‹ Le contre de l'or et du silenceChapitre 7 sur 46 · L ARCHE · texte numérisé non relu

L ARCHE

Le soir du jour où David, plein de gloire légère, dansa devant l'arche, après que Michol lui eut reproché la vulgarité de son triomphe et qu'il lui eut répondu, il avisa le sage Héliah dont il prenait souvent les avis. Héliah était habile et prudent, assez brave et vigoureux pour être compté au rang des pairs du roi, et le monarque le considérait dans le conseil, car souvent Héliah avait vu clair dans ses manœuvres, deviné ses buts, et le mobile de certains de ses actes. La parole d'Héliah était précise et rare; s'il n'a pas laissé un nom célèbre à côté de ceux de Jacob, d'Abisaï, d'Asaël et de Benaïah, c'est parce qu'il fut surtout pour le roi un ami des jours difficiles, et qu'il s'écarta plus tard des pompes de son triomphe. Héliah avoua qu'il n'avait pas compris.

« L'amour, disait -il, que vous portez au^peu-

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pie, après lui avoir si largement distribué le bienfait, épargnant sou épargne, et protégeant

ses moissons contre l'envahisseur étranger, vous porte à préférer une gloire simple et an pas uni au milieu de la foule aimante, aux splendeurs d'un despote, enfermé dans son palais et dont

on aperçoit parfois la face par les fentes du mur de lances et de boucliers d'or de ses gardes : mais je ne vois pas, Seigneur, d'autre motif à votre allure de ce jour. »

Et David dit: « Iléliah, les trompettes aux lents élans d'éclat doré, les tambourins dont le grave accent scande la chute de l'instant dans le passé, la musique des harpes, il s'en égrène comme des colliers d'oiseaux joyeux, il s'en égrène un sourire de sources, musiques adéquates à nos brèves Féli<

les cortèges des gardes <jni sont l'assertion de notre puissance et cette Foule de dignitaires, Incarnation

des multiples facettes de l'esprit du peuple, et ma

présence à moi, qui suis cet esprit de la race clarifié, ne sont Heu de trop pour accompagner surles routes le symbole universel, Sache que cette arche est le symbole universel parc»' que, toute construitequ'elle

est du bois le plus précieux, et que tant de p

l'aient incrustée de tant de pierreries, elle, jamais

ouverte, elle est vide. Le sens profond de notre premier législateur défendit qu'on l'ornât de figures et de Formes déterminées pour bien notifier cela.

C'est dans nos cerveaux, par l'exemple et l'enseignement, que se gravent les vérités que nos aïeux jugèrent les meilleures pour nous. L'arche brillante et vide signifie la cassette des avares, soit qu'après l'avoir chargée toute leur vie, ils la trouvent un soir béante et creuse, soit que, pleine et résonnante de métal, elle ne demeure pas moins inutile et inféconde. Elle signifie aussi ce que doit être le temple, enceinte nue et sans idoles; le temple ne doit pas être la demeure de Dieu, le temple est l'endroit où on le cherche ; des prêtres, des saints doivent le demander à leur conscience, et la ressemblance qu'ils en extraient, ils la doivent montrer à tous; mais ce Dieu n'a ni formes ni descriptions complètes de luimême. En même temps qu'il est, à toute heure il se construit, et de par cela ses volontés changent; elles ne peuvent donc être codifiées. La loi de l'heure qui passe n'est pas celle de l'heure. à venir. L'arche à jamais close symbolise aussi l'aspect fermé de la nuit, de la nuit profonde qui cache ses étoiles dans un manteau de nuages. La nuit n'est pas l'hymne du silence, elle est seulement l'heure du silence. Il faut que sous la fatigue qu'a déversée tout le jour le soleil, et las des travaux du pain, les hommes dorment, ou du moins se taisent dans leurs rêves, pour que la pensée des découvreurs de Dieu puisse s'élever vers lui; ils ne peuvent se configurer son essence que lorsque leurs yeux sont enveloppés

f)0 LE CONTE DE l'or

d'invisible. L'arche symbolise aussi, par sa forme, les tombeaux blancs qui se dressent dan s les plaines. Qu'y verrais-tu si tu pénétrais leurs voûtes scel

Du néant, des armes rouillées, des lames gravées de

vieux caractères, des poussières de lois, d'ordi

de puissances. Si l'arche contenait quelque chose

ne serait-elle pas de même un tombeau de volonté morte? C'est pourquoi l'arche est vide.

Plus tard, dans des ans, le temple des Israélites se dressera sur la plus haute colline. Il sera comme l'arche, de bois revêtu de pierreries et de riches métaux, il devra être paré de richesses immobilisées, retenue faite sur les ambitions des croyants. L'aspect du Dieu n'y sera point figuré, pourtaaton y verra des figures d'attente; ce seront les bœufs patients, l'image des bœufs contemplatifs qui supporteront la vasque qui se doit remplir un jour de l'onde de la bénédiction divine, de L'onde pure dont

le contact donne la pureté. Des statues représenteront aussi la l'orme que nous attribuons aux chérubins; «'lies seront là comme la représentation de

notre désir d'idéal et de nos espoirs.

Ce temple ne sera commencé que dans des ans, parce qu'il me faudra des ans pour que la c cience d'Israël, débarrassée du souvenir des luttes

meurtrières, des luttes de défense et des uuetres

civiles, se ressaisisse.

I n peuple ue peut se contempler que dans des

âmes redevenues limpides, comme on ne voit sa face que dans un ruisseau sans rides. Alors seulement, de mon consentement, les tribus érigeront ce temple et à côté des fîg-ures d'attente et d'espoir, ils plaqueront aux murs les longues palmes d'or régulières et solides, qui seront l'affirmation de leur croyance, de leur croyance qui est une espérance solidifiée, rien de plus.

Puis, aux jours de fêtes, parmi ces ornements, eux-mêmes tenteront de se figurer ce devenir de leurs illusions; parmi les chants aigus quistrideront pour appeler Dieu, les clairons qui sommeront le ciel ou annonceront l'espoir de la majestueuse arrivée, parmi les harpes dont les musiques seront comme des colliers de colombes en désir, après la voix des chantres qui résume la parole des pontifes, ils chanteront eux-mêmes de leur accent particulier à tous, et leurs oraisons seront à l'image même de leur âme. Ils auront à la main leurs palmes d'espoir encore vivantes et vertes, ils apporteront les prémisses de l'attente et de la foi, et c'est peut-être en ce mobile élément de leurs voix, de leurs palmes et de leur désir, que se manifestera ce quelque chose que nous attendons, nous, ce à quoi nous allons élever un signal d'appel permanent sur le plus haut lieu, puisque nos bras sont fa tig-ués d'être tendus vers l'horizon divin. Ces danses, ces chants, ce seront les mêmes que mon chant et que ma

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