N > ' DE L'OR
mesure persécutrice, pour troubler dos discussions sereines, mais souffrez que je vous quitte, je <l<»is méditer. Samuel se leva et marcha, il comprenait. La prison eût été moins dure que cette maison <1<4 fous, et pourquoi cette vengeance, et qui pouvait avoir à se venger d»' lui î Une voix chanta :
1 >e la tour lointaine,
on voit la mer, on voit la nef, on voit le diable
et la jeune fille peignant ses longa cheveux,
de la tour lointaine
le méchant roi m'a exilé
à cause que mon timide aveu
vers la peine était monté
le destin m'accable
on m*a enchaîné
on voit la mer, on voit la nef, on voit le diable.
Le prêtre de Saint-Martin
ce malin s exoi
la jeune fille qui peigne ses longs chei
aux Pénétres de la tour lointaine
et les soldats an ventre" creux
ont tout tué, ont tout mangé
le hêtre <|ui chantait on l'a fendillé
et les Feuilles on a dispi
on voit la nier, ou voit la nef. on voit le diable.
M.i paui ; l>ien Mes
toute blanche sur Mer;
de la tour lointaine
ET DU SILENCE 2~]ô
on voit des champs de neige
des champs d'écume, des champs de sable
et puis voici mon cortège
mes grandes douleurs aux yeux baissés.
De la tour lointaine
on voit la mer, on voit la nef, on voit le diable.
C'était un jeune homme pâle qui chantait. Auprès de lui un homme pleurait et répétait : voici pour combler la flaque de ma tristesse, des larmes, encore des larmes; elles sont rouges comme mon sang. Ah quand reviendra-t-elle î Ah quand reviendra-t-elleî Je suis déjà presque aveugle. Je ne la verrai plus.
Un autre prisonnier de forte stature s'approcha de Samuel : c'est toi, traître.
Eh quoi! que voulez-vous?
Je te reconnais bien, quoique ne t'ayant jamais vu, lu es aujourd'hui celui qui marches sur mon ombre.
Eh, non certes.
Si, tous les jours le mauvais suscite un nouvel ennemi ; on n'oserait point toucher à mon cerveau, on sait que le monde s'y enfante, il serait trop dangereux d'essayer d'y toucher; je le porte solidement de cette main gauche et la droite est là pour le défendre; mais depuis qu'on a découvert que les idées se développent et se mûrissent en passant par celte ombre qui est notre portrait simplifié, le polirait
o-P» US CONTE DE l."c.f\
de notre âme en attente de relui que nous bâtissons de nous-même, et en nous, on dressi lets de bourreau pour courir après notre ombre, et intercepter la marche des vérités, mais j'en liens un ci tu ne m'échapperas pas.
Il levait déjà la main lorsque des hurlements elèrent. Deux captifs s'étaient précipités l'un sur l'autre et se roulaient à terre écumants el sanguinolents. Les gardiens arrivèrent munis de fouet et frappèrent les malheureux; sous leurs coups da us un grand glapissement peureux, le préau se vida, et l'on reconduisit les prisonniers dans leurs cellules. Samuel se jeta sur son grabat, irrité, triste jusqu'à la mort et sanglant; car on l'avait frappé,
et il s'était défendu.
LES visions
Il supplia qu'on ne le fît plus sortir, la fièvre le
rongeait, il ne pouvait plus toucher aux aliments SÎerS de la prison. Il attendait, étendu, que quelque miracle, mm moins imprévu et bizarre (pie sa détention, lui rendit la vie respirai»!.
dans sa pensée terrassée, la vision, fée étran perverse, consolatrice et tjrânnique, éploya ses longs rubans d'angoisse ou de furie...
lut un petit vieillard trottinant, bedonnant,
marmonnant, chuchotant. Sur une immense terrasse il courait et levait ses mains au ciel. Eternel, Eternel, criait-il quand verrai-je du nouveau sous ton soleil? Toujours la lame et toujours le vent, et les ombelles des plantes qui s'ouvrent et se referment et tes mains rosées au matin, ignées à midi, sanglantes le soir, noires la nuit comme d'une fatigante et salissante besogne. Eternel tu m'as fait, je suis ta faute, ta très grande faute. Pourquoi aux tortues colossales, aux immenses plantes, aux longs serpents dormeurs après la proie déglutinée, et le dragon hargneux, et la bête des tanières, des terriers et des bourbiers, as-tu créé l'être de conscience! Pourquoi Tas-tu mis debout surdeuxjambes. Est-ce pour lui faire savoir qu'on ne peut regarder en face tes palais du soleil? Eternel! Eternel, que nous voulais-tu quand tu nous éveillas dans la chaîne muette des songes? Nous nous levâmes, nos mains sentirent qu'elles s'arrachaient d'une étreinte, nous avions des voisins, que tu as laissés dormir. Quels étaient-ils? Pourquoi nous, mousses marchantes de la terre, nous as-tu choisis, et de quelle sève nourris, si nous devons ignorer, si nous devons tourner sur nous-mêmes, souffrir pou i- souffrir, ne rien oublier et ne rien savoir? Voici ton fils aussi, en bas de ce mur, raclant ses ulcères d'un tesson, et se demandant pourquoi il est ce point pestilent dans les avenues d'indiflé-
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rence, voici ton fils, les membres déchirés sur une croix, cl pourquoi ce point d'agonie dans les axenues de ton indifférence, voici ion fils déchiré par des femmes furieuses ci pourquoi cette tête pâlie est-elle roulée aux fleuves de ton indifférence! Pourquoi les grands bûchers des montagnes se répondentils el les pâtres y jettent les chênes en disant: «nous attendons la nouvelle », el dans les sanctuaires les prêtres murmurent « que leur dire». Je suis vieux, je suis las, pourquoi m'as-tu donné en ce corps fatigué et laid eu forme de calebasse, dans ce corps adhérent à la terre rugueuse, ce désir d'inconnu, ce désir de voir ta l'ace, autrement que voil( glaive de l'archange; ou au moins, si ta n'es que le feu élastique cl décevant devant la face réelle à
qui veulent plaire les mondes, pourquoi Job n'a-t-
il pas li ni de souffrir?
Homme, le ciliée est à mes lianes. Tn es lourd et tu tournes Sur toi-mèrne. et te plains de ne pas
savoir de route pour sortir de toi. Moi je suis jori-
Ché de carrefours a\ec des supplicies sur des CrOÛC. En me parcourant je sillonne la roule infinie
îles misères. H ne viendra jamais celui qui brisera 1rs cadenas de la douleur et fera sauteries sceaux et les bandelettes qui compriment nos membres. Le cheval Aquilon saute du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest sans rien trouver que femmes qui toi-. lent les mains près des hommes meurtris e4 soucieux ci
qui restent assis, car que faire debout! Elles ont menti, les voix d'annonciation, ou c'est un vieux songe de radoteur que nos aïeux nous ont transmis.
Et dans le ciel l'Eternel entendant ces plaintes disait à Azrael : il faut pourtant faire quelque chose.
Les grandes ailes d 'Azrael assombrirent l'espace, sa lance toucha les deux vieillards qui se plaignaient, ses paumes saisirent leurs âmes voletantes, et de ces deux esprits de mécontentement il façonna une seule âme. Elle était habituée tout ensemble à la richesse et à la pauvreté, au désir et à la contrition, à la puissance et au malheur. Elle avait déjà beaucoup gémi. Des décors de palais et des visions de désert y étaient déjà peints en traits violents, elle était déjà vieille et de plaisir et de souffrance. Les ailes d'Azrael battirent et s'élevèrent, ses larges ailes firent un instant la nuit sur les hauts palais de Sion ; des botes meuglèrent comme sous l'approche de l'orage, un lourd sommeil envahit le grand palais. Azrael le traversa, le petit prince Salomon dormait. Azrael le toucha de sa lance et recueillit son âme, il la pétrit avec celle qu'il apportait et réveilla le petit prince, qui regarda la stature énorme, les ailes énormes, et surtout les yeux doux et calmes comme une belle rade pleine de navires au repos à l'approche du crépuscule, dont l'ange le baignait.
280 LE CONTE DE l'on
Qui es-tu demanda l'enfant, il me semble revenir des espaces glacés. — Tu n'as point bougé d'ici, je suis L'aîné de tes frères, tu me reverras, et il rendormit L'enfant en le caressant d'une main. Tu as,
dit-il, maintenant toute L'âme humaine, L'impatience et l'ennui, et le désir inquiet d'extraire de son propre limon une statue de l'homme inconnu, de celui qui glisse dans les foules, et les profondes douleurs et l'amertume du plus ancien souffrant, celui que n'a ménagé aucune épin aussi ta candeur d'enfant et ta force future tout entière. Tu te précipiteras sur tous les buts, lu brûleras que la statue sculptée en ton âme luise de feu divin sur le plus vaste mole et la plus haute montagne, et tu auras la force de vouloir un peu; mais sans doute toutes les gloires et tous les plaisirs auront pour toi le goût amer de la cendre,
ton âme neuve est déjà vieille, et nulle puissance ne peut créer une âme toute fraîche.
Le vol d'Azrael l'emporta dans les
bornes. Il planait, comme un aigle immense. Dans
L'immensité sablonneuse, à peine bosselée de quelques monticules il toucha de sa lance une large
dalle de pierre, a Eve, Agar, Mobed, exclama t-il, voici le messager, lève-toi. » La dalle m< souleva, une grande forme se dégagea des plis du Buaire. " Me
voici ! — < Test encore toi, ne suis-je point Lien ici ? »
Et l'angedit: - Il te faut encore un evenirsur
la terre, tu devras faire renaître l'Éden que tu as emporté si longtemps dans tes yeux caves; tes lèvres vont sourire, tes hanches souples vont se balancer sur le monde, tu vas recréer les grands parfums de volupté, le Créateur a besoin de toi. Viens, tu t'appelleras Balkis. » La grande forme était sortie du tombeau où elle dormait depnisles Siècles. Tun'es plus la mère, tu redeviens la femme, et les grands cheveux gris tombèrent, et les lignes anguleuses et sévères du corps s'adoucissaient, et Eve reparut en sa candeur du premier jour du monde. L'ange l'emporta vers les terrasses d'un temple immense; au choc de sa lance les prêtres accoururent et se voilèrent les yeux de la main. Voici votre reine, dit Azrael. Et les prêtres l'emmenèrent pour la couronner et annoncer au peuple de Saba que la prophétesse était révélée.
Près du temple, un palais brusquement s'éleva comme s'il était là depuis les temps et qu'un brouil" lard se dissipant tout à coup en éblouît brusque, le regard, autour du sourire de Balkis; des palmiers fusaient de la terre et se couronnèrent de leurs palmes d'acclamations; les doigts de Balkis touchèrent des arbustes, etee fut une foret de rosiers chaulant toutes les nuances violentes, dominât rires ou cachées de la chair; un sourire passa sur ses lèvres et la blancheur de ses dents parut, et ce fut le signal d'une immense floraison de lys, et le soleil vint éclai-
rer ta chair de ses joues el le peuple des fieurs de* rées apparut dans les détours <lu jardin. Elle marcha, et les sources murmurèrent, elles coururent suides lits transparents de marbre blanc pour qu'un miroir agile existât de suite. Elle porta une bran-)
clic à -es lèvres el les lourdes grenades mûres naquirent, et des vignes s'étendirent, des grappes! blanches et rouges se gonflèrent pour être douces à ses lèvres; elle ramassa un caillou ei des pierreries énormes fulgurèrent cuire ses doigts, et devant les portes du grand jardin merveilleux, les prêtres
massaient des -aides au bouclier d'or; elle chanta
et mille oiseaux répondirent, et mille oiseaux arrivèrent de tous les coins du ciel, el des chérubins
endirenl du ciel pour lui apporter des voiles et des robes aux plus pures couleurs de muées. Elle
jeta autour d'elle un grand voile salïané el remonta
les marches du palais, et sur toutes les terri
de la ville un peuple se pressait pour acclamer la
beauté Éternelle.
Au soir, les étoiles tremblaient sur le lac. une suavité parfaite émanait de la langueur endormie des fleurs. Des âmes en repos se penchaient du ciel pour regarder les vallées de Saba s'emplir d'une clarté violette, plus claire que la nuit, plus
douce que le jour. Les lueurs lunaires arpentaient
les frondaisons, elles tendaient sur les palais un candide ruban de neige à peine rosée. De grands
feygnes fendaient l'onde auprès des barques. Une barque parfumée promenait le repos de la reine sur le lac et sur des colonnades qui baignaient dans l'eau calme, des chœurs d'hommes et de femmes à la voix de délices se répondaient. On eût cru voir au ciel des cadences blanches d'une danse. Il sem" bla à Samuel que, parmi les chœurs, il entendait résonner sa voix.