‹ Le contre de l'or et du silenceChapitre 40 sur 46 · LA RÉVOLTE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLTE

La ville résonne sous le lourd pas «les patrouilles. Des reîtres dans les maisons éventren! les lits, vident les armoires, boivent à la cave, fumante des torches qui en explorent les recoins, volent augTenier la torche au poing pour en étudier les cachettes, et des femmes pleurent au pas des portes,

et «les hommes chassés de chez eux pour De pas

gêner les perquisiteurs serrent les poings. Les tambours battent, le pas pesant des hallebardiers sillonne la ville. Ils vont aux portes renforcer

les postes, les chaînes sont tendues de quartier

en quartier, mais qu'y a-t-il, personne ne sait rien parmi le populaire foulé et bousculé. Que s'est-il ? On a voulu tuer l'Empereur, crie quelqu'un et sur la place du Marché la populace affolée s'indigne, crie, et se porte vers le palais. La trompette sonne, on voit parmi les cavaliers, roide et lier. l'Empereur. Ce n'était donc pas cela,

le populaire s'émeut : qu'est- imme

ET DU SILENCE 3s3

il est à certaines places trop abondant, les gens d'armes lancent leurs chevaux sur les groupes, et des mains d'inoffensifs passants se portent vers leur poignard. La cloche de la cathédrale sonne, c'est le lugubre tocsin des feux de malheur, et la ville est bruyante, on court, on s'interroge; le galop des cavaleries sillonne les rues. Voici des hérauts : ordre au peuple de rentrer dans ses maisons, les bons seront épargnés, les traîtres punis; pourtant voici la maison d'un bourgeois inoffensif qui s'emplit de lumière et de cris. Un boucher abat d'un coup de couperet un lansquenet qui en riant l'a un peu touché de sa pique. Les lansquenets le tuent, et après un bref silence d'horreur, voilà le cri aux armes qui s'élève, et les hommes parcourent les rues criant: Laurent Télice a été emprisonné et torturé.

Un grave conseiller royal harangue le peuple. Télice a été emprisonné, il possède le secret de l'or, il l'a refusé à l'Empereur, il s'est évadé de prison, que ceux qui savent où il est le dénoncent et se montrent ainsi féaux sujets. La ville a été empoisonner et pervertie par les étrangers; qu'on les chasse. L'Empereur permet qu'on les pille. Lansquenets et gens du peuple entrent pêle-mêle parmi les maisons des riches. On s'insulte entre voisins, et voici que le tocsin ne sonne plus sans prétexte, car les flammes rouges escaladent une

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des maisons de la ville; le sang coule. Voici maître Asverus, il est riche, il a des maisons et des navires. Daguons-le, mais un lansquenet tombe, puis un autre, et la lutte se déchaîne. Maître Asverus et 1rs siens sont passés dans un chemin de sang; le tocsin sonne, les rouges étendards du Feu s'appellent et se répondent de place en place. On tue en raisonnant, en s'informant et l'horrible fanfare du meurtre avec ses cris, avec ses tambours avec ses pas lourds et nombreux, ses appels de rage, ses appels de détresse, se déchaîne sur la ville. C'est une clameur continue, incohérente, inconsciente. Des gens regardent de leur fenêtre en s'armant, d'autres tombent sur le pas de leur

porte, frappés parfois par leurs partisans et a\ec

le tumulte et L'ignorance un peuple s'égorge sans

Savoir pourquoi, et toute une partie de foule s,.

porte vers le palais, hurlante, sanglante, s'écriant Télice, Télice, et lutte avec les gens d'armes, et des gens Be battent pour L'Empereur, d'autres pour les droits de la ville, et d'autres simplement se défendent dans cette immense bagarre, et les sonneries des trompettes de guerre persistent effrayantes et déchaînant le combat à toutes les ftmesl Pourquoi, on n'en sait rien! On veut Télice libre, on veut L'Empereur tout puissant. Des vieilles voient passer sous les étoiles les anges d'extermination, et de pâles formes blanches fuient par les

ruelles encore sombres, et des gens se battent près du fleuve, auprès des barques.

L'Empereur et son escorte sont allés droit à la maison d'Ezra. Dans la rue déserte, le bruit n'avait pas encore pénétré. La maison était tout éclairée, la porte était ouverte, l'Empereur se précipita. Dans la grande salle, Ezra était debout. Télice était étendu près de lui, et dans le fonds de la salle Samuel et Rizphah. Ezra s'avança vers l'Empereur. Sur une table un vaisseau de bois laissait filtrer une lueur de pourpre qui emplissait toute la salle, et c'était cette lumière qui vive s'élançait par toute la maison, miraculeuse, légère, comme un beau feu de soleil couchant.

— Je t'attendais, Sire Empereur. Es-tu devenu fou d'égorger ta ville, pour punir d'imaginaires ennemis? Assieds-toi près de nous, écoute.

Comme une force invincible courbe l'Empereur.

— Ici, lui dit Ezra, est le sang de Jésus, de celui qui fut le plus injustement tué. Il était dans ta ville, il y apportait la bénédiction. Il brille ce soir pour toi, comme un avertissement dernier, car il est temps encore d'arrêter le sang qui coule et le feu qui court. Par celui que tu révères et qui mourut seul et affligé dans d'atroces tortures, abandonne la voie sanguinaire. Le Graal est le conseil du ciel à la force. Ah î depuis que Joseph d'Arirnathie l'a remis en mes mains, j'ai cherché

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sur la surface de La terre L'homme pur et droit, aux mains exemptes de sang, 1»' souverain élu pour le

1 n'en fait, à qui le confier. Ce nYst point un talisman, Sire Empereur, son contact ne guérit point les malades, il ne l'ait point découvrir les trésors cachés, il ne donne pas le secret de l'or, il avertit que le bonheur pour chacun est dans le règne de la douceur et de la paix pour tous. Empereur, homme que tu es, ne sais-tu pas que demain la mort p ses phalanges sèches sur ton front, et que tu t'é- Crouleras, et que ton sëpulchre dans la cathédrale ne sera (pie la fastueuse ltoîte, où un lien enfermé! Que t'importe le secret de l'or, tues le

gardien de quelques milliers d'existences. Ton pouvoir te donne ce droit dç laisser tranquille oude conclure vile le mouvement transitoire de l'homme,

de la naissance à la mort. Tu es l'Empereur, mais OU sont tes \ertus d'intelligence, <>ù sont tes trouvailles d'esprit, qui construiront en ton frêle palais de muscles, l'être éternel qui te survivra ? Tu n'es qu'une rumeur. Ecoute le conseil de cette clarté muette. Mlle correspond aux enseignements que recueillit ton enfance. Sois humain, deviens digne

(homme de pardon si tu crois qu'on t'a offensé, homme (h4 sens et d'intelligence, si tu te rends

compte qu'en te désobéissant on t'a servi', dapprocherle sang du Sauveur. Il signifie, je te le dis, que tout supplice infligé est le seul crime inexpiable,

Retire-toi et révoque tes ordres de carnage. Ce qui se passe ici, César, n'est point de ton domaine.

— Je t'ai écouté, j'aime entendre déraisonner les vieillards. Gardes, saisissez-le.

Au moment même la lumière s'éteignit, et quand l'Empereur et ses hommes eurent réussi à allumer des torches, toute la maison vide était plongée dans le silence, tout avait disparu, aucune trace ne demeurait ni du Graal, ni de son prêtre et de ses hôtes.

La foule hurlait devant le palais, Télice, Télice, on se battait. Ce ne fut que l'épée à la main que l'Empereur y rentra. Il chargea son héraut d'annoncer au peuple que Télice n'était plus entre ses mains. — Mais où est-il? — Nous ne savons. — Mais il n'est plus entre nos mains. — On vous trompe, peuple, s'écria une voix, Télice gît en quelque oubliette, ou Télice a été assassiné. Vengeonsle, et la bagarre aux mains de fer ressaisit à la gorge peuple et soldats.

De longs rideaux de flamme se moquaient agiles de l'accent sombre et triste du tocsin. On s'égorgeait dans les ruelles. Pendant ce temps, une barque lentement descendait le fleuve. Asverus disait à Ezra: Sire Roi, je reviendrai dans cette malheureuse ville, elle aura demain besoin de pitié. Roi Balthazar, est-ce la dernière fois que vous évoquerez la nef de Salomon? où est votre château de

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Saba, et depuis combien de temps assistons-nous à la douleur] et le roi Balthazar répondit : la Douleur et la Folie sont éternelles. Le GraaJ d'une douce clarté éclairait l'avant de la nef; nue grande

forme de femme tenait le gouvernail.

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