Moniteur, t. XIV, p
10 octobre, Brissot, l'un des chefs de la Gironde, était rayé des Jacobins ‘. Non seulement Jeanbon resta dans la société, mais le 12 il attaqua longuement à la tribune du club la motion Buzot dans un discours intitulé : « Opinion sur le projet d’une garde militaire pour l'aire le service auprès de la Convention nationale », discours que les Jacobins firent imprimer et envoyèrent à toutes les Sociétés afiliées ?.. A le lire il semble que Jeanbon s'adresse à la Convention, qu'il avait composé cet écrit pour elle *; n’osant encore y prendre la parole ou ne pouvant trouver place à l'ordre du jour il aura porté son œuvre aux Jacobins. Jeanbon déclare que cette garde militaire n'est pas demandée par la majorité des départements; ce qu'ils veulent c'est une constitution et des lois : « Entourés des débris de nos lois anciennes et nouvelles, obligés de reconstruire en entier l'édifice social, pouvons-nous perdre un moment de vue la grandeur de nos devoirs et la sainteté de nos engagements ? Il nous observe ce peuple qui nous a honorés de sa confiance; il calcule, avec inquiétude sans doute, tous les instants que nous n’employons pas à son bonheur, et le compte que nous devrons lui rendre de la manière dont nous aurons rempli notre mission est pour nous, pour notre conscience et notre gloire, un compte infiniment redoutable. » Cette garde est inutile : « Que craindrions-nous? Je sais qu’on a cherché à nous inspirer des alarmes... Etranger à loutes les manœuvres que la soif de dominer peut produire, je ne connais point les factieux, les agitateurs, et j'ignore même s'il existe des factions. » Paris est intéressé à protéger la Convention, car « Paris a fait de grandes pertes, elle a tout sacrifié à l'acquisition de la liberté. Ce trône dont la splendeur rejaillissait sur elle, dont la prodigalité faisait sa richesse, elle l'a brisé avec courage », et Jeanbon conseille aux Parisiens de prouver par leur imperturbable soumission à la loi qu’on les calomnie. Cette garde est dangereuse : seuls des mercenaires, des oisifs, de jeunes gens avides de licence voudront quitter leurs départements, à Paris la corruption les gagnera, en sorte qne la garde de la Convention sera livrée « à des hommes ou inconnus ‘ou suspects, ou faciles à séduire et à égarer, ou même choisis par des administrateurs d’un civisme douteux “ ». Jeanbon rappelle que
1. Aulard, Jacobins, t. IV, p. 377, rédaction de la délibération prise à la séance du 10." >.
2. 16 pp. in-8 de l’impr. de Louis Potier de Lille (Bibl. Nat., Lh#, n° 176) mentionné dans la séance des Jacobins du 12 octobre (Aulard, Jacobins, t. IV, p. 384). La Société en délibère l’impression et l’envoi le 24 octobre comme l'indique la der-
nière page de l’écrit. Noter dans cette même séance du 12 de violentes démonstrations contre les Girondins et une attaque de Marat contre le projet de force départementale, c’est après que parle Jeanbon. FR Ë
3. L'ouvrage commence ainsi : « Votre commission des Neuf vous a présenté un projet de décret » etse termine comme suit: « Je conclus à la question préalable sur le projet de la commission ». À
4. Noter que les Girondins avaient dans la Législative fait casser la garde constitutionnelle du roi dont l’esprit de corps et les menées leur paraissaient un danger pour la liberté.
pour Montesquieu la confiance est’ la meilleure et la plus sûre garde des magistrats, que Rousseau recommandait aux Polonais. d’écarter du sanctuaire des lois l'appareil des armes. Il juge tout à fait contraire à la doctrine de la séparation des pouvoirs de remettre dans les mêmes mains l'autorité législative et la force militaire, celle-ci doit rester aux ordres du pouvoir exécutif. Enfin, celte garde « distincte de la force armée de la République, ayant un but, un objet, un service particuliers, prenant bientôt l'esprit de corps, : sera infeslée de tous les vices qui en sont la suite ». Que l’on cesse donc de s’abandonner à de vaines terreurs : « Il est temps que les haines s’apaisent, que les soupcons injustes disparaissent, que la malveillance soit réduite au silence ; il est temps que le salut public soit notre unique préoccupation. »
Ces idées, tous les Montagnards les partageaient : Marat, daus son . journal, avait fait ressortir, le 9 octobre, combien Paris avait perdu au nouvel ordre de choses 1: ; aux Jacobins le 22, Saint-Just ? insista sur le danger que présenterait une garde animée d’un esprit particulier et que le peuple considérerait bientôt comme un instrument d’oppression *; Robespierre, le 24, dans la même enceinte, s’indigna de voir la Convention perdre à cette affaire un temps précieux, défendit Paris contre les défiances injustifiées *. Le 14 octobre, dans une première lettre aux Jacobins de Montauban, Jeanbon revint encore sur cette question, il se fit l'écho, toutefois avec ménagements, d’insinuations lancées par Couthon contre l’esprit d’ambition, . la soif de dominer des Girondins *, il répéta : « On a jeté parmi nous un germe très adroit de division en nous inspirant des craintes sur la ville de Paris, nous n’avons pas besoin qu’on nous garde, et quelle que soit la force armée qu’on nous donnera, nous serons toujours bien mal gardés, si nous ne le sommes pas par la bonté de nos lois et par notre assiduité à travailler au bonheur de la République; ce projet, heureusement, doit être discuté. Si j’obliens la parole, je le combattrai de toutes mes forces. » On ne voit pas qu’il l'ait discuté dans la Convention.
Bientôt, Saint-André accentua son évolution, lia partie avec