OBSERVATION XIII
Malade N° 8910. Mor... Branco, 23 ans.
Intervention : Pneumonectomie gauche pour poumon détruit tuberculeux.
Anesthésie : Nesdonal : 1,20 ar., sonde de Carlens.
Intocostrine : 36 mars. Ë $
Protoxyde : donné de façon très discontinue à cause des phénomènes anoxiques.
Réanimation : 1,5 litre de sang.
T. A. : 10/6 au début, 6 en fin d'intervention.
L'anesthésie a été assez bonne jusqu'à la fin de l'intervention, où le malade a fait brusquement un choc avec troubles respiratoires importants. Les réflexes pupillaires et cornéens ne sont réapparus que deux heures après.
Analyse du tracé E.E.G. : Le tracé pré-opératoire à l'état de veille montre une activité alpha à 9 c/s, peu voltée, moyennement fournie, réagissant à l'ouverture des yeux. L'injection |. V. de 75 cgrs de Nesdonal montre, au bout de 30 secondes, de très grandes ondes lentes irrégulières de | à 2 c/s, pendant près de 4 minutes. Au cours de l'intubation qui entraîne des artefacts sur le tracé, les ondes persistent: on ne ‘trouve pas l'extinction du rythme habituellement observée après l'injection rapide de Nesdonal. En effet, on voit réapparaître une activité alpha à 9 c/s, de plus.haut voltage qui correspond d'ailleurs au réveil du malade. Cet état nécessite une nouvelle injection de 10 cgrs de Nesdonal et une deuxième intubation. En respiration contrélée, l'activité alpha à 9 c/s, ample, beaucoup plus qu'à l'état de veille, est très régulière ; bientôt la fréquence de l'activité de base augmente et passe à Il c/s ; le sommeil à ce moment paraît très superficiel, ce qui nécessite une nouvelle injection de 20 cgrs de Nesdonal. Bientôt l'amplitude du rythme diminue de moitié, ce qui correspond à un sommeil régulier malgré l'interruption du Protoxyde d'azote ; l'anesthésique est ensuite redonné en courtes bouffées. En même temps que la diminution de l'amplitude, on assiste à l'accélération de la fréquence, le rythme passant à 16 c/s. Devant ces modifications, on change la chaux sodée utilisée jusqu'alors : l'amplitude du
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rythme diminue encore, et à cette phase correspond une cyanose nette de la face et des pieds du malade ; on augmente ja quantité d'oxygène : bientôt la pneumonectomie est réalisée. À ce moment, on injecte 5 nouveaux cars de Nesdonal, ce qui fait à ce moment: un total de | gr. 30 : l'activité élecfrique n'est pas modifiée. La tension est à 10. Quand on reprend le Protoxyde, la fréquence demeure rapide à 16 c/s. Au moment de la fermeture du thorax, on diminue le pourcentage du Protoxyde d'azote, qui passe à 30 %.. Quelques minutes plus tard, on voit apparaître des ondes très lentes de 2 à 3 c/s en bouffées paroxystiques, durant de 3 à 5 secondes, se développant sur le même fond d'activité rapide. À ce moment, l'anesthésiste nous apprend que le malade respire spontanément une fois sur trois depuis une dizaine de minutes ; on conseille alors la respiration spontanée complète, ces ondes lentes disparaissent, et bientôt l'amplitude décroît de façon très intense, on trouve une activité presque linéaire, le malade hoquette et l'on avertit chirurgien et anesthésiste de cette brusque modification de l'aspect du tracé ; l'intense oxygénation est réalisée. Il n'existe à ce moment aucun signe clinique du réveil. || n'y a pas de réflexe palpébral ni réflexe cornéen, cependant l'activité électrique s'améliore progressivement, et l'on retrouve un rythme plus ample avec une fréquence de 12 c/s, ce qui correspond d'ailleurs à quelques mouvements du malade : il déglutit bientôt spontanément et la tension est à 13 pour un pouls de 160, Bientôt la fréquence passe à 9 par seconde : à ce moment-là, la respiration contrôlée est reprise ; l'activité élecrique se modifie, on note une fréquence de || c/s un peu moins ample ; bientôt le malade reprend une respiration spontanée régulière. On pratique une injection sous-cutanée de Prostigmine. Pendant une dizaine de minutes, on assiste ensuite à des modifications du tracé, des ondes lentes s'intercalant avec une activité très voltée et rapide, difficilement comptable. Durant cette période, on pratique à plusieurs reprises des aspirations bronchiques : on enlève la sonde de Carlens et on réintube le malade avec une sonde ordinaire. Bientôt le sujet respire à l'air libre, l'activité cérébrale reprend un aspect normal, les ondes lentes disparaissant et la fréquence étant à 12: bientôt le réflexe cornéen réapparaît, la fréquence tombe à 10 par seconde. Le malade répond à son nom, ouvre les yeux, le tracé offre alors l'aspect observé à l'état de veille, avant l'intervention. La tension est cependant à 6, et le malade en état de choc est ramené dans son lit 6 h. 45 après le début de l'enregistrement.
Conclusion : L'injection rapide de Nesdonal a entraîné une longue phase d'ondes lentes sans l'extinction du rythme habituellement observé ensuite. Les différents accidents survenus au cours de l'intervention se sont toujours accompagnés d'une baisse importante de l'amplitude, qu'il s'agisse de troubles respiratoires ou d'état de choc. Par contre, une activité électrique presque normale est réapparue bien avant la fin de l'état de choc, alors que la T. A. demeurait très basse. Enfin, il est à noter dans ce cas que l'activité de sommeil sous Protoxyde était représentée par une activité de 14 à 16 c/s.