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CHAPITRE II

LE PERIPLE

La nef d'Asverus a repris la mer. Elle s'éloigne de la côte basse et sablonneuse, elle va vers la muraille de brume de l'horizon, blanche comme, un amas de neige, qui fond à son approche. De blancs oiseaux lui font cortège. Sur l'épaisseur glauque la nuée peint de grandes plaines vertes, et dejaunes étendues comme de champs de blé. Parmi les ragues se cisellent de larges coupes vertes et creua loin comme de grands troupeaux blancs se culbutent et se pressent. Des voiles passent promeneuses,

hâtives, rares. A bord, des marins chantent. Le soleil éclate comme une coupole universelle. La mer se peuple de figurines aux robes ourlées d'argent. Des élans énormes arrivent à la carène, venus

du plus lointain et se courbent, se cassent et lèchent, eu arrivant près d'elle. Une plaine transparente se dresse devant l'avant, et les châteaux

de la chimère superposent dans la mer leurs mille terrasses de marbre pourpré. Dans le bleu du ciel

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des lambeaux d'aurore sont emprisonnés. Puis le vent se lève et joue, bombe les voiles, court sur le pont du navire, et gémit un peu, comme d'une petite fatigue de sa course, et la majesté du soir envoie devant elle ses hérauts pâles et calmes qui unifient les couleurs vives du flot et du ciel comme d'un lent mouvement de sceptre, et le soleil à pas très doux s'achemine vers ses retraites. Sur la plus basse terrasse de sa ville d'occident, il s'arrête, et le sang" fuse de sa poitrine, dans un lent geste de ses bras qui élèvent des pourpres sur les altitudes qu'il vient de quitter. Et le vent, délivré d'un maître, sentant que devant son heure de puissance le roi du jour s'est retiré, crie et geint plus haut, et commence sa menace et les grandes forces du néant poussent vers la carène des étendues noires aux crêtes d'écume qui se brisent contre elle et lèchent ses flancs de bois noir. Comme une nouvelle passant de main en main au bout de mille bras arrive du large, qu'on ne communique pas aux nefs errabondes, et le disque pâle de la lune se montre, et des instants, de longs instants elle se débarrasse de ses voiles avant de montrer sa face pâle et ronde. Des voix de marins s'élèvent mélancoliques. C'est maintenant que le vaisseau se sent seul entre la vague et le nuage ; l'urne des étoiles se déverse sur le ciel et voici l'infini des flambeaux de l'espace; c'est l'immense domaine de l'inconnu qui est à cette

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