‹ Le contre de l'or et du silenceChapitre 6 sur 46 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M. i mm ; i un DE LA DOU( i n;

Joseph d'Arimathie vivait dans le château du roi Balthazar. Un jour, sur la terrasse construite pour dominer les jardins, et c'était aux jardins riants les palmiers dont les cippes s'argentent bu soleil. les grenadiers dont les fleurs éclatent comme des pourpres, des oliviers lins et menus, et l'Ii barrait d'un lourd rideau brun «le cèdres, le roi Balthazar et Joseph regardaient la vie bruissante liseaux et des papillons. Sous la verticale clarté, des voiles de gaze à semis de poudre d'or semblaient se tendre dans I<* lointain, vapeurs aromatiques et molles de la terre chaude. Or, Joseph demandait à Balthazar ce qu'il Bavait du docteur de la Douceur.

Joseph le connaissait par reflet, par récils et quelques paroles du rabbi Hillel qui tout récemment avait paré Jérusalem de L'éclat de xlus.

Je l'ai connu, dit le roi, c'était une âme enfantine et profonde. Hillel en pouvait donner l'idée: au

LE COMTE DE l'OR. ET DU SILENCE 3o,

moins répercutait-il une partie de sa bienfaisance lustrale, sur la ville dure où l'or est trop prisé. Mais le Docteur de la Douceur était entré bien plus avant qu'Hillel dans la connaissance des vérités, ou, si tu préfères, des vraisemblables symboles. Hillel, pour parvenir à ce point d'intellectualité, eût été gêné par l'ardeur dont réchauffait la contemplation de son Dieu traditionnel. Unscribepeut amonceler les vertus ; il n'en sera néanmoins que le meilleur des scribes. Les dons qu'on perfectionne à l'ombre des temples n'éclatent jamais en extraordinaires floraisons. C'était au livre de vie quele maître de la Douceur avait balbutié, épelé et puis lu.

Il s'appelait Nehemias; son père était un riche marchand, de ceux qu'on escorte autour des marchés, pour en tirer l'obole d'un conseil, un homme d'exacte justice, que des voisins prennent parfois pour arbitre; cet homme était éminent parmi le commun des sages d'Israël.

En sa prime jeunesse, Nehemias fut cité pour la gerbe de connaissances qu'il rapportait chaque jour des écoles. Il grandissait alors très pur près de sa mère, et pourtant il confondait les docleurs, car s'il étudiait les textes saints, il connaissait les chansons, gloses des humbles et plaintes de passants, fleurs fraîches aux prairies d'or autour du Livre.

/\0 i I CQNTE DE I.'on

Avant qu'il eût quinze ans il lui vint an grand dégoût de ce qu'il savait et une appréhension morne devant les inconnus trop bien tracés, trop bien

(Infinis qu'il avait encore à parcourir. Il n'étudia

plus les saints textes, il y rêva. Il abandonna la philosophie des Hellènes, toute parée de lucides imaginations, toute dansante d'abeilles, carrière ombreuse où de blanches statues se dégagent à demi sculptées de gangues de marbres, parce qu'il n'y trouvait pas ce qu'il cherchait par-dessus tout, une vérité qui pût contenir un bonheur. II rêva près des torrents, près des cèdres, et se couchait à l'ombre des figuiers pour voir fondre les pourpres du soleil, et naître la face inquiète de la lune. Puis l'amour, dont tout son cœur était impi lixa. Les jeunes gens répètent encore, alors qu'ils aiment, ses aubades à l'aurore du désir et au matin de la chair. Il cadença ses douleurs, issues du disparate entre les vieux du vivre et les faits du vivre en des mélancolies Dominées et larges comme i\o^ Soin fastueux d'automne. Puis, las de la science et

du chant, il partit vers le momie. Déjà d'ailleurs les

siens ne le rcc. umaUsaient plus; il n'aimait pas compter l'or, il n'aimait point parcourir d'un œil

soigneux et orgueilleux les terres ou paissaient dé grands troupeaux à lui; il ne recherchait pas l'apparat des dignités, il les eûl trop facilement ache- II partit donc vers le monde.

Et pourtant, ce jour ce fut grand deuil dans un palais de Jérusalem; une mère souffrit toute la torture et tout le déchirement, car la chair de sa chair s'en allait, le fils s'était mué en un autre et un étranger ; et un père ne parla pas, car que dire : l'enfant qui lui avait été familier s'était transformé en quelque juge énigmatique, et ce père, en voyant, le soir, les nombreux serviteurs lui remettre les clefs et lui rendre les comptes, souffrit comme s'il s'agissait désormais d'une formalité inutile. Et la maison fut close plus tôt par les ténèbres, car la lampe de la haute chambre où travaillait Nehemias ne s'alluma pas, et les deux vieillards préférèrent que la nuit leur cachât réciproquement leurs faces qui ce soir-là vieillissaient.

Nehemias suivit d'abord des chefs militaires : souvent aux haltes, dans la plaine sans ombre, étendu pour délasser ses membres, le casque débouclé, il suivait dans le ciel aux micas de promesse un rêve autre que celui des grandeurs humaines. Il pourchassait, ing-énu conquérant, les pillards, avec de ces égards que les timides ont pour les faons; et un jour, le sang-lui répugna et le rêve lui apparut stupide, des trompettes et des licteurs. Alors libre, il visita des villes nombreuses, sans se conformer à la coutume des sages anciens qui d'abord se dirigeaient vers les temples, l'initiation, vers les mainteneurs des vérités nouvelles, ou ceux qui gardent,

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sèche, une croyance poudreuse de siècles. Mais il écoutait dan s les marchés, les cirques, les théâtres, les tribunaux et chez les courtisanes ; et toute une clameur populaire montait vers lui ; de Faces larg

'évadaient des cris de souffrance masques tragiques des plaintes, et le de la

danseuse implorait et dans son fourmillement, par les (liants et. les flambeaux, l'humanité heurtait son front aux murailles dures du possible.

Il recherchait les thaumaturges, ne riait pas aux récits des grossiers miracles des sorcières, et les Fables de métempsychose il les écoutait volont Il ne dédaigna pas toujours les dés et sa vertu ne prétendail pas que L'abstinence brillât sur elle, comme un signe certain. 11 eut plus tard coutume

de dire qu'il avait perçu davantage de l'âme humaine pendant les nuits de têtes religieuses e( 01 ques qu'aux entretiens des théologiens. Pourtant

il les entendait avec gOUt, ainsi que les rhéteurs,

car sachant des thaumaturges combien puérils ef

bas sont les vrais désirs de l'âme humaine, il

apprenait chez les seconds de quels dehors on peut parer la stérile agitation vers des biens irréels.

Mutin, las des escales, t\cs mimes et des philosophiez, il s'en revint \ers son pa\s.

On le reconnut moins encore : pour tout ce qui

mi indifférence était trop entière.

Ceux de ^,, yiiie n'avaient d'idées claires .pie pour

le commerce, de passions nettes que pour la construction d'énormes palais aux coupoles de métal précieux. Les quelques minutes qui leur demeuraient libres, les minutes de luxe, les minutes de méditation, ils les occupaient à retourner en tout sens l'idée extérieure de Dieu. C'était à qui trouverait une façon plus ostentatoire de marquer combien il en était pénétré. Les uns simplifiaient les rites qui devenaient des gestes lents et graves, les autres les compliquaient en appels soudains et répétés de fêtes fleuries et théâtrales; d'aucuns (les plus profonds) agitaient si Dieu était une force, une essence ou une puissance, et sur les bancs des jardins ombreux, le soir, sur les terrasses, des axiomes glissaient, doux et entêtés, des barbes blanches. Mais nul ne se souciait deson âme même. Quand tout le monde vit que Nehemias décidément ne voulait être ni marchand, ni juge, ni pontife, ni chef d'armée, on le dédaigna. On l'eût méprisé, s'il n'eût été évident que son père lui laisserait de grosses richesses. Il était, dans la ville, le spectre insolite de l'Inactif.

Comme Nehemias sentait, sans qu'il s'en affligeât, cette sourdante réprobation, il s'absentait souvent en courts voyages. Cette fois, il n'allait point aux villes somptueuses de l'horizon, aux grands carrefours fumeux des confluents de fleuve. Il cherchait 1rs berges vides, les plaines rases ou les monta-

!\'\ LB CONTE DE l.'nu

gnes seules. Parfois il s'arrêtait aux campements des nomades el s'entretenait avec eux. Il aimait à apprendre comment 1rs légendes «lu p n'eut

Façonnées <m ces cerveaux simples, mais chez qui, tous les soirs, descend, en une pompe magnifique, le sentiment de retendue et de l'impersonnel, le sentiment d'une brève fin avant le perpétuel recommencement.

Mais le plus souvent il vaguait seul et sa marche parfois hésitait en des haltes de recueillement. Le bruit se répandit vite, qu'un peu fou, il conversait avec le vide et se figurait des apparitions singulières. Au vrai, durant ces pérégrinations, il cherchait un lieu commode pour vivre; il le trouva dans la montagne du Liban.

C'était sur un plateau élevé, mais étroit, une maison comme une barre dm! te sur l'horizon, haute, spacieuse, cernée de fortes murailles, flanquée d'une haute tour. Derrière Ces murs I. et les portes de bronze, on pouvait se défendre

contre l'ennemi. Du haut de la tour, très au loin le brouillard méditerranéen, les cultures de Judée

et les sables, les sables sans lin. A droit»4 du château dévalait brusquement une ravine; en y descendant par un sentier de chèvres on perdait tout à l'ait de vue le château pourtant si proche. C'était

un grand trou bleu ; les parois luxuriantes de verdure rétrécissaient ici l'aspect du monde à une

sorte d'entonnoir au-dessus duquel on n'apercevait que le jeu des nuées et des ailes battantes. A gauche du château une autre ravine, mais bien plus large, descendait aussi brusquement. Il s'y trouvait des débris de temple à quelle foi dédié, les gens l'ignoraient. Des chapiteaux de colonnes offraient encore quelques pétales de lotus, les murs effrités de leurs revêtements étaient frustes et sans signes mémoriaux. Unecrypte s'y ouvrai tprofonde, et là, à la clarté des torches, on pouvait apercevoir de très anciennes fresques semblables à celles que fit placer sur la terrasse du côté de la mer, un de mes ancêtres.

Le maître de la Douceur se fixa là : il avait trouvé. Le cours alternatif de la vie et de la mort l'ayant institué maître de ses richesses, il les y transporta et s'entoura, pour les garder et se garder, d'une troupe d'esclaves qu'il libéra et qu'il s'attacha mieux par sa bonté. Les nomades qui le connaissaient, qui avaient recours à sa science de médecin et à son arbitrage pour les querelles, venaient souvent déployer au pied de sa colline leurs tentes brunes, et laver, près des sources, les linges éclatants, et compter les nouveaux chevreaux. Leurs chefs venaient sur la tour regarder la plaque bleue de la mer et le poudroiement blond des sables. Et le Docteur de la Douceur vivait comme le maître de ces puissantes tribus. Il régnait

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en ce coin de terre par ta science et la rien conséquent ainsi avec une deses idées qui était que le pouvoir suprême sur les hommes est la seule chose qui se doive acheter, ceci étant l'explication unique de l'existence de l'or, mais qu'il faut ensuite savoir user de ce pouvoir acquis par [es moyens ordinaires, et que la science est le seul moyen de le conserver et préserver.

Il faut souvent des causes bien légères pour li.xer an homme à tel ou tel décordu inonde. Ils sont tous semblables à chaque pan d'ombre. Voici quelquesunes des raisons qui le décidèrent. La crypte et sa décoration l'induisaient à croire «pie quelqu'un avait déjà habité là, dont les idées rares et peu divulguées s'accordaient avec le résultat de ses propres empiètes sur le monde. Puis il aima trouver cette maison défendable, car le sage, une fois qu'il a refusé d'admettre le concours vital des villes et ses conditions, se doit armer pour sa défense. Puis

cette ravine déserte, creux de repos et de broussailles. BOUS le ciel nu lui parut un salutaire asile de méditation. Il avait là le svmbole de la m,

humaine, une forteresse, un temple vieux, une retraite.

Quand il fut puissant, son renom de . nié

par les pontifes et les magistrats, grandit parmi les jeunes rêveurs et ceux qui étudient les BTCanefi

raisons d'être, Il accueillit des visiteurs. La plupart

demeurèrent auprès de lui dans la forteresse. D'autres ne s'y arrêtaient que quelques mois et repartaient plus graves, plus savants, avec plus de certitude au front.

Il enseignait souvent par paraboles; je vais t'en citer une.

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