dont l'un fût mieux accueilli que l'autre par une princesse admirée de tous deux, ils n'étaient plus seulement rivaux d'un jour, mais ennemis de toute durée, l'homme de l'esprit, l'homme de l'action; et les épées s'entrechoquaient; à grand bruit on accourut, et avant qu'ils aient pu s'atteindre grièvement, les hommes d'armes qui veillaient les avaient entourés et faits prisonniers.

Le chef du guet, embarrassé à cause de l'importance, au moins en ce jour, de ces deux captifs, les emmena au palais, pour en référer à l'empereur. On les avait enfermés chacun dans une chambre.

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Au bout d'un peu de temps, on entra dans la chambre de Samuel, on L'enchaîna, on lui banda les veux; il ne les avait pu rouvrir que dans cette cellule.

Un lourd bruit de chaînes et des cris de bête assommée tirèrent Samuel de sa rêverie. I Fne atroce clameur inarticulée venait le terrifier. On tue donc ici, murmura-t-il, soit, mais pourquoi... 1 tes p firent entendre, des geôliers ouvrirent sa porte et déposèrent une écuelle et une cruche dans un coin sans lui parler et ressorti icn t. Ce n'est pas pour aujourd'hui, en tout cas, se dit-il, mais où suis-je donc? en quelle singulière prison et si morne tragique;?

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