Lettres du 8 juin, du 4 mai, à la municipalité
6. Il ne se gêne pas, d’ailleurs, pour desservir l'administration départementale à Paris. Clavière, le ministre des finances, est, dit-il, « étonné, avec raison, que le département du Lot soit un des plus arriérés pour la remise des rôles, et il a voulu
il conseilla même à ses collègues de « quitter un département dont toutes les parties vous traitent en ennemis » !, reprit le projet de rattacher Montauban à la Haute-Garonne. Les dégoûts que lui firent éprouver dans l'exercice de sa mission, l’Assemblée, la députation du Lot, l'administration du département et le régime administratif établi, ne purent qu'augmenter son désir de voir tout cela faire place à une Convention nationale où il défendrait les intérêts de ses concitovens et à un système de gouvernement plus pratique. ; Enfin, les nouvelles de Montauban fortifièrent les tendances révolutionnaires de Jeanbon : la réaclion n’était pas complètement vaincue, ses efforts élaient favorisés par la cherté du blé ?, les employés des postes décachetaient les lettres que Saint-André envoyail à sa femme et au Consistoire, ou les interceptait *. Nous avons dit quelles protestations il avait soulevées dans le parti feuillant par ses jugements sur la Législative; pendant son absence, ses ennemis étaient rentrés dans le club en profitant du désir qu'avaient les patriotes de mettre fin à toute scission, trois d’entre eux portés au bureau le 13 mai s’efforcèrent immédiatement d'empêcher la lecture dans la société des lettres que la municipalité recevait du délégué de la commune dans la capitale et demandèrent qu’il fut rappelé; battus sur ces deux questions, ils revinrent à la charge quatre jours après “. Le district
en pénétrer les causes. Je lui ai dit là-dessus ce que j'ai cru vrai et utile; mais j'ai cru pouvoir l’assurer, que la municipalité de Montauban était en règle » (28 mai à la municipalité).
1.2 mai, à la municipalité, et avant lettres des 11 et 13 avril.
2. Dans la plupart de ses lettres à la municipalité il laisse percer ses inquiétudes à ce sujet : « Les malintentionnés sont si ardents à profiter de la disette et des malheurs publics pour exciter des désordres ! » (lettre du 20 mai). Effectivement, le blé qui le 24 mars coûtait 26 livres 15 sols vaut lé 30 juin 35 iivres 10 sols (Nouvelles intéressantes, 2 année, n° 27), et le décret ordonnant la déportation des insermentés en cas de troubles qui est du 27 mai, ne fit qu'augmenter les colères.
3. 6 juin à la municipalité, 15 mai au Consistoire. Sur « Lautier ancien receveur de la poste aux lettres... suspect d'avoir servi dans ses fonctions la cabale aristocratique », voy. L?6 Arch. Tarn-et-Garonne. Une lettre de Jeanbon à la municipalité du 8 juin mentionne les mêmes faits à Castres et Toulouse. Voy. aussi Aulard, Jacobins, t. III, p. 555.
4. « Journal des séances des Amis de la Constitution de Montauban, commencé le dimanche 13 mai 1792 », par Pierre Bosquet, et s’arrêtant malheureusement au 19 mai : le 13 mai, « M. Sartre aïné céda le fauteuil à M. Gautier, juge de paix... Les deux secrétaires nommés furent MM. Bagel cadet, fils d'Isaac Bagel, et Fontanel fils cadet..... Le président tâcha... d'éluder la pétition de l’assemblée relativement à la lettre que la municipalité avait reçue de M. Jeanbon, officier municipal, envoyé à Paris; cette pétition fut mise aux voix, et, quasi à l’unanimité, demandée pour être lue au club, il évita, ainsi que cela se pratique, de dire : que ceux qui sont d’un avis contraire veuillent le témoigner ou le manifester en levant leurs chapeaux. Le sieur Bagel cadet, secrétaire, proposa de faire une pétition à la municipalité tendant à ce qu'elle rappelât M. Saint-André de Paris. Le président, voyant que cette motion n’avait point été appuyée, dit qu'il ne fallait point s’en occuper et que cela regardait la municipalité. Sans doute qu’on s’apercevra dans toutes les séances suivantes de leur haine contre un homme si estimé et si généralement chéri de tous les bons patriotes. Leur grande jalousie contre M. Saint-André ne se manifeste qu'à cause de la supériorité de connaissances et de s'exprimer qu'il a sur ce président et
s'opposait à l'acquisition par les protestants de l’église des Carmes, soit hostilité contre les démocrates et contre Jeanbon chargé de négocier l'affaire à Paris, soit qu’à ses yeux il y eût là une provocation visà-vis des catholiques, partie de la population etde la garde nationale se rangeait à son avis, le Consistoire s’en effrayait, plusieurs des fidèles demandèrent qu’il fût sursis à l’entreprise ‘.
A la protestation des constitutionnels montalbanais relativement àses jugements sur la Législative Jeanbon riposta par de nouvelles diatribes à l'égard de l’Assemblée, il encouragea la municipalité à la vigueur et n’atlénua nullement les appréciations sur la politique générale qu’il adressait à ses collègues, au club, et à ses amis. Il'est vrai qu’à deux reprises il blâma des excès commis par certains clubistes sur des contre-révolutionnaires et désavoués par le club même ?; les réactionnaires, disait-il, « malgré leur conduite antérieure, n’ont pas perdu le degré de protection que la société garantit à chacun de ses membres » et il envoyait à la municipalité un véritable prêche contre l'emploi des violences vis-à-vis de la réaction. Cette correspondance, les circulaires qu'il rédigeait au nom des Jacobins pour les sociétés affiliées et. qu'on lisait ensuite à Montauban, pénétrèrent ses partisans d’une admiration fanatique pour lui et d’un zèle extrême *; lui-même recevait l'écho dans des lettres, dans des
deux secrétaires. Sans doute que leur but d’être promus à ces dignités n’était que pour prouver à deux ou trois membres du département du Lot, que nous attendions à Montauban, que le club faisait un grand cas d'eux, et qu’il les estimait et chérissait; mais le seul et véritable motif des membres patriotes qui donnèrent leurs voix pour. leur élection fut l'espoir de réunir dans leur sein ce même M. Gautier et autres membres qui, depuis l'élection à la présidence de M. Jeanbon, n'avaient plus mis le pied dans la salle des séances, d’autres très rarement » (collect. Galabert). Jeanbon, dans ses lettres à la municipalité du 13 et du 22 avril, regrettait de ne pouvoir encore revenir (l'affaire de l’Institut n'étant pas terminée); d'autant plus que « dans la capitale les dépenses sont horribles ». Le 9 mai, il demandait s’il pouvait rentrer, le Comité d'instruction publique ayant fixé l’Institut du Lot à Montauban; mais le 15 le conseil général de la commune décidait qu'il devait rester à Paris jusqu'après discussion du plan Condorcet (fol. 52, 22 reg. de délibération du conseil général).
1. Brouillon de lettre du Consistoire à Jeanbon du 5 mai (Arch. du Consist. Montauban).
2. « Ces actes de vengeance sont horribles » (lettre à la municipalité du 11 avril). Le club se plaint à lui, le 24 avril, du zèle patriotique trop agressif des jeunes gens de Montauban : « chacun doit prêter son organe à la voix impérieuse du devoir. Que n'êtes vous ici, frère et ami, pour nous faire entendre la vôtre » (2 reg. de corresp. du club). Lettre de Jeanbon à la municipalité du 16 mai.
3. 11 ne négligeait rien pour se conserver leur attachement (lettres très amicales, surtout du 19 mai). Il. a écrit au club de le tenir au courant de ce qui se passe à Montauban (22 avril, reg. C. du club). D’autre part, le compte rendu des séances du club par Bosquet cité plus haut montre l’admiration de la société pour lui, et combien ses lettres y étaient désirées ; le 9 avril, les 6 et 19 juin, le club le remercie avec effusion de sa correspondance (reg. C.). Le 22 avril, le club priant Jeanbon de lui faire part des lumières et des sentiments des patriotes de Paris ajoute : « transmettez-les à nos âmes, ils n'auront rien perdu en passant par la vôtre » (2° reg. corresp. du club).
adresses, de cette tempête qu'il déchaïinait ! et devait en être plus décidé, plus exalté. Quant aux membres du Consistoire il leur écrivit : « Le parti que l’on veut prendre n’est ni honorable ni prudent. II n’est point honorable, car il suppose dans nos décisions une versatilité peu digne d'hommes qui réfléchissent. Il n’est point prudent, car il annonce aux ennemis de la chose publique que nous croyons la loi impuissante pour nous protéger, et dès lors c’est leur dire qu'ils peuvent nous attaquer impunément au lieu où nous nous rassemblons comme dans l’église des Carmes et partout. Ce n’est pas l’édifice où vous vous renfermez qui fera votre sûreté, c’est la force de la loi, et la loi est certainement assez forte pour que vous n'ayez rien à craindre. Je n’ignore point que quand la frayeur s'est emparée des esprits, on ne les rassure pas par des raisons. Aussi suis-je loin d'espérer que ma lettre opère quelque chose sur les personnes prévenues, mais j'ai dû vous l'écrire afin de vous faire connaître que, fidèle à mes principes, je ne m’en écarterai jamais, afin même, j'ose le dire, de vous donner, en ma qualité de pasteur, l'exemple d’une courageuse fermeté et d’un attachement inviolable aux engagements déjà contractés ?. » Le Consistoire ayant répondu : « nous sommes convaincus ainsi que vous que la loi est en notre faveur, mais il est des temps et des circonstances qui doivent empécher des gens prudents de jouir du bénéfice de la loi », Jeanbon réplique : « Ne nous abusons point, ne nous faisons point d'illusion. Depuis le commencement de la Révolution jusqu’à présent, les malintentionnés n’ont cessé de rejeter sur les protestants le blâme de tout ce qui s’est fait; le Journal général de France, le Mercure et tous les journalistes aux gages de l'aristocratie répètent jusqu’à satiété cette inculpation. Ils la répéteront encore et elle ne sera abandonnée que quand l’espoir d’une contre-révolution sera entièrement dissipé : jusque-là votre sort sera incertain ou, pour mieux dire, si la contre révolution se faisait, vous en porteriez la peine, vous et le clergé coustitutionnel. Victimes désignées, vous n’échapperiez pas au fer meurtrier, et ceux d’entre vous qui auraient la préférence dans cette horrible catastrophe seraient ceux qui auraient exercé des fonctions - judiciaires, administratives ou militaires. On ne vous demanderail pas si vous avez été ou non dans telle église : ce serait pour nos ennemis la chose du monde la plus indifférente, et leur grand objet serait de se débarrasser de vous, en quelque lieu que vous eussiez caché votre culte; car ce n’est point du tout à votre culte qu’on en veut, mais à vos principes. Maintenant, je vous demande où est cette
1. 9 et 18 avril, motions au club en faveur des soldats de Châteauvieux (reg. C. et 2° reg. corresp.). Jeanbon ayant, le 27 avril, engagé les citoyens à faire un don patriotique, Montauban offre à la nation 2,378 livres 20 sols en espèces ou effets d'or et d'argent et 9,273 livres en assignats (procès-verbal de la Législative, t. VIIT, p. 510). Le ? juillet, le club décide « au sujet d’une proclamation du Roi qui inculpe le peuple de Paris, qu'il sera fait un pendant à cette afliche qui dévoilera les sentiments prévaricateurs de ce représentant héréditaire » (reg. C. club).