‹ Le contre de l'or et du silenceChapitre 8 sur 46 · II. M. I 'Ht · texte numérisé non relu

II. M. I 'Ht

danse d'aujourd'hui, .l'ai chanté et dansé devant l'arche, moi, aujourd'hui lame de la foule, en son nom et en sa place, j'ai représenté leur espoir et leur jeune croyance, et les bondissements des allégresses d'aurorales fiançailles qui gonflent leur cœur ignorant. Etant le roi, je devais être, aujourd'hui, la foule.

Quand le temple sera construit, ce sera un carré enveloppant une cassette, un carré plein de d'espérance autour d'une cassette vide, et les prières et les hymnes seront l'écho de mon chant el <le ma danse d'aujourd'hui. Cela est le symbole que je léguer à l'humanité, cela est mon monument, le portrait de mon songe et de ses certitudes, tel que je veux que mes fds en Israël le regardent, et se le délimitent.

Mais la vraie vérité, regarde-la.

Voici là-bas, sous sa tente de toiles blanches comme brebis lavées pour l'autel, ou comme voiles

neufs de fraîches jeunes filles, l'arehe sainte;

droite et à sa gauche les Peux des faisceaux d< sine ploient et flamboient; des teintes de pourpre irréelle passent sur la maison d'un soir. Tout à l'heure encore un peu des flèchesdu soleil finia venait ('veiller dans ses pierreries comme un grand éclat de lumière et d'espoir, une gerbe de contemplative joie, une blanche épée de foi irradiante. ESt

pourtant il n'y a rien que des pierreries, du bois,

des voiles blancs, où commence à battre le vent de la nuit. Et ce dernier éclat de lumière que ce peuple et ces lévites interprètent comme une féerique promesse d'aubes claires, pour nous, n'y verrons-nous pas le glaive enflammé du Khéroub aux portes du jardin d'Eden !

Tout à l'heure, entre les torches qui sont signe commun pour l'allégresse et pour le deuil, leurs psaumes diront encore ce soir un écho de leur joie, à leur dieu visible. Ce chant dans la nuit, et ces voiles battants et ces torches hésitantes, n'y lis-tu pas l'univers et la conscience battant en floches d'incertitude sous les hasards, pourtant soumis à une loi, inconnue d'eux, inconnue du vent, inconnue de nous, mais qui existe. Et mon psaume n'estil pas, comme le leur plus naïf, une interrogation, et si nous chantons sur le mode de la certitude, n'est-ce pas comme l'homme qui a peur dans la nuit, et se veut donner courage! Regarde, Héliah, l'arche insensible et la nuit qui s'avance.

Et pense à mon psaume, Héliah, et à ma danse. Tout le jour, sous le soleil, j'ai chanté et j'ai dansé; la clarté etlo mouvement rythmaient le jeu démon illusion, et maintenant, devant la nuit vorace et toujours jeune, je frissonne comme un vieillard. Le champ de mon père est trop grand, il n'y a là aucune borne, aucune lumière n'y veille dans la ténèbre, et nul ne saurait m'indiquer le chemin.

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Le champ est trop vaste et la nuit est trop dense, Je frissonne, Héliah.

— Et moi aussi, répondit le Bage Héliah.

Un jour, dit alors Joseph, en traversant Le pays de Sarras, j'eus tel rêve ou telle vision, car les contours de mon songe, si cela riaii un s (aient si nets quemon âme Ta considéré comme une heure réelle de ma vie, ou connue un monitoire des puissances d'en haut.

L'arche de David était devant moi ; elle étincelait d'une intérieure clarté et comme un incendie jo montrait des lueurs pourpres à travers ses planches devenues diaphanes. Elle atteignit ainsi une couleur de fête plus exquise que toutes lueurs de gem puis elle s'ouvrit.

J'y vis un homme vêtu de rOUge J les spleml

de feu qui ruisselaient si ép qu'on Les

jugées Immobiles aux parois <le l'arche le teintaii ut tout entier (Tune incandescence de soleil couchant,

mais ses veux étaient câlines et bleUS Comme la

mer. Cinq anges l'entouraient d'une transparence comme embrasée, leurs ailes étaient «les flammes pures et droites leurs blancs - étaient affli-

chacun tenait un des inslnunents du martyre

de Jésus, la croix sanglante, les clous, la couronne d'épines, des verges, une lance, et le sang- sur tous ces objets ruisselait et des voix dirent : « Celui qui a subi la mort la plus dure et la plus dérisoire injustement, celui-là s'éveillera pour juger les autres; il a touché les abîmes de douleur et la terre en est toute souillée », l'arche tout entière était un brasier pourpre.

Alors les anges, en pleurant, saisirent l'homme vêtu de rouge et le clouèrent sur la croix. Il ne ressemblait pas à Jésus. Ses os crièrent, et sous la blessure de la lance, son sang coula, et une voix dit : « Voici l'emblème de l'arche, ceci s'est passé pour un juste, ceci se passera pour d'autres justes, et les hommes dans leurs fêtes perpétueront le souvenir du châtiment du juste, et ils épuiseront les douleurs sur ceux de la parole amère, sur ceux de la voix de salut. »

Alors l'arche m'apparut plus grande et haute. Elle était vaste comme une contrée. Ses murs ignescents apparaissaient au lointain comme la paroi lumineuse d'un paysage. Je voyais des forêts, des prairies, des rivières, les murailles dentelées de villes, et des gens vêtus de drap d'or se pressaient et chantaient, lorsque tout à coup, sur un point de ce paysage de fête réapparaissait le lugubre attirail de la croix et du martyre. Et les hommes parés de joies pures, les femmes douces et les en-

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fants quiets qui tout à l'heure se réjouissaient, s'enfuyaient, s'évanouissaient comme un brouillard, et cette nature superbe s'emplissait de soudards aux trognes de bètes; et ils restaient là buvant et jouant aux dés quand déjà la croix et les envoyés d'en haut avaient disparu.

Puis de l'arche sortit un grand vieillard blanc et bien paré. L'arche était derrière lui maintenant, comme de pierre grise et d'ivoire; elle était haute comme un temple et l'homme était devant le portique de ce temple.

Et la voix dit : « Voici le fils de David, le dépositaire des secrets et des avenirs. Il a marché longtemps par les cryptes de Dieu et voici pourquoi vous le voyez pour la première fois. » Mais aussitôt nid vieillard était saisi par les bras turbulents d'une foule; pourtant chaque Fois qu'il avait disparu

dans les suppliées, un autre apparaissait pour subir le même SOrt. Les uns étaient at'tixés à la même croix, les autres voguaient dans Acs galères ^;ms

lames ni voiles, et on les voyait aborder paisibles

à des îles désertes ; niais soudain ees îles étaient

envahies de foules furieuses et leur supplice recommençait.

Enfin, comme le soir approchait sur ce paya devenu presque la vision (Tune terre d'hiver, un de

Ces blancs vieillards nfapparut être entouré de

quelques hommes jeunes qui ['écoutaient avec re-

cueillement. Ils passèrent comme invisibles auprès des tourbillons de la foule meurtrière, qui longeait en poussant des cris les bords d'une rivière. Ils entrèrent dans une maison de petite apparence, qui devint aussitôt claire de toutes ses fenêtres, et comme un joyeux concert fut entendu; puis la nuit se fit sur mes yeux et mon âme.

Et dans ce songe j'ai vu cette promesse qu'elle existera la maison de foi et de bonheur, non point grande et multiple comme le inonde, et l'enveloppant de ses murs immenses, mais faible demeure en une vallée de rêve, loin des meutes hurlantes et loin des bandes armées.

« Joseph, dit le roi, veux-tu que je te conte un autre apologue du Maître de la Douceur; il te donnera peut-être une réponse à ta vision.

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