décembre. Aulard, t. IV, p
3. Lettres du 3 octobre, du 20 novembre à la municipalité (Révolution française, t. XXIX, pp. 68-72). Lettre du 14 octobre -au club recommandant le respect des lois.
. 4. Nicolas (p. 30) dit que Jeanbon ne cessa d'aimer et d’admirer les Girondins.
C’est une erreur! peut être Nicolas n’a t-il pas osé montrer en Jeanbon l'ennemi acharné de la Gironde, à l’époque (1848) où l’on se passionnait pour elle.
5. Nicolas, p. 29. Lettre de Paris, 6 avril 1792, à la municipalité.
6. Lettre de Paris, 13 juin 1792, à la municipalité. C’est le 12 juin qu’il dine chez Vergniaud.
7. Cf: Dubois Crancé, Anulyse de la Révolution française, publié par Th. Jung. Paris 1885, 1 v.in-12, pp. 111, 118-119.
8. Cf. Garat, Mémoires (Buchez et Roux, t. XVIII, p. 298). Après les massacres de septembre Robespierre reprocha à Pétion de n'avoir rien fait pour les empêcher (Mém. de Charlotte Robespierre sur ses deux frères, dans Œuvres de Max. Robespierre, publiées par Laponneraye, t. IE, p. 414).
comme les députés de Paris. Mais l'imagination de chacun travestissait les intentions, les paroles, les actes du parti adverse. Il faut songer aussi à tout ce que développa d’aigreur, de rancunes, de fièvre dans l’âme des conventionnels, ce combat incessant entre deux fractions de l’Assemblée, entre des hommes également ardents et convaincus qui vivaient côte à côte dans la même enceinte, se dévisageaient, se heurtaient à la tribune, se jetaient face à face l’insulte, et les récriminations; et, au sortir de cette « arène de gladiateurs », à la porte de l'assemblée, dans les hurlements contradictoires des volontaires départementaux et des sectionnaires, au Palais Royal dans les rumeurs de la foule, ils retrouvaient les mêmes imputations, les mêmes calomnies dont l'injustice les avaient transportés de colère ; ils les entendaient encore dans les clubs, les lisaient dans les journaux. Jeanbon, qui n'avait aucune idée arrêtée le 23 septembre, subit lui aussi cette éducation du soupçon et cette dépravation du jugement. Et une véritable démence s'était emparée de l'assemblée entière, la jetait sur un mot, sur une interruption, aux dernières extrémités de la défiance ou de la fureur ‘. Excédés de ces violences, assoifés de calme, ils réclamaient à l'envie la cessation des querelles et des reproches, mais il leur eut fallu oublier tous les propos échangés, se refaire un esprit vierge de toute prévention. Et les débats de l'assemblée se répercutaient dans les départements, les communes; les administrations, les sociétés populaires ramassaient pour leur propre compte invectives et accusations lancées dans la Convention. Et, à la vue de cette mêlée, les gens du Marais dans l’assemblée, les timides dans le pays s’effaraient de l'avenir, jetaient un regard en arrière, les royalistes se réjouissaient d’une anarchie qui devait profiter au prisonnier du Temple ?.
Dans ce récit de la rapide évolution qui porta Jeanbon des Girondins à la Montagne, nous n'avons pas dit que, parmi les Montagnards, il ait suivi de préférence Robespierre ou Danton. C'est que la Montagne ne s’élait point encore divisée en partis robespierriste et dantoniste : c’est aussi que rien ne nous a montré Jeanbon soumis à l'ascendant, dominé par l'influence de Robespierre ou de Danton. Les idées et les passions qui déterminaient son attitude
1. Voy. le magnifique tableau de Quinet (Révolution, t. 1, p. 134 et t. Il, p. 167). Cf. Michelet : « Tous étaient devenus prodigieusement imaginatifs, soupçonneux, crédules, saisis des moindres lueurs, et saisis une fois, ils ne retrouvaient plus dans leur raison ébranlée assez de force pour en revenir » (Révolution, t. V, p. 259). Cf. discours de Jeanbon du 16 germinal an XII (ch. xxmi) et ces paroles de la femme du conventionnel Jullien de la Drôme en décembre 1792 : « La Révolution a mis les passions dans une telle fermentation qu’on ne connaît plus rien aux hommes » (Lockroy, Journal d’une bourgeoise pendant la Révolution, p. 314, Paris, 1881, in-8). « Jamais assemblée ne fut plus soupçonneuse et plus facile à colérer contre ses propres membres que la Convention » (Barère, Mémoires, Paris, 1842, 4 vol., in-8, t. II, p. 49).
2. Dubois Crancé, Analyse de la Révolution française, p.111. Saint-Just, dans son opinion sur la force départementale déjà citée, annonçait que les troubles que cette troupe allait exciter ne profiteraient qu'aux prisonniers du Temple.
étaient communes à tous les Montagnards. Nous pouvons même dire d'ores et déjà, que jamais Jeanbon ne sera Dantoniste ou Robespierriste, il votera avec les uns ou les autres suivant que leur opinion du moment lui agréera, et il sera du groupe des Montagnards indépendants. Ceux-ci étaient plus nombreux, d'’ailleurs, que ne le fait croire la conception simpliste. d’après laquelle lous les membres de la Montagne auraient été disciples soumis de Danton ou de Robespierre, beaucoup des coreligionnaires politiques de Jeanbon n'étaient pas de simples comparses, agissaient comme lui par eux-mêmes, pratiquaient la première des libertés : le libre arbitre.
Jeanbon et les Montagnards finirent par comprendre que seul le régime déchu profitait du discrédit jeté sur la République par les querelles des partis. De là à voir dans les royalistes les inspirateurs de ces querelles, dans les Girondins des royalistes déguisés, il n’y avait qu'un pas, et avec leur méfiance maladive, ils l’eurent vite franchi. Ils s’imaginèrent qu’il y avait un plan des Girondins pour sauver Louis XVI, ils rapportèrent à ce plan les divisions qui de Paris se propageaient dans les départements et le renchérissement ‘en apparence inexplicable des céréales. Jeanbon, depuis le commencement de 1792, depuis le 10 août surtout, détestait le roi que jadis il s'était obstiné à aimer, et chacun des récents succès des -armées républicaines, comparé à l'impuissance des troupes royales au début de la guerre, lui démontrait l’entente de Louis XVI avec l’étranger ! ; mais après avoir salué la proclamation de la République de violentes invectives à l’adressé du tyran parjure ?, il paraissait l’avoir oublié. Voici que, le 20 novembre, il écrit aux Montalbanais : « Le ci-devant roi est encore au Temple, et tant qu’il ne sera pas jugé il sera parmi nous une pomme de discorde d’aulant plus fâcheuse que personne n’osant aujourd’hui s’avouer royaliste, l’intérêt qu’on prend à lui se manifeste sous des formes déguisées et qu’on
1. Lettre du 3 octobre 1792 à la municipalité de Montauban (Révol. franç., t. XXIX, p. 65).
2, « J'aime à retrouver parmi mes amis et mes frères celte âme républicaine qu'indignent les forfaits des rois, et qui se réjouit de la chute de ces ennemis du genre humain » (lettre de Paris à la municipalité de Montauban du 3 octobre, Révol. franç., t. XXIX, p. 65) et « les rois ont trop longtemps opprimé la terre » (lettre du 14 octobre au club de Montauban).
nous cherche chaque jour des querelles d’Allemand dont on ne voit ni le but ni les motifs quand on les envisage superficiellement, mais qui en ont de très réels quand on voit les fils qui font mouvoir la machine politique... Ce qu’il y a de plus déplorable, c’est qu'avec des quantités énormes de grains on souffre de la disette presque partout... cela tient encore aux mêmes causes et un membre de l'assemblée dit, l’autre jour, fort sensément que quand Louis XVI sera jugé, la circulation des grains se rétablira ‘. » Ce raisonnement commun à la plupart des Montagnards, l’impulsion des Jacobins qui faisaient affluer des départements des pétitions réclamant la tête du roi, décidèrent en novembre la Convention à hâter ce grand procès. Jeanbon allait y jouer son rôle comme tous les conventionnels, même un rôle plus important que beaucoup d’autres, car il fut élu membre du bureau, le 29 novembre, en qualité de troisième secrétaire, jusqu’au 27 décembre *.
C'est dans l’espoir de pacifier les esprits qu’il voulait le jugement de Louis XVI. Mais puisqu'il soupçonnait les Girondins de vouloir le sauver, comment écouter de sang-froid leurs arguments si d’aventure ils défendaient l’inculpé, comment réduire à leur juste valeur ou dédaigner les divers incidents de séance, comment siéger en juge impartial ? Tout allait paraître aux yeux de Jeanbon développement et démonstration du complot ourdi en faveur de Louis XVI. Son horreur pour les crimes reprochés au souverain déchu devait s’exalter par la pensée des efforts tentés pour le dérober au châtiment, sa haine pour les partisans avoués ou secrets du roi devait se fortifier du souvenir des attentats imputés à ce dernier. Aussi Saint- André va-t-il, avec Saint-Just et Lepeletier ses collègues montagnards au bureau, examiner la procédure #, éplucher le plaidoyer de de Sèze * et surveiller de son siège transformé en poste de combat les menées des Girondins et du président de Assemblée 5.
1. Lettre de Paris à la municipalité (Révol. frane., t. XXIX, p. 72). >
2. La Convention «a pour secrétaires six de ses membres qui sont un mois en fonctions et sont renouvelés trois par trois par élection de quinzaine en quinzaine » - (Almanach national. pour 1793), le 1er et le 15 de chaque mois (J. Guiffrey, Les Con-. ventionnels. Paris, 1889, in-8. Introduction, p.xxx1). Jeanbon est élu le 29 noyembre en séance du soir après Treilhard et Saint-Just (Procés-verbauæ, t. II, p. 392). Les * secrétaires élus le 15 novembre et restant en fonctions quinze jours avec Treilhard, Saint-Just, Jeanbon sont, par exception, au nombre de 4 : Lepeletier,. Mailhe, Defermon, Carra. Treilhard, Saint-Just et Jeanbon ont comme nouveaux collègues au bureau à partir du 13 décembre : Creuzé-Latouche, Osselin, Louvet (Guiffrey, op. cil., Introd., pp. XxX1V et xxx).
8. Le 10 décembre (Moniteur, t. XIV, p. 717; Procés-verbaux, t. IV, p. 158). Le 11 (Moniteur, t. XIV, p. 718; Procès-verbaux, t. IV, p. 168).
4. Il dénonce une rature dans ce mémoire le 26 décembre (Moniteur, t. XIV, p. 850). es
5. Le président est d’abord Barère, élu aussi le 29 novembre, puis Defermon (Le président reste en fonctions 15 jours). Le 7 décembre Jeanbon donne un démenti à Barère (Moniteur, t. XIV, p. 689). Le 19 décembre, dans la discussion sur le bannissement des Bourbons, Jeanbon essaye de faire modifier la liste des orateurs inscrits (Mercure Universel, t. XXIL, p. 312), Kersaint l'empêche. Le 17 décembre, aux Jaco-
LE PROCÈS DU Ro 195
Sur les débats du procès même se greffèrent bientôt des incidents qui ne ramenèrent pas l’apaisement dans l'assemblée : le 2 décembre, au renouvellement de la Commune de Paris, les élections avaient été un succès pour les partisans de la Montagne 1, Les Girondins s’en irritèrent, et, le 9, Guadet demandait à la Convention de donner aux assemblées primaires le droit de rappeler les députés coupables d'infidélité à leur mandat ?; c'était vouloir déchaîner l’anarchie dans les assemblées électorales, y transporter les dissensions qui bouleversaient l'assemblée, exposer celle-ci au démembrement alors qu’elle était le seul pouvoir constitué dans le pays. Jeanbon n’intervint pas de sa personne dans les scènes de violence que détermina la motion, mais le soir, aux Jacobins, il exprima pour Roland un profond mépris *.
Bientôt après, à l’inculpation de royalisme que lui jetaient les Montagnards, la Gironde répliqua par une proposition d’ostracisme
contre Philippe-Égalité, le ci-devant duc d'Orléans, qui siégeait à la Montagne *. Les Montagnards étaient soupçonnés de vouloir le por: ter à la royauté ou à la dictature, afin d'exercer le pouvoir sous son nom. Senart, qui s’est fait l'écho de. ces racontars, nomme Jeanbon parmi les prétendus conjurés . Que les Girondins aient cru ou non à ces rumeurs, leur proposition était dangereuse et pour les Montagnards et pour la Convention même : si la gauche défendait Egalité, bien des gens trouveraient étranges ces démocrates avocats d’un Bourbon et l’on ajouterail foi aux propos répandus sur leurs accointances avec lui; si la gauche abandonnait Égalité, consentait à son bannissement, elle laissait porter atteinte à la souveraineté du peuple qui l'avait investi d’un maudat, à l’inviolabilité des représentants de la nalion, à l'intégrité de la Convention ‘. Aussi présen-
bins, Goupilleau de Montaigu dit que le bureau de la Convention ne soutient pas les orateurs patriotes, « à l'exception de Saint-André et de Saint-Just je ne donnerai pas 2 sols du reste » (Aulard, op. cit., t. IV, p. 594).
1. La Commune insurrectionnelle du 10 août est renouvelée régulièrement : Chaumette, président en octobre de celle du 10 août, devient procureur de la Commune, Hébert est un de ses deux substituts (l’autre est Réal); seul le maire Chambon est de tendances girondines.
2. La Convention adopta d’abord la motion, puis la rejeta (Moniteur, t. XIV, pp. 701-702).