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bition, fanatisme démocratique, ou clair-voyance politique, toujours estil que Jeanbon se sépara de la bourgeoisie et se révolta contre l’hégémonie qu’elle exerçait à Montauban. Quand il se vit en butte à son hostilité à la suite de cette séance, il s’écarta et ne parut plus au club. Or, précisément en 1791, la bourgeoisie, d’ailleurs conservatrice par caractère, était dans tout le pays satisfaite et lasse, elle s'était. épuisée à mener la course révolutionnaire, elle avait atteint le but qu’elle se proposait, les droits politiques, se refusait à le dépasser et glissait au repos, c'était un parti vieilli; en revanche, le peuple qui n'avait point encore goûté du pouvoir et qui débutait dans l'agitation, le peuple était ardent, avide de jouer un rôle, il avait la force et la volonté de continuer la Révolution, c'était la jeunesse, et l’avenir lui appartenait. A Montauban, dans cette ville de commerce et d’industrie où l’élément populaire était considérable, juste dans les premiers mois de 1791 affluèrent au club ceux des détaillants, contremaîtres, et ouvriers qui étaient de religion protestante, et comme tels disposés à accepter les idées nouvelles‘. Ils allaient y déborder les bourgeois, et en face de la réaction catholique, substituer aux efforts alanguis, aux rancunes religieuses bien accalmies de leurs riches coreligionnaires, leur ferveur nouvelle et les colères de leur fanatisme encore inassouvi ; ils allaient donner définitivement au mouvement révolutionnaire un caractère démocratique et toujours plus hostile au
catholicisme des insermentés ?. Avec eux pénétraient dans la Société
les prêtres constitutionnels dont la doctrine, mutilée du dogme essentiel de l’obéissance au pape et toute pénétrée des principes de la Déclaration des Droits, devenait une religion morale et civique, sympathisant avec les humbles, et d'esprit démocratique, comme le protestantisme; eux-mêmes, recrutés comme le clergé protestant par l'élection, ne vivant comme lui que par la Révolution, victimes des mêmes fureurs et menacés du même sort en cas de réaction s’unissaient partout aux pasteurs *. Aussi Jeanbon, chassé du club par les
Bordeaux). Déjà le 24 octobre 1790 on avait protesté au club de Montauban contre le marc d'argent (fol. 16 verso Reg. A), voy. aussi un discours de Gautier président au 14 novembre 1790 (fol. 28, ibid.), et une délibération du 22 mai 1791, supprimant le
- nom de « valet » pour les métayers de la campagne parce que c’est une qualification
injurieuse (p. 78, Reg. B. de délibér.).
1. Sur le Registre du Comité d'admission de janvier à mars apparaissent près de cinq cents individus de la classe populaire, la plupart protestants.
2. Sur cette association du fanatisme calviniste et de l’ardeur démocratique chez les clubistes montalbanais, voy. toute la suite. Le fait est d’ailleurs général : c’est au Temple-Neuf que siège le club de Strasbourg en 1792; « c’est parmi les calvinistes que sont en France les plus ardents amis de la Révolution » (Correspond. secrète éditée par de Lescure, 26 avril 1792, t. IL, p. 593). Le 10 mai demeure dans l'esprit des contemporains une des journées néfastes marquées par les crimes du fanatisme. Voy. le 27 août 1792 la fête que célèbre Paris en l’honneur des morts du 10 août (Révolution de Michelet, édit. de 1879, t.. IV, p. 382).
3. Le second président en date c’est « le Rév. Père Ginestet, jacobin honorable ». Quantité de manifestations de ce genre aux Registres du club. De même, dans la région : le 12 janvier 1791 une députation des deux clubs de Moissac reçue par celui de Montauban a pour orateur « Lataillède prêtre » (fol. 41 verso, Reg. A).
bourgeois, va peu après y rentrer en triomphe porté par l’élément populaire. Une circonstance le servit, les troubles qui, en avril et mai, reprirent de plus belle. Le club avait eu la pensée de célébrer l'anniversaire du 10 mai, et se souvenant qu’à une des victimes de cette journée, un catholique nommé Duchemin, le clergé avait refusé la sépulture, il avait décidé de faire à ce citoyen des funérailles solen- . nelles en terre sainte. 11 renonça, après réflexion, à toute commémoration du 10 mai ‘, mais le 11 avril il célébra les obsèques du martyr de la liberté ; au retour, des provocations de ses adversaires aboutirent à une rixe sanglante ?. Le 8 mai, l'installation des assermentés dût être faile par la force armée au milieu des lamentations et des colères *, les insultes : « renégats, aristocrates », furent prodiguées de part et d’autre ; après les échanges de gros mots, les échanges de coups; cette fois les patriotes eurent l’avantage, obligèrent les aristocrates à fuir la ville, l'imprimerie de l'eulières fut mise à sac le 15 juin, lui-même fut obligé de se réfugier à Cahors et la municipalité dut promettre aux réactionnaires protection pour les rappeler “. Cet élat de choses favorisa l’ascendant des exaltés, c’est-à-dire des démocrates, des partisans de Jeanbon. Le 1° juin, sans doute à leur instigation, la Société des amis de la Constitution de Bordeaux écrit à celle de Montauban « sur le compte de M. de Saint-André * », le 14, elle recoit une réponse l’assurant que le club de Montauban « partage les sentiments que la Société a manifestés pour M. Saint-André dans la lettre qu’elle a écrite en faveur de ce bon citoyen © ». Aussi, le -19 juin, au club de Montauban se passe une scène curieuse : « Sur la lecture qui a été faite de la lettre de la Société des Amis de la Constitution de Bordeaux au sujet des calomnies que certains individus avaient osé répandre sur le compte de M. Jeanbon Saint-André ?, M.lzarn a faitla motion de nommer dans l'instant quatre commissaires pour engager M. Saint-André de continuer à assister à nos séances. Sur quoi l’Assemblée a délibéré que MM. Delorme, Delon-
À Annonay, le pasteur Kœænig, dans un discours imprimé par ordre du club, dit : « Honorez vos pasteurs constitutionnels » (Bulletin de la Soc. d’hist. du protestantisme français, 1886, p. 523).