Journal de la République, n° 15,9 octobre
2. Saint-Just (Antoine-Louis-Léon de), né à Decize (Nièvre) en 1767, député de l’Aisné à la Convention, décrété d’arrestation le 9 thermidor, mis hors la loi, mourut avec R obespierre, le 10 thermidor sur l’échafaud, à l’âge de vingt-sept ans (Dict. des Parlementaires).
3. Ce discours fut aussi imprimé et chyore aux Sociétés affiliées par les soins du club. I] se trouve Bibl. nat. Lh#0, no 719.
4. Egalement imprimé et envoyé par le club aux Sociétés affiliées. Bibl. nat., Lb#0, no 720.
GE Jeanbon écrit aux Élabites de Montauban, le 14 octobre : « L’ambition, comme vous le savez, est la maladie du genre humain, et cette ambition se glisse partout. Peut-être n’en sommes-nous pas tout à fait exempts dans la Convention, et de là, viennent des mouvements qui nous fatiguent. » {1 disait déjà dans son discours du 12 : «on nous a parlé de factieux, d’agitateurs, étranger à toutes les manœuvres que la soif de dominer peut produire, je ne connaïîs point les factieux, les agitateurs. »
Marat lui-même, Marat dont la présence à la tribune soulevait le dégoût chez la plupart des conventionnels ‘, Marat avec qui les Girondins s’efforçaient de solidariser les Montagnards pour les déconsidérer. Dumouriez, à la suite de Valmy et de la retraite des Prussiens, était venu à Paris jouir de son triomphe ; soucieux de plaire à tous, ilcourtisait les Girondins, embrassait aux Jacobins Robespierre? quand dans le concert de flatieries qui récompensait son attitude, s'éleva la voix discordante de Marat : avec Montaut et Bentabole, chez Talma, dans une fête que cet « enfant de Thalie » offrait à Dumouriez, « l'enfant de Mars », Marat était venu demander compte au général de la punition infligée par son subordonné Ghazot, aux deux bataillons de volontaires parisiens « Mauconseil » et « Républicains » coupables, dans la nuit du 4 au 5 octobre, d’avoir massacré à Rethel quatre individus; les victimes étaient des émigrés déguisés d’après les volontaires et d’après Marat, des déserteurs prussiens se présentant pour servir la France d’après la relation officielle de l'événement *; le sordide et repoussant Marat avait fait sur les invités l'impression d’une tête de Méduse ‘, et à ses questions Dumouriez avait répondu avec une désinvolture soulignée par l’impertinence de ses aides de camp. Marat s’en plaignit le 17 aux Jacobins. Les membres du club, influencés par le prestige de Dumouriez et connaissant la démence soupconneuse de Marat, Robespierre” lui - même , se contentèrent d’incriminer Chazot, Jeanbon au contraire appuya Marat et se fit adjoindre aux trois enquêteurs bénévoles pour rechercher la vérité. Éprouvait-il de la défiance visà-vis de Dumouriez ? ou voulait-il protester contre le manque d’égards témoigné par un général à un représentant du peuple ? Quoi qu’il en soit, cette affaire négligée par Dumouriez lui fit beaucoup de tort. Marat s'y acharna, en obséda la Convention. Le 18 décembre,
1. Voy. les jugements des Montagnards Gay Vernon (Révolution française, t. XX VII, p. 455) et Baudot (Notes historiques, p. 150).
2. Aulard, Jacobins, t. IV, p. 399. Dumouriez, officier dans la guerre de Sept Ans et en Corse, envoyé secret de Choiseul en Pologne, gouverneur de Cherbourg, maréchal de camp en 1789, ministre des Affaires étrangères dans le cabinet girondin en 1792, vainqueur avec Kellermann des Prussiens à Valmy, vainqueur des Autrichiens à Jemmapes, conquérant de la Belgique en novembre 1792, vaincu à Neerwinden le 18 mars 1793, trahit aussitôt après. Obligé de fuir dans le camp autrichien, il mena depuis une vie errante et méprisée jusqu à sa mort en Angleterre en 1823 (Biographie Rabbe). Maribon de Montaut Louis, né en 1754, à Montréal (Gers), mousquetaire du roi, lieutenant-colonel de la Garde nationale de Condom, député du Gers à la Législative et à la Convention, exilé en 1816, rentré en 1830, mort à Montréal le 27 mai 1842 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. II, p. 213). Bentabole Pierre, né à Landau le 4 juin 1756, avocat, procureur général syndic du Bas-Rhin, député du Bas-Rhin à la Convention, membre des Cinq-Cents, mort à Paris le 28 avril 1198 (ibid., t. V, p. 443).
a Voy: Moniteur, t. XIV, pp. 170, 189 et 238-240. Pr'ocès-verbaux de la Core tele p:7822:
4. as Souvenirs d'une actrice (Louise Fusil, qui assistait à la scène), t. I. p. 277. Paris, 1841, 2 vol. in-8.
0: Aulard, Jacobins, t. IV, pp. 401 sqq. Robespierre, deuxième Lettre à ses commettants (Œuvres, t. IT, p. 120).
‘un rapport de Vardon conclut à la véracilé des assertions de l’'Ami du Peuple, l’Assemblée, pour ne pas frappér d’un blâme le vainqueur de Jemmapes, renvoya dos à dos les inculpés et Chazot !, mais Dumouriez perdit de son crédit aux Jacobins, celui de ses accusateurs augmenta.
Le 19 octobre, une députation des sections de Paris vint signifier à la Convention qu’elle se mettrait au niveau des tyrans si elle s’environnait d’une garde. Les tribunes applaudirent. Le président Guadet, un girondin, répondit que la Convention n’avait d’ordre à recevoir que du peuple français, et l'assemblée, refusant de décréter l'impression de la pétition, passa à l’ordre du jour ?. Gette démarche insolente était en contradiction avec d’autres du 13 et du 14 * beaucoup plus respectueuses de la volonté de l'assemblée. Elle peut s'expliquer par l'arrivée de fédérés marseillais venus à la voix de Barbaroux pour défendre les représentants du peuple, par la misère qu'aggravait . la banqueroute d’un établissement de crédit connu sous le nom de Maison de secours, et Robespierre jeune ne fut pas le dernier à la critiquer aux Jacobins *. Mais le 24 on apprit l'impression de la pétition et son envoi aux 40,000 municipalités par arrêté de la Commuue ÿ. Barbaroux dénonça cet arrêté à la Convention, montra que la Commune n’avait pas le droit d'engager cette dépense sans l’autorisation du département et requit la cassation de l'arrêté; Charlier jugea qu’il y avait là un délit d'ordre administratif, par suite dans l'espèce, c'était au directoire du département, non à l'assemblée d’intervenir; mais les Girondins voulaient exploiter le fait, Buzot en particu- : lier le déclara gros de conséquences : l'envoi était officiel, il y avait essai de formation d’une coalition entre les municipalités, tentative de fédéralisme. Ils retournaient ainsi contre les Montagnards l’argument préféré de ceux-ci.
C’est alors que Jeanbon aborda pour la première fois la tribune de la Convention. Au réquisitoire très spécieux de Buzot il répondit par des arguments de sophiste : le délit pour lui était d'ordre purement administratif, l'envoi n'avail rien d’officiel, n’était qu'une de ces
1. La Convention vota la libération et la réintégration des volontaires détenus dans les cadres, la rentrée des deux bataillons dans l’armée (Moniteur, t. XIV, pp. 784-785). Chazot ayant protesté contre les assertions du rapport sur. son compte, le 31 décembre la Convention déclara qu’il n'était point inculpé (Procés- verbaux, t. IV, p. 458
QE Fee t. XIV, pp. 853, 254. Guadet, né à Saint-Emilion en 1758, avocat à Bordeaux, administrateur du département de la Gironde, président du tribunal eriminel du département, élu de la Gironde à l’Assemblée Législative et à la Convention, : s'enfuit après le 2 juin dans le Calvados, puis à Saint-Emilion ; découvert, exécuté à Bordeaux le 15 juin 1794 (Dict. des Parlementaires).
3. Moniteur, t. XIV, pp. 197, 226, députation de la section de Marseille à la Convention, discours de Chaumette aux sections.
4. Voy. séance des Jacobins du 19 octobre (Aulard, Jacobins, pp. 404- -410).
5. Moniteur, t. XIV, pp. 294-295. Charlier né à Laon, administrateur à la Révolution du district de Châlons-surMarne, député de la Marne à la Léoislative, puis à la Convention, membre du Conseil des Anciens, frappé de folie se tua en 1797 (Dict. des Parlementaires).
correspondances fraternelles pratiquées d'une municipalité à l’autre, comme Marseille (commune de Barbaroux) en avait eu avec Montauban; « l'envoi ofliciel, dans mon opinion, implique l'obligation de la soumission. Sous ce rapport, l'envoi de la municipalité de Paris n’est pas oficiel, car elle envoie à ses pairs ». Quant à une coalition entre les municipalités, si elle comprenait la totalité de celles-ci, elle représenterait l'opinion de tous les citoyens, serait dès lors l'expression de la volonté générale, et il n’y aurait plus qu'à s’incliner. Enfin, une intervention de la Convention dans cette affaire risquerait de portier alleinte à la libre circulation des idées. Jeanbon demanda pour terminer que « l'Assemblée, fatiguée de ces dénonciations qui ne satisfont que des sentiments particuliers, que des haines personnelles, s'occupe des grands objets qui intéressent la République ». Rouyer ‘ répliqua fort justement qu'avec de belles phrases on vient à bout de fleurir les plus mauvaises causes, et Barbaroux, qu’il acceptait la libre circulation des pensées, mais non aux frais du peuple. La Convention fut de leur avis et cassa l'arrêté ?. Jeanbon fut très mortifié de cet échec, et sa partialité grandissante pour la Montagne se fit jour dans une lettre du 28 octobre à la municipalité de Montauban : le décret de la Convention a été « dicté par la haïne d’un parti », avec d’autres de même tendance il est « le fruit de l’animosité d’un ministre communiquée à quelques hommes orgueïlleux, n'ayant d'autre talent que l'audace de leurs prétentions ». La Commune de Paris a bien « quelques torts, sans cela aurait-on un prétexte pour la persécuter? » mais elle est « poursuivie avec une fureur dont des despotes auraient rougi ».Jeanbon insinue en dernier lieu que les Girondins annoncent dans Paris une insurrection prochaine contre la Convention dans l'espérance de provoquer par là même cette insurrection et d’«arra-
cher de Paris l’Assemblée * ».Jeanbon était, on le voit, digne de figurer
désormais parmi les montagnards les plus déterminés. Aussi la Société des Jacobins l’élut son président le 2 novembre à l'expiration de la présidence de Danton, jusqu’au 17, date à laquelle Lepeletier “ le
remplacera au fauteuil *.
Dès lors chaque jour vit s’accentuer l'hostilité de Jeanbon contre les Girondins, car chaque jour de nouveaux incidents mirent ceux-ci
1. Rouyer, né à Pezenas en 1761, maire de Béziers en 1789, député de l'Hérault à la Législative, à la Convention et aux Cinq Cents; il se retira en germinal de l’an V. Exilé souùs la Restauration comme régicide, mourut à Bruxelles en 1819 (Dict. des Parlementaires).