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MÉTHODES DE RÉACTIVATION DE LA BLENNORRAGIE

Elles sont en faveur depuis longtemps : pour les malades, pour beaucoup de médecins aussi, une blennorragie est guérie quand le canal reste sec, après la reprise d’une vie normale. C'est un pas de fait dans la recherche scientifique de la vérité, que de commander certains excès ou d’éprouver l’urètre en agissant directement sur lui,

Nous allons passer en revue ces épreuves dites « cliniques ». Malgré cette appellation, nous n’avons pas voulu les étudier dans la première partie de ce travail : en effet, ce qui est intéressant à constater, ce n’est pas la reprise d’un écoulement disparu, mais la réapparition de germes qu’on ne retrouvait plus, et qu'on pouvait croire détruits tous Jusqu'au dernier.

Les méthodes de réactivation, tendant à provoquer une pullulation nouvelle du gonocoque, seront de mise dans les cas où la bactérioscopie des sécrétions reste négative, c’està-dire dans la presque totalité des cas chroniques. |

19 « La BIÈRE, les vins généreux, les liqueurs alcooliques, les « mets excitants tels que les écrevisses, les langoustes et cer- « Laines sauces épicées, constituent une première série d’é- « preuves toutes bien acceptées du malade, et auxquelles il «est habituel qu'il se soumette sans qu’il soit besoin de nos «ordonnances ». (JULLIEN 84).

L'action de la bière surtout est connue; NEISSER, KRAFT et JANET ont conseillé de l'utiliser, Ces auteurs n’ont fait que reproduire des constatations faites depuis qu’il y a des blennorragiens, et qui boivent. Même des sujets sains — et nous en connaissons personnellement plusieurs — se trouvent fort mal de l’absorption de bière : ils éprouvent bientôt après. outre la polyurie naturelle, une fâcheuse pesanteur périnéale et jusqu’à une cuisson urétrale pendant la miction.

BurtTy (23) rapporte qu’au Congrès d’Urologie de 1898, NicozicH (de Trieste) et GarLiER (de Lille) «dont on connait la justesse d'observation et le bon sens clinique » ont admis l’urétrite des buveurs de bière. Elle a été aussi signalée, comme on pouvait s’y attendre, en Allemagne, sous le nom de «Biertrip «per ». À plus forte raison, sur un sujet malade, la bière a une «action aggravante qu’on ne s'explique pas, mais qui n’en est « pas moins réelle. Le vin, le café, l’eau-de-vie, pris avec modé- «ration, ne « jouissent pas du même inconvénient », ainsi que « écrit un auteur moderne ». (DiDbAY 55).

Nous ne sommes pas plus capables que Dibay, vingt-sepL

ans après lui, de déterminer les causes de l’action réactivante de la bière : on peut supposer qu’elle agit, soit en créant une congestion favorable aux cultures, soit en agissant directes ment sur le gonocoque (comme le moût de bière dans le milieu de LUMIÈRE el CHEVROTIER), soit des deux facons à la fois.

On demandera au malade, chez qui l’examen direct est négabif ou qui ne présente aucune goutte, de boire avant de se coucher un litre de bière au mois, ce qui n’est aucunement difficile ni pénible. Le lendemain matin, il essaiera d’étaler son suintement urétral.

Hâtons-rous de dire que Le procédé n’est pas infaillible ; non seulement il échoue dans la majorité des cas d’urétrite chronique, mais encore à la fin des blennorragies aiguës. Voici un exemple : nous avons soigné l’an dernier un jeune homme de vingt-cinq ans, pour une urétrite gonococtique bien caractérisée. L’écoulement disparut totalement au bout d’un mois (après quatre injections de lipo-vaccin, et un traitement local à l’argyrol et au permanganate) Le malade alors se mit à boire de l'alcool en petites quantités et de la bière en abondance, sans même que nous l'y invitions,et il ne remarqua aucune reprise de l'écoulement. Frois semaines après, il souffrit d’une épididymite gauche, et l’urétrite reparut.

2° Le 8 octobre 1920, au congrès del'Association française d’Urologie, JANET, au cours de la discussion, a signalé un curieux moyen de réactivation : faire prendre, pendant quelques Jours, le matin à jeun, deux verres d’eau de Vichy Grande- Grille.

Nous n’en avons aucune expérience, et ne l'avons vu signalé dans aucun ouvrage : l'essayer n’en serait que plus intéressanL.

39 C’est encore un procédé très en honneur auprès des malades que de pratiquer le coït, avec ou sans condom, quand l’écoulement à disparu. Le garantie donnée par un préservalif n’est pas telle qu’on doive autoriser ou conseiller l'épreuve : la partenaire pourrait payer d’une infection aiguë l’honneur de

collaborer avec le médecin ou bien l'intéressé lui-mêmecontracter une infection nouvelle.

D'ailleurs, les résultats du coït ne justifient, pas son emploi; un blennorragien à la période terminale peut ne pas voir réapparaître son écoulement après un ou plusieurs rapprochements : bien mieux, c'est un préjugé assez répandu que le coïf, pratiqué à cette période hâte la guérison: il peut en effet faire disparaître, par la déplétion des glandes, une certaine urétrorrhée résiduale d’origine prostatique. Dans les blennorragies chroniques, c'est un fait que les périodes d'activité génitale sont suivies de retour de l'écoulement, ou de son opacification, coïncidant avec une poussée microbienne. Cela s'explique le gonocoque, demeuré virulent dans la sphère génitale, en particulier dans les vésicules séminales, est chassé de ses repaires et vient réinfecter superficiellement un urètre réceptif ; la congestion de tout l'appareil génital favorise le développement des microbes.

Il faut distinguerdeces cas d’auto-rémfection les « blennorragies à deux » dont parle JANET (78) où les intéressés ,se rencontrant périodiquement, pratiquent mutuellement des repiquages de leurs cultures.

En résumé, l’épreuve du coït, dangereuse et infidèle, est digne d’être rejetée systématiquement.

39 Il est déjà plus scientifique de pratiquer dans l’urètre des injections ou-instillations de liquides irritants.

En 1883, Neisser recommande le lavage avec du sublimé à 1 pour 20.000.

Plus tard, KRAFT, et JANET (1892) mettent, en faveur le nitrate d'argent (77) : ils l’'empioient soit en injections à 1 pour 100, soit plutôt en instillations (XX à XL gouttes déposées dans la région bulbaire avec un instillateur assez volumineux). On emploie des solutions de 1 à 5 %.

Ces injections et instillations ont pour effets, d’une part de détruire partiellement les germes saprophytiques qui peuvent nuire au gonocoque, d'autre part de provoquer une hypersécrétion qui vide les glandes et une desquamalion qui met en

PERYÈS LU

PL

liberté les germes endormis au sein des cellules. Il se produit un afflux considérable de polynucléaires, qui constituent avec les cellules détachées, un pus épais où l’on peut dans certains cas, le lendemain de l’opération, déceler des gonocoques jusque là dissimulés.

…. Lurétrite chimique ainsi déterminée n’est pas sans Luconvénients : les gonocoques réveillés peuvent reprendre une virulence nouvelle.

On a essayé d’autres irritants. ALEXANDER (1) emploie l'eau oxygénée, qui aurait l'avantage de donner un résultat immédiat, par l’effet mécanique du dégagement gazeux,

Des auteurs allemands ont étudié dans un but analogue les infections de solutions iodées, iodo-iodurées,

De Santos SAXE (167) emploie le nitrate d'argent pour provoquer lissue du gonocoque, non plus des glandes de l’urètre, mais de la prostate : il injecte XV gouttes de nitrate à 1 % dans l’urètre postérieur; si un écoulement est visible le lendemain matin, il l’examine, mais surtout, de 24 à 36 heures après l’instillation, il masse la prostate et examine ses sécrétions. Il prétend déceler le gonocoque, par ce moyen, dans la plupart des vieilles prostatites.

Les injeclions de liquides irrilants dans l’urètre constituent un moyen souvent efficace de provocation, facile à appliquer. Mais 19 elles ne sont pas inoffensives, el sont loujours désa-

gréables. .

29 elles n’ont de valeur que quand elle donnent un résultat,

posilif, ei dans le cas contraire, ne servent qu'à entretenir le’ calarrhe de la muqueuse.

39 elles changent complèlement la cylologie urétrale.

49 MuzLer (139) a proposé l’année dernière un moyen nouveau de réactivation :

On injecte dans l’épaisseur du derme 2 à 3 centimètres cubes d’une solution d’albumine extraite du lait. Il se produit une hyperleucocytose sans valeur diagnostique puisqu'elle existe même dans les cas guéris : puis, six heures après,

des picotements urétraux et l'augmentation rfette de l’écoulement. S'il y a encore infection blennorragique, la recherche du gonocoque serait alors positive.

L'auteur dit avoir expérimenté son procédé à l’hôpital maritime de Hambourg et ne l'avoir trouvé en défaut que 1 fois sur 100.

Les injections de lait ont déjà été employées dans le traitement de la blennorragie, de la conjonctivite en particulier ; elles agissent comme toute protéinothérapie ; l'effet signalé par l’auteur allemand doit correspondre à une véritable « phase négative » et s'explique par l'arrêt de la phagocytose.

9° C'est un effet de même ordre que produit une injection de vaccin antigonococeique. La méthode a sur la précédente l'avantage de pouvoir s'appeler « spécifique », nous y reviendrons plus loin (Vaccino-diagnostic) ; rappelons que l’introduction d’un vaccin approprié dans l'organisme infecté produit avant tout effet thérapeutique favorable, une aggravation de la maladie ; dans le cas particulier, l'écoulement reparaît, avec les germes pathogènes. :

Il faut malheureusement, dans les cas chroniques et latents, Imjecter de fortes doses qui donnent lieu à des réactions pénibles.

6° Nous n’hésitons pas à placer à côté des épreuves précédentes le massage de l’urètre sur béniqué, bien qu'il agisse d’une facon fort différente.

Dans les urétrites chroniques, certaines glandes de LITTRÉ, certaines lacunes de MorGAGNI, au lieu de se vider dans le canal, s’enkystent complètement : on ne peut plus les voir à l’urétroscope, et à la palpation sur cathéter, la plupart échappent, parce qu'occupant la paroi supérieure.

Le massage sur béniqué simple, avec l'instrument cannelé de JEANBRAU, ou la dilatation avec l'appareil de KoLLMANN, auront pour effet de rompre les kystes. Leur contenu septique reprendra une nouvelle activité, et on pourra trouver des gonocoques dans l’écoulement qui se produira,

ie A0

Pratiquée avec douceur et asepsie par un spécialiste, cetté méthode est précieuse et inoffensive.

Ce massage agit d’une facon analogue au coït, surtout si on le fait suivre d’une compression prostato-vésiculaire.

Tout en reconnaissant l’efficacité de la bière dans quelques cas récents l’activité de l’instillation irritante, c’est au dernier procédé que nous donnons la préférence. D'ailleurs, on pourra combiner plusieurs expédients, avec profit, si on sait éviter de nuire au malade par un excès de manœuvres 1rri-

tantes et traumatisantes.

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