Arch. Gironde L
7. 11 y a là une obscurité : c’est le 19 juin que la lettre de la Société de Bordeaux est lue au club de Montauban, et le 14 déjà, d’après les documents de Bordeaux, le club de Bordeaux a reçu la réponse de Montauban. Il faut admettre ou une erreur de date, ou que le Comité de correspondance du club de Montauban était composé d'amis de Jeanbon et a répondu à la Société de Bordeaux avant la séance publique du 19 où il espérait voir triompher Jeanbon.
… Lormière, Gossin aîné et Patel, se rendront à cet effet chez M. Saint- André qu’ils engageraient de suite à se rendre à la séance. Un des secrétaires a lu une leltre de M. Derey cadet ‘, citoyen de cette ville, résidant actuellement à Bordeaux qu’on a vivement applaudie. Des applaudissements réitérés ont annoncé l’arrivée de M. Jeanbon Saint- André à ia tête des commissaires qu'on lui avait députés. M. le Président ? l'ayant invité à monter près de lui, il a prononcé un discours où se trouvent peints ses vertus civiques, son amour pour la chose publique et son estime pour la société, il s’est plaint avec l'épanchement d’un cœur sensible de ce que certaines personnes n'avaient pas rendu justice à son attachement pour la Constitution et à son zèle désintéressé. Il a fini par interpeller les membres de l’Assemblée de dire si jamais on l'avait vu accaparer les suffrages pour se faire élire à aucune place publique. Les cris répétés de non, non, accompagnés des plus vifs applaudissements, en justifiant la conduite de M. Saint-André ont prouvé à ce digne et vertueux membre qu’on avait voulu ternir l'éclat de ses vertus civiques, que la Société n’a pas cessé un seul instant de lui rendre justice, M. le Président a répondu à son discours et l’a engagé à assister dorénavant à nos séances comme par le passé. Après quoi, et sur la motion de M. Latrobe jeune, il a été délibéré unanimement que le Comité de correspondance sera chargé de transmettre le procès-verbal de la présente séance à la Société des Amis de la Constitution de Bordeaux .» Le 24, au club, le président sortant annonce « que le résultat du scru- Lin pour la nomination du Président avait donné à M. Jeanbon Saint- André une très grande majorité de suffrages ; en conséquence, il a été proclamé président avec les plus vifs applaudissements. M. le Président a fait lecture d’une lettre qui venait de lui être remise à l'instant... par laquelle M. Saint-André annonce qu’il ne peut accepter la présidence. L'assemblée sur la motion de plusieurs membres arrête qu’une députation, composée de MM. Pages neveu, Patel, Lacaze et Belluc, se transporterait à l'instant chez M. Saint-André pour lui témoigner les regrets qu'éprouverait la Société à se voir privée de l’avoir pour président, et l’engager de la manière la plus forte, jusques à obtention, à se rendre aux vœux de l’Assemblée. La
1. Derey cadet, frère d’un notaire de Montauban, et, comme son aîné, ami de Jeanbon et son intermédiaire auprès de la Société de Bordeaux, sa lettre se rapportait sans doute à l'enquête faite sur le compte de Jeanbon à Bordeaux. Sur Derey cadet, voy. L2118, 2142 Arch. Gironde.
2. Le président, c’est Combes-Dounous. De religion protestante, né en 1758 à Montauban, avocat au Parlement de Toulouse et franc-maçon, chargé en 1789 de réclamer une députation directe pour Montauban aux États-Généraux à venir, et de plaider pour Montauban auprès du Comité de Constitution lors de la formation du département du Lot ; nous le retrouverons. Elu par le Lot aux Cinq-Cents le 24 vendémiaire an IV; réélu le 26 germinal an VII, rallié à Bonaparte, représentant du Lot au Corps Législatif de l'an VIII à 1804, juge au tribunal civil de Montauban en 1810, député de Tarn-et-Garonne aux Cent Jours, destitué de sa place de juge par la Restauration en 1816, réintégré en 1819, mort à Montauban en 1820 (Dicl. des Parlementaires et Arch. de Tarn-et-Garonne et de la commune de Montauban).
députation est partie de suite ». Elle ne trouve pas Jeanbon chez lui, revient à la charge le lendemain matin, et, le soir même, 25 juin 1791, Jeanbon est installé président du club ‘. A dater de ce jour, certains ennemis de Saint-André s’abstiennent de paraître au club ?, d’autres n’y viennent plus que rarement. Le lendemain, Jeanbon est nommé par les assemblées primaires électeur pour les élections LA l’Assemblée législative 5.
Voyons son attitude au fauteuil : le jour même où il en prit possession éclata dans Montauban la nouvelle de la fuite du roi; il y avait à peine deux mois que Poncet-Delpech communiquait à ses concitoyens la lettre de Louis XVI à l’Assemblée nationale du. 23 avril, et se portait garant de sa sincérité. La municipalité mit aussitôt la garde nationale en permanence *, ordonna de « se conformer aux lois décrétées par l’Assemblée nationale tant pour le payement des impôts que pour celui des patentes », défendit aux chefs de famille de quitter la ville sans autorisation ‘, et naturellement s’aida de la Société des Amis de la Constitution pour armer les citoyens, désarmer les suspects, se concerter avec Cahors et Toulouse ‘. Le rôle de Jeanbon, président du club, grandit d'autant. Quant à son jugement sur l’équipée de Varennes, nous le trouvons dans un docu-
1. Pp. 110 verso, 113, Reg. B de délibér. « M. Jeanbon ayant bien voulu se rendre aux vœux de la Société et s’étant trouvé présent à la séance, a été installé par M. Combes- Dounous ». Le ?2 juin, le club avait applaudi un discours « relatif à une lettre écrite par M. Jeanbon à M. Bagel cadet » (p.108, ibid.). Bagel étant un ennemi de Jeanbon, il y a là’évidemment une manifestation en faveur de ce dernier.
2. Bosquet nous le dit et nous les montre reparaissant au club en mai 1792, à ce mofnent pour les ramener on nommera plusieurs d’entre eux au bureau et il s’ensuivra de nouveaux incidents (collect. Galabert). Gautier, l’un d’eux, se réconciliera avec Jeanbon et deviendra un fougueux terroriste.
3. Les assemblées primaires sont convoquées par décret des 27-28 mai pour la période du 12 au ?5 juin, elles s'ouvrent à Montauban le 20. 2,892 citoyens actifs inscrits, répartis en huit sections, devaient nommer 29 électeurs (fol. 49 verso et 50, 3° Reg. municipalité). Les réactionnaires pensèrent un moment affronter la lutte (p. 103, Reg. B de délibér. du club). Jeanbon fut nomméjle 20, par l’assemblée de quartier du Collège qui avait 4 électeurs à désigner, nous ne sayons par combien de voix.
4. Arrêté du 25 juin 1791 (fol. 56 recto, 3° Reg. de la municipalité).
5. Même arrêté ; tous les aristocrates furent désarmés (papiers Bosquet, collect. Galabert).
6. Le 25 juin, le club décide que ses comités se mettront en quête de toutes les informations possibles relatives aux circonstances » (p. 114, ? Reg. ou Reg. B de délibér.); le 26, il reçoit de celui de Toulouse, sur sa demande, l'énoncé de toutes les mesures prises par la municipalité de Toulouse et les communique à celle de Montauban, il reçoit aussi du club et de la municipalité de Cahors l'exposé de ce qui s’est fait dans cette ville (pp. 114-116, ibid.). Le 27 juin, Jeanbon, président du elub, fait connaître à la Société comment ses comités ont averti toutes les Sociétés afliliées de la région « du retour du roi » (p. 118, ibid.).
ment postérieur ‘et dont nous reparlerons, dans une lettre du club aux Feuillants, lettre qu’il a rédigée. « Nous sommes loin, y dira-t-il, . d'approuver les idées exagérées que la fuite et le retour du roi ont fait naitre dans l'esprit de quelques citoyens, qui se sont bien plus attachés à la rigueur des principes qu’à la nécessité souvent insurmontable de les faire plier aux circonstances ‘. Même avant que l’Assemblée nationale ait prononcé, nous avions exprimé par une adresse le vœu formel de la voir user de clémence et s’attacher bien plutôt à prévenir pour l’avenir les fautes des rois qu'à punir celle dont Louis XVI s’est rendu coupable ? » ; et dans une autre adresse du 17 juillet à l’Assemblée nationale il rejettera la responsabilité du départ de Louis XVI sur les membres de la droite de cette Assemblée, « c’est par l'effet de leurs conseils, de leurs complots, de leurs manœuvres que ce prince est devenu parjure et malheureux, Sans eux, la plus belle des révolutions se fût opérée sans ébranlement, les peuples seraient heureux et Louis XVI n’eût point affaibli par de fausses démarches le respect que tous les citoyens se plaisaient à lui témoigner » *. En somme, Jeanbon s’en prend aux conseillers du roi, et non au roi même, de ce que, par un euphémisme très politique, il appelle « de fausses démarches » ; et pourtant il ne considère pas le départ de Louis XVI comme un enlèvement, son esprit aime trop les situations nettes pour se plier à cette hypothèse absurde, il conclut à une responsabilité mitigée, et espère que soustrait aux influences mauvaises le roi reviendra à une plus sainé appréciation des choses. Conformément à cette opinion, quand le 29 juin, après que le club a voté à l'unanimité une adresse de soumission et de reconnaissance à l'Assemblée nalionale ‘, une proposition demande qu’on établisse la responsabilité de Louis XVI, qu’on revise la liste civile et le douaire de la reine, Jeanbon lève brusquement la séance *. Une autre motion
1. Le principe d’une adresse à l’Assemblée nationale a été voté par le club le 27 juin pour demander la punition des « auteurs, complices ou participes de l’enlèvement du roi » (pp. 118-119, Reg. B. de délibér.) ; nous n’avons pas cette adresse, mais le 15 juillet, on lit au club une lettre de Poncet-Delpech du 10 annonçant que l’Assemblée nationale a applaudi à l’adresse des citoyens de Montauban qui demandent « la punition des coupables auteurs de l'évasion du Roi » (p. 139, Reg. B. de délibér.). Remarquer la différence entre les termes « enlèvement » et « évasion ». Nous ne savons si Jeanbon a été le rédacteur de cette première adresse.
2. « Lettre de la Société des Amis de la Constitution de Montauban à la Société des Amis de la Constitution séante aux Feuillants à Paris », signé « les membres du comité de correspondance, Jeanbon Saint-André président ». À Montauban, chez Fontanel, imprimeur de la Société des Amis de la Constitution, 1791 (collect. Em. Forestié).
3. « Adresse envoyée à l’Assemblée nationale au nom de 1670 citoyens de la ville de Montauban sur la protestation faite par 290 députés, membres de ladite Assemblée, avec leur adhésion formelle aux décrets de l'Assemblée nationale » (in-8?, Bibl. nat., Lb239, n° 5112). Jeanbon l’a lue lé 17 juillet au club (p. 142, Reg. B. de délibér.).
4. Le 27 juin. Le 3 juillet, on délibère « vu l’urgence de circonstances, d'ajouter au serment que prêtent les récipiendaires la promesse de maintenir les décrets de lAssemblée nationale sanctionnés ou non sanctionnés », et l’on prête de suite ce serment (p.125, ibid.).