‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 16 sur 889 · CHEZ LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

CHEZ LES JÉSUITES

de toutes les faveurs du pouvoir ‘. André y fut envoyé, soit qu'Antoine Jeanbon tint pour son second fils à une éducation libérale ?, soit qu'en ce temps de persécution il s’y crût obligé *. Comme l’enfant se refusait d’abord à toul effort, son père un jour le prit par la main

et le conduisit au chef de son atelier, auquel il dit : « Je amène mon

fils, tu lui feras carder la laine comme un simple ouvrier, et, s’il ne travaille pas comme il faut, voici un fouet avec lequel tu le chàtieras #. »

Les velléités de paresse d'André ne résistèrent pas à de telles menaces, il montra bientôt un esprit vif, ses progrès furent rapides ; au reste ses discours, ses écrits, prouvent la solidité de ses études, et, dans le cours de la vie, au milieu des circonstances les plus critiques, sa curiosité d’esprit restera en éveil. Il s’attacha avec une véritable tendresse à un condisciple, Pascal Bosquet, et à l’un de ses maîtres; après avoir quitté le collège de Montauban, il écrira au premier, songeant au jour où ils se retrouveront : « heureux jour, puissè-je voir bientôt ton approche pour jouir de la satisfaction de revoir le plus cher de mes amis....... Avec quelle ardeur, je me: prépare à t’embrasser et à te prouver l'amitié sincère qui m’a toujours uni à toi °», et « tu voudras bien faire recevoir au cher mentor qui éleva notre enfance et mes respects et mes adieux ; ce mortel chéri des cieux mérite bien, par les bontés avec lesquelles il contribua à notre éducation, de vivre à jamais dans notre souvenir © ». EL les deux amis édifièrent des rêves d'avenir, sans doute de ces fiers desseins qui s’effacent dès l’entrée dans la vie, en face de la réalité : « Les demandes que tu me fais, écrira-t-il à Pascal, une fois sorti du collège, sont bien au-dessus de mes forces. Je n’ai ni assez de tenue ni assez de génie pour m'en acquitter, je n’y renonce cependant pas..... adieu, n'oublie jamais ni Jeanbon, ni les projets que tu formais avec lui. » N'y a-t-il dans ces lignes que les effusions d’un lyrisme sentimental à la Rousseau, ou l'indice de cette floraison de sentiments et d’imaginations qui éclot fort éphémère dans chacun, à cette heure de la jeunesse? Faut-il y voir plutôt la marque d’une

1. G. Bourbon, Essai historique sur le collège de Montauban, depuis sa fondation jusqu’en 1799, t. LV, p.185 du Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et- Garonne. D'après un état sans date, le collège recevait du roi une pension de 2,800 livres (Arch. commun. Montauban, série DD).

2, Sainte-Beuve, p. 141. — Le fils ainé devait succéder plus tard à son père dans

° son industrie.

3. Voy. Annuaire à l’usage des églises protestantes de l'empire français, par Rabaut le Jeune, 1807, in-8, p. 410.

4. Sainte-Beuve, p. 142; Nicolas, p. 3. — Oraison funèbre de Jeanbon.

5. Lettre de Bordeaux, 30 septémbre 1765, collection Galabert.

Au même, de Bordeaux, le 14 octobre 1765 : « je viens t’adresser mes plus tendres adieux, je te prie de les recevoir comme venant d'un ami qui te fut toujours attaché; mon cœur désire avec ardeur d’être de retour de ce voyage, il se flatte de jouir dans ce temps du bonheur de te voir, de t’embrasser..... » (Collection Galahert).

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