‹ Le Contrôle de la guérison des blennorragiesChapitre 23 sur 43 · ET EN PARTICULIER PAR LA CULŸURE DU SPERME · texte numérisé non relu

ET EN PARTICULIER PAR LA CULŸURE DU SPERME

Nous avons vu combien la recherche directe du gonocoque est infidèle; même après réactivation, elle ne peut permettre une conclusion ferme; d'autre part, les procédés de réactivation eux-mêmes ne sont ni d’une efficacité constante, ni d’une innocuité absolue.

Dans les cas où ces méthodes ont échoué, et où les symptômes sont minimes ou nuls, les germes latents peuvent encore être décelés par la culture des sécrétions. RATHBURN et DEXTER (156) en résument ainsi les indications :

« Il y a de nombreux cas de blennorragies non guéries qui «n’ont pas de symptômes subjectifs, ni d’autres symptômes ‘objectifs que ceux qui peuvent être révélés par la culture «de: sécrétions provenant du tractus génito-urinaire, L’abs-

« sence de cellules de pus dans le produit d'expression d’une « prostate n’est en aucune façon une preuve de guérison d’une « prostatite chronique ; leur présence ne signifie pas non plus « l'infection gonococcique de cette glande, et même l’exis- « tence de diplocoques ne prenant pas le Gram n’est pas une « preuve de blennorragie prostatique ».

Nous ne ferons pas ici l'historique de la culture du gonocoque. Bien des milieux ont été proposés depuis que Bum, en 1887, réussit le premier à la pratiquer. Actuellement, 1l

est admis que le gonocoque, microbe très délicat, sensible au

froid et surtout à la chaleur (390), demande pour se multiplier des milieux contenant de l’albumine animale non coagulée, et de préférence d’origine humaine. Nous citerons seulement comme formules usuelles :

19 La gélose sanglante de BEZANÇON et GRIFFON (1/3 de sang humain non défibriné pour 2/3 de gélose fondue).

20 Le milieu de LUMIÈRE et CHEVROTIER (116) à base de moût de bière. additionné d’albumine et de sérum de cheval ou d'âne.

30 Le milieu indiqué par JULIEN dans sa thèse (87) : Ï

s Urine humaine non albumineuse ... 100gr.

Peploné mA Tia ne nues. lon CR Rs Ra drames eur dite 3 gr.

Giyéérimeé. 5... usure ven en D gr.

après stérilisation, on répartit en tubes et on ajoute dans chacun d’eux un quart de sérum humain stérilisé; on laisse solidifier en position inclinée.

40) OLiviero (144)emploie ce moyen simple : il recueille aseptiquement l'urine de son malade, et ajoute dans chaque tube à essai, pour 10 ce. de liquide, 1cc. de sérum de cheval.

Dans tous les cas, pour réussir, l’ensemencement doit être fait aussitôt après le prélèvement ; le maintien à l'étuve à 579 est nécessaire,

Désirant apprécier nous-même la possibilité du succès, nous avons ensemencé des tubes de gélose sanglante avec un pus de blennorragie récente, et nous avons eu la satisfaction d’obtenir, en 24 heures, une culture pure qui a été repiquée plusieurs fois avec succès : sur les premiers tubes, les colonies avaient l'aspect de minimes gouttes. d’huile, à peine grisâtres ; sur les derniers, elles sont beaucoup plus étendues, confluentes, plates, et présentent des reflets bleutés.

L’apôtre de la culture des sécrétions appliquée au diagnostic de la blennorragie est le docteur Guépin. En 1894, il commença à s’en servir de façon systématique : les prélèvements portaient sur la goutte urétrale, les filaments urinaires, le suc prostatique obtenu par massage. Les résultats l’encourageant, 1l publia beaucoup sur le sujet, et fit plusieurs communications à l’Académie des Sciences et à l'Académie de Médecine, en 1906, 1907, 1911, 19141. Depuis quelques années seulement, il est suivi par des chercheurs, en particulier LE- BRETON (95 à 100), BARBELLION (6 à 10), Juzren (87), qui, peu à peu, par leur activité incessante, ont triomphé de l’opposition souvent rencontrée, et réussi à faire admettre, au moins en principe, la valeur de la méthode. Mais GUÉPIN avait entre temps apporté à sa technique une importante modification : ayant établi par ses nombreuses analvses la fréquence du gonocoque latent et la conservation de sa virulence dans les glandes génitales, il fit porter ses examens, non plus sur les sécrétions recueillies par massage, mais sur le sperme éjaculé. En effet, mieux que toute compression digitale, l'orgasme vénérien vide les vésicules séminales et les acini prostatiques ; de plus, à ce moment se vident aussi les glandes de l’urètre. Il est indispensable que le sperme soit examiné et ensemencé vivant, il devra donc être prélevé avec des précautions aseptiques, être porté aussitôt au laboratoire, ou mieux encore être recueilli dans ce laboratoire même.

Les résultats obtenus sont impressionnants. LEBRETON (96) à la XIXe session de l'Association française d'Urologie

1, Voirindex biblicgraphique, numéros 57 à 63,

en Octobre 1919, publiait une première statistique de 15 ca, 2 concernant des blennorragies aiguës à la période terminale, et 13 des cas chroniques ; l'examen du sperme montra 2 fois des gonocoques directement, avec échec de la culture; 1 fois les deux procédés donnèrent le même résultat positif, et 12 fois la culture seule permit de déceler le microbe spécifique.

À la XX° session, en octobre 1920, il apportait les résultats suivants (97) :

10 sur 20 cas aigus, c’est-à-dire consécutifs à une blennorragie récente paraissant cliniquement guérie, la culture du sperme a montré l'existence de gonocoques gér'taux dans 15 cas (75 % ), alors que, parmi ces 15 cas, 3 seulement étaient positifs.à l'examen direct.

20) sur 73 cas chroniques, la culture du sperme a donné des résultats positifs dans 60 (82,5 % environ) alors que, parmi ces 60 cas, 1 seul fut positif à l’examen direct. Soit dans l’ensemble une proporlion de 80 %,.

Cette moyenne paraît ènorme, et les critiques ne firent pas défaut. JANET (82) émit des doutes sur la valeur des statistiques : il se demandait si des pseudo-gonocoques n’avaient pu induire en erreur les bactériologistes ; il s’étonnait aussi de n’avoir pas constaté «une véritable hécatombe de contagions féminines », si la blennorragielatenteétait vraimentsirépandue. Il suffit de se reporter aux chiffres accumulés dans notre introduction pour constater que l’hécatombe existe effectivement.

Sans doute, en employant les milieux de cul£ure cités plus haut, on risquerait fort de ne pas obtenir un pourcentage aussi élevé ; nous avons pu nous en apercevoir. Mais toutes les analyses de LEBRETON ont été effectuées à l’aide d’un milieu de culture spécial dû au bactériologiste FERRARI. Col attribuant les insuccès à la présence de substances immunisantes, pratique une sensibilisation de son milieu, qu'il prépare ainsi ;

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