SON INTERVENTION A MONTAUBAN
espérait évidemment terrifier tous les opposants. Le parti de Saint-
André restait donc maître dans la ville. Il accueillit comme des frères, dans le courant de novembre, des volontaires parisiens de passage à Montauban ‘. Cependant Desfieux, revenu de sa tournée, reconnaissait à la tribune des Jacobins que si la masse du peuple était bonne à Montauban, il s’y trouvait aussi des Feuillants ?, Jeanbon ne cessait de recommander à ses partisans la soumission à la loi pour ne pas prêter le flanc à la calomnie et il n’osait espérer le maintien du calme parmi ses concitoyens 5.
- En somme, six semaines après la réunion de la Convention, la rupture était complète entre Jeanbon et les représentants Girondins, entre ses partisans et ceux de la Gironde dans sa ville natale. Comme Robespierre, comme Danton, avec la même animosité #, il dénoncçait ses amis de la veille. Oubliait-il qu’ils l'avaient recueilli à Bordeaux lors de sa proscription par les fanatiques de Montauban en 1790? N’admirait-il pas l’éloquence de Buzot? n’appelait-il pas, six mois auparavant, Grangeneuve « l’incorruptible »? Vergniaud avait été son hôte durant son premier séjour à Paris®. Lasource avait grandi sous ses yeux à Castres et l'avait plus tard aidé de ses conseils, dans sa gestion municipale à Montauban? Il est pénible de le voir restreindre peu à peu le cercle de ses affections, sacrifier à sa politique quiconque n’y a point adhéré ; mais, pour lui en faire un crime, il faudrait nier l’inexorable fatalité des événements. Obsédé du désir de travailler à une Constitution qui assurât le bonheur de ses concitoyens, Jeanbon s'était indigné des absurdes querelles qui en retardaient l’élaboration, il s'était séparé du parti girondin responsable de ces querelles, et, à la suite, de nouvelles causes de mésintelligence avaient envenimé le différend ’. Au fond, les accusations lancées de part et d’autre étaient également fausses. Ni les - Montagnards ni les Girondins ne voulaient la dictature; quelques énergumènes exceptés, la gauche, comme la droite, déplorait le sang versé en septembre #; les Girondins tenaient à l'unité nationale
1. Voy.Jeanbon aux Jacobins, 23 novembre. Aulard, t. IV, p. 512.