Même lettre
3, Ce décret autorisait les municipalités : « 1° à faire des visites domiciliaires pour rechercher les armes, et pour faire état des chevaux et chariots inutiles et susceptibles de servir dans la guerre; 2° à désarmer les gens suspects et à donner leurs armes aux défenseurs de la patrie ».
4, Albouys, né à Cahors en 1750, juge au tribunal du district de Cahors, mourut à Paris le 1er juin 1795 (Dict. des Parlementaires).
5. Blaviel, Antoine-Innocent, né le 2 février 1757, à Cajarc (Lot), de Marie Innocent Blaviel, ayocat au parlement et premier consul, et de demoiselle Marie Salingardes ‘mariés à Cajarc (Registres de mariages tenus par le clergé à Cajarc), homme de loi à Cajarc, remplaça Caila à la Convention, député du Lot aux Cinq Cents jusqu’en 1798, mort à Cajarc en 1842 (Dict. des Parlementaires). Sartre, Marc-Antoine, né à Bruniquel (Tarn-et-Garonne), le 26 août 1760, de famille protestante, mort le 2 octobre 1831 à Laverrouille, eommune de Bruniquel, propriétaire à Bruniquel, rédige le cahier des doléances de Bruniquel, est député à la sénéchaussée pour l'élection des députés de celle-ci, puis élu par la sénéchaussée pour prendre part à l'élection des députés du Quercy aux États Généraaux, membre du Comité patriotique de Bruniquel, maire de cette commune, membre du Directoire du district de Montauban, nous le retrouverons au cours de ce récit. Souilhé, né à Paulhac (Haute-Garonne), en 1763, député du Lot aux Cinq Cents, hostile au 18 brumaire, puis rallié, devint inspecteur dans la dixième division militaire (Dict. des Parlementaires).
Après l'élection des députés, le 10 septembre, l'assemblée électorale entendit lecture de deux adresses, l’une « aux membres fidèles de l’Assemblée législative », l’autre aux citoyens du Lot, dont elle avait décidé le principe quelques jours auparavant ‘. Nous les attribuons toutes deux à Jeanbon Saint-André : leur rédaction avait été confiée au bureau, Jeanbon, président de ce bureau, auteur jusqu’alors des écrits politiques du club de Montauban, discoureur , infatigable en toute circonstance, dut saisir avec empressement cette occasion d’être l'interprète des électeurs auprès de l’Assemblée législative et de leurs concitoyens, de plus, les deux adresses sont de trop grande importance pour avoir été confiées à un inconnu comme le secrétaire, les idées en sont trop avancées pour appartenir à Blaviel ou Bouygues, et il est peu probable que Monmayou soit sorti en ce jour du mutisme qui a été la règle de toute sa vie politique; enfin, Jeanbon est désigné nettement dans le procès-verbal comme ayant fait lecture lui-même de la seconde. Aux membres fidèles de la Législative il dit : « Vous avez défendu courageusement la patrie, vous l'avez sauvée. Dans cette nuit qui eût pu devenir si désastreuse... vous vous êtes élevés au-dessus de vous-mêmes, et vos décrets régénérateurs ont préparé cette Convention nationale qui va faire justice d’un pouvoir exécutif parricide et réformer les vices d’une Constitution que ses auteurs avaient préparée pour être dans les mains d’un monarque pervers l’arme oppressive de la liberté. » N’y a-t-il pas là en même temps le programme que tout le pays indique à l’Assemblée qui va paraître, et une sentence rigoureuse prononcée à l’avance contre le roi ?? L’adresse aux citoyens du Lot leur annonce que l'assemblée électorale a prévenu les députés des responsabilités qui pèsent sur eux: « Nous leur avons dit que ce ne serait pas impunément qu’ils tromperaient voire espoir et le nôtre et que si l'estime publique était le juste salaire réservé à leur incorruptible civisme, la honte et l’opprobre seraient le prix de leur prévarication °.…. Mais tandis qu’ils vont
1. La rédaction de ces deux adresses avait été décidée par l'assemblée électorale le 5, d’après son procès-verbal le 4. L’assemblée, après lecture, en ordonna l’impression à la suite de son procès-verbal.
8. Noter que le 4 septembre 1792, l’Assemblée législative avait prêté le serment de haïne éternelle à la royauté. Peut-être ce fait était-il connu à Montauban le 10, date de la lecture de cette adresse à l’assemblée électorale.
3. Cf. ce que Jeanbon écrit de Paris à la municipalité le 18 avril 1792, sur le droit de chaque citoyen à critiquer ses gouvernants, et le discours des députés du club à l’assemblée électorale le 6 septembre sur «la publicité, sauvegarde du Peuple ». Cf. aussi Marat à la même époque, au n° 683 de l’Ami du Peuple (Bibl. Nat., Le?, n° 282) : « il importe que la Convention nationale soit sans cesse sous les yeux du peuple, pour qu’on puisse la lapider si elle oublie ses devoirs. »
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porter les derniers coups au despotisme quels devez-vous être,
citoyens, pour seconder leur zèle et le rendre utile ?. ... Desennemis extérieurs nous assaillent, la terre de la liberté a été profanée par eux, leurs armes impies ont porté la désolation et la mort. Mais les défenseurs de la patrie, les troupes de ligne et les gardes nationales sont là... Vous avez d’autres ennemis à combattre... ces ennemis intérieurs qui, se glissant parmi vous, se couvrant du masque du patriotisme, ébranlant les droits sacrés de la propriété, de la sûreté, remplissent vos esprits de terreurs religieuses et veulent vous conduire à l’anarchie en vous engageant, s’il leur était possible, à porter les atteintes les plus funestes à la liberté politique, civile et religieuse... Citoyens, nulle société ne peut subsister sans le respect le plus inviolable pour la propriété. La déclaration des droits de l’homme, cet évangile politique si cher à tous les Français, consacre ce principe fondamental... Est-ce respecter la propriété que de se livrer à des dilapidations sous prétexte que les objets sur lesquels on lesexerce appartiennent à des ennemis de la chose publique? La loi, et La loi seule, peut et doït punir la rébellion; ceux qui ont abandonné leur patrie et qui reviennent armés pour l’opprimer., le Corps législatif a mis leurs biens sous la main de la Nation, ces biens ne leur appartiennent donc plus, ils sont devenus des propriétés nationales, les dégrader ou en détourner frauduleusement les revenus, c’est priver la Nation, c’est vous priver vous-mêmes d’une ressource précieuse dans les circonstances critiques où le peuple français est obligé de lutter contre la ligue des rois conjurés.
« Mais si vous devez respecter les biens, combien plus vous devez respecter les personnes! Ils sont coupables sans doute ces monstres qui, détestant la liberté et légalité, veulent les ensevelir sous les ruines de la France désolée ; ils sont mille fois coupables ces prétendus ministres d’un Dieu de paix qui, méprisant à la fois les lois divines et humaines, prêchent audacieusement la révolte, remplissent l’âme de leurs crédules sectateurs de scrupules et de frayeurs, et en les frappant fortement de la crainte de l’avenir les rendent barbares par principe de conscience et leur font un devoir des plus affreux forfaits. Laissez librement passer, sortir hors du royaume et emporter chez nos voisins qui la désirent la peste religieuse dont ces êtres malfaisants sont infectés. La loi, citoyens, la loi, voilà le cri de ralliement de tous les bons citoyens ‘. » Vienli ensuite la recommandation de respecter la libre circulation des grains : « Citoyens, apprenez enfin à connaître vos vrais intérêts ; renoncez à un préjugé funeste qui fait votre malheur et votre honte. Le pauvre désire avec raison d’avoir les moyens de pourvoir facilement à sa subsistance ; mais comment le pourra-t-il quand les grains renfermés soigneusement dans chaque municipalité ne pourront pas
1, Cf. la loi du 3 septembre 1792 édictant des mesures pour faire respecter la sûreté des personnes et des propriétés à la suite de la première journée des massacres de septembre.
en franchir les limites ? Quand l’un, regorgeant de biens, mais ne voulant pas les répandre, laissera impitoyablement ses concitoyens en proie aux horreurs de la famine ‘? » L'adresse se termine par cette péroraison vraiment éloquente : « Citoyens, que l’ordre, la paix, la tranquillité, l'amour de la parie et des lois règnent parmi vous. Respectez les autorités constituées. Rendez facile par vos vertus la tâche que vous imposez à vos représentants, adoucissez les inquiétudes qui ne manqueront pas de les agiter plus d’une fois dans la carrière honorable, mais pénible, qu'ils sont appelés à parcourir, et qu’on dise de vous : « Le peuple du département du Lot, à la voix de ses électeurs, s’est empressé d'offrir l’imposant spectacle d’un peuple à qui nulle vertu n’est étrangère et qui mérite véritablement d’être libre. »
Ces deux documents complètent l'impression d'ensemble que nous donnaient les opérations électorales : poursuivies parmi les rumeurs alarmantes, coupées d'adrezses impérieuses, de: sommations à peine dissimulées du parti révolutionnaire, interrompues par les mesures nécessaires à la défense -nationale, marquées de fêtes patriotiques magnifiques d’ampleur et de sincérité, les séances de l'assemblée électorale font prévoir ce que seront les séances de la Convention nationale, tandis que les violences auxquelles s’est déterminé Jeanbon pour obtenir le succès de sa candidature, violences inspirées à la fois de passions très nobles, d’un sens politique très juste et de l'ambition la plus âpre, nous indiquent à l’avance que le futur membre du Comité de salut public est décidé à tout pour les causes qui lui sont chères. D'autre part, les deux adresses nous prouvent, la deuxième surtout venant à l'appui de la séance du club du 7 septembre, que malgré ses intrigues Jeanbon n’est ni un démagogue, ni un fanatique dément, et que la patrie va réellement gagner à son élévation personnelle : ces adresses sont de style précis et simple, sans mouvements déclamatoires, on y trouve une déclaration formelle de fidélité aux principes de la propriété, de la liberté que la Convention s’efforcera de respecter autant que possible dans ses mesures de circonstances les plus vexatoires, ainsi que l'horreur du désordre et de l'anarchie et l'intelligence des moyens d'y remédier. Sans doute, le rédacteur de ces manifestes a voulu rassurer les esprits épouvantés par les massacres qui avaient ensanglanté Paris du ? au 6 septembre, mais les théories qu'il expose ont toujours été les siennes, et ainsi se confirme ce que nous avait montré la vie de Jeanbon Saint-André jusqu'à ce jour : Jeanbon est un homme d'autorité passionné en même temps pour la liberté, il ne sera pas déplacé dans ce terrible Comité de Salut public qui aura recours parfois aux pires extrémités, mais établira
1. Déjà, le 4 août, le conseil général de Ja commune avait adressé aux citoyens une proclamation dans le même sens (Recueil pour servir à l’hist. de la Révolution à Montauban. Arch. commun).
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par la dictature la plus énergique le gouvernement le plus favorable à la démocratie. ë Les idées de Jeanbon s'étaient exaltées en proportion de la résistance que rencontrait la Révolution dans le pays, et lui-même dans Montauban. Un incident put faire prévoir qu’il en serait de même à l'avenir; après avoir triomphé le 7 septembre au club, et le 10 en public à la tête d’un cortège solennel, Jeânbon se heurta quatre jours après à l’opposition irréductible des feuillants. Le 13, il avait reçu de son Consistoire un congé illimité dans des termes très affectueux et qui prouvent bien que la majorité des protestants de Montauban était avec lui ‘; il Se proposait le 16, de faire l'inauguration du temple des Carmes, il devait y prêcher dans tout l'éclat de sa nouvelle mission et partir le soir même en poste pour la Convention nationale ?. Brusquement, le 14, l'administration du district et la municipalité réunies interdirent l'inauguration. Elles alléguaient la colère des catholiques, et certains municipaux, comme Périés- Labarthe, peu suspects de préventions à l'égard de Jeanbon étaient probablement sincères *; mais Bosquet nous apprend qu’il y eut aussi là une cabale de l'administration du district, restée feuillantine, et de certains protestants, les riches bourgeois sans doute, qui ne pardonnajent pas à notre héros de les avoir vaincus *, Pour le
1. « Le consistoire extraordinairement assemblé, M. Jeanbon Saint-André, l’un des pasteurs, a dit qu'ayant été nommé par l’assemblée électorale du département du Lot député à la Convention nationale, il était sur son départ et qu’il désirait que l’Église lui accordât un congé. Le Consistoire, prenant en considération la demande de M. Jeanbon, lui a témoigné les regrets qu’il a de perdre pour un temps le ministère d’un si digne pasteur, mais il se félicite en même temps du choix que MM. les Électeurs ont fait de sa personne pour la Convention nationale, persuadé qu'ils ne pouvaient faire un meilleur choix et que la chose publique ne pouvait être en de meilleures mains. C'est pourquoi le Consistoire lui accorde un congé illimité, le priant de vouloir bien, après qu'il aura rempli sa mission, venir de nouveau exercer parmi nous son ministère, sa place lui étant toujours réservée, attendu que le ministère d’un autre pasteur dont notre Église ne peut se passer ne sera jamais qu’à temps, et jusqu’à ce que M. Jeanbon vienne occuper une place qu’il a remplie avec la plus grande édification et le plus grand fruit » (p. 94, registre n° 18. Arch. du Consist.).
2. « L’inauguration du temple protestant devait se faire le dimanche 16 septembre, et le citoyen Jeanbon Saint-André devait y faire le discours et partir le soir même en poste pour la Convention nationale » (papiers Bosquet).
3. Voy. Arch. nat. DXL n° 4. Les commissaires de la société par actions qui a acheté l'Église ont démoli le clocher, installé comme orgue celui qui « était dans l’église du ci-devant couvent des religieuses dé Sainte- Claire », posé comme fondation du mur de séparation une pierre « qui avait servi d'inscription à un tombeau de la ci-devant église des Carmes » (papiers Bosquet). De là colère des catholiques fanatiques. Les réformés avaient cependant « fait bâtir sur le devant de ladite église une . maison ên face de la promenade des Carmes pour masquer et moins effaroucher les fanatiques et bigots » (papiers Bosquet).
4. Bosquet écrit : « Certains membres de notre municipalité et de notre district, les uns fanatiques, les autres hypocrites 2abalèrent..... Parmi les opposants à cette inauguration il se trouya quelques protestants membres du district et de la municipalité, ce qui révolta même quelques bons catholiques romains. » Et quand l’inauguration se fera, le 20 janvier 1793, Bosquet écrira : « Les ennemis de Jeanbon le privèrent par des menées sourdes de faire la dédicace de ce temple, »
caractère entier, pour l’âme vindicative de Jeanbon Saint-André, cet affront en plein succès dut être particulièrement amer; pour le chef de parti qui s’éloignait, c'était un avertissement que ses ennemis n'avaient pas désarmé !.
1. Le 15 septembre, il avait fait « ses adieux à ses frères de la Société », ce qui avait été l’occasion d’ « un témoignage sincère de regrets réciproques » (reg. C. club). Le même jour, il priait en séance le conseil général de la commune « de recevoir sa démission de la place d'’officier municipal et d'accepter l'expression de ses regrets d'abandonner une place chère à son cœur par les témoignages non interrompus de bienveillance dont il a toujours été redevable à l'amitié de ses collègues », et il
offrait son concours « pour défendre les intérêts particuliers de la commune » à Paris (Livre Jaune, p. 173). Il sera remplacé le 17 comme officier municipal par Mariette- Auriol, premier notable (ibid., p. 174).