e Reg. corresp. du club. Reg. C
3.16 p., in-8, chez Fontanel, imprimeur de la Société des Amis de la Constitution (collect. Ém. Forestié). Certains l’ont attribué à J-F. Pradel (v. P. de Félice, Sermons protestants, p. 44) : par le style, les idées, il se rapproche des précédents sermons de Saint-André; écrit dans une langue facile qui contraste avec celle de Pradel, il vient le 9 octobre après cette séance du club du 6 où lon a demandé « un écrit analogue à rétablir la paix et l’union, et surtout l’indulgence », et Benedict Prevost l’attribue nettement à Jeanbon. Voy. sur d’autres manifestation du même genre, A. Lods, L'Église réformée de Paris pendant la Révolution. Bulletin du protestantisme français, 1889, p. 360.
Seulement ne vous faites pas de celte liberté un prétexte d’agir selon la chair; au contraire, assujettissez-vous les uns aux autres par - la charité » (Galates, 5, 13). Les idées qu’il développe, il les avait déjà énoncées sous forme moins nette, moins affirmative dans son sermon du 26 juillet 1789. Les hommes, dit-il en résumé, ont la liberté spirituelle depuis que le christianisme et surtout le culle réformé les ont affranchis des superslitions et des préjugés. Les hommes sont appelés à la liberté civile par la nature, par la religion, par la société; aujourd’hui, ils l'ont, la Constitution la leur assure. Mais il ne faut pas agir selon la chair, c’est-à-dire mépriser l’ordre et la morale, la justice et l'humanité ; la liberté doit être un motif de soumission à la loi, et d'amour pour la patrie, et un troisième devoir que nous impose la liberté, c’est de nous aimer réciproquement : « assujetlissez-vous les uns aux autres par la charité. » Enfin, nous devons adresser à Dieu l'expression de notre reconnaissance pour son intervention dans lés derniers événements et appeler ses bénédictions sur l'Etat, l'Eglise et la Constitution. Comme on le voit d’après cette analyse, Jeanbon n’abandonne pas du tout ses idées très radicales !, et ce sermon contient la plupart de ses théories philosophiques et politiques telles que nous les avons énumérées plus haut. Mais à côté se trouvent des vœux en faveur de l'harmonie et de la fraternité : « la bienveillance pour le prochain est un devoir particulier de l'homme libre, et ce serait abuser de la liberté que de s’en prévaloir, sans nul ménagement pour ceux qui, égarés, séduits par l’erreur ou par le mensonge, ont méconnu d’abord les avantages de cette belle prérogative. — Fermons nos cœurs à la haine, terminons nos discordes fatales. » Il y a eu bien des excès dans la Révolution, mais c’est un accident inévitable dans les grandes commotions de ce genre, maintenant il faut observer «la soumission à la loi et le respect pour le magistrat qui en est l'organe ». Jeanbon dit même que, s’il y a eu précédemment de mauvais gouvernements en France, ils sont dus à l'absence de Constitution et non à nos rois dont il reconnaît « la sagesse et la honté ».
Ainsi les révolutionnaires de Montauban chassaient le souvenir du 14 juillet 1789, celui du 10 mai 1790 et de toutes les querelles qui avaient suivi, ils ne demandaient qu’à se rapprocher de leurs concitoyens. Jeanbon, moins clairvoyant qu'après le 14 juillet 1789, pensait que Louis XVI, ce souverain ramené de Varennes sous escorte, consentirait à remplir ses devoirs de roi constitutionnel, ne serait pas infidèle à cette constitution qu’on lui avait imposée. Jeanbon croyait à la sincérité du prince el il restait obstinément royaliste.
1. C’est là qu’il expose les raisons de la liberté de l’homme, l'hypothèse du contrat social, la doctrine de l'égalité naturelle (déjà citées). Dans ce sermon, « tout autorisé qu’il fùt par l’approbation des classes ouvrières, il sut ménager encore ceux dont les suffrages pouvaient lui être utiles dans un avenir prochain », dit Benedict Prevost, il s’agit sans doute des bourgeois. Signalons que peu après, le 16 octobre, Jeanbon, toujours soucieux de ses intérêts, demandait au Consistoire de porter son traitement à 2,000 livres. Le Consistoire y consentit d’ailleurs « unanimement. à compter du 1er janvier » (pp. 82-83, Reg. n° 18).